Shiqi Lin

Éditorial - Interroger la futurité en Chine contemporaine : les horizons pluriels de l’imaginaire politique

Futurité ruinée : la « Renaissance du Dongbei », littérature et mémoire à l’ère du numérique

Shiqi Lin est postdoctorante (Klarman) au département d’études asiatiques de l’Université Cornell, 375 Rockefeller Hall, Ithaca, NY 14853, États-Unis (shiqilin@cornell.edu). RÉSUMÉ : Depuis les années 2010, un groupe de producteurs culturels racontent les histoires de leurs parents, une génération de travailleurs licenciés pendant la transition tumultueuse du Dongbei, région du Nord-Est de la Chine, passé d’un centre industriel phare de la Chine socialiste est devenu une ruine urbaine décadente dans les années 1990. Ce phénomène transmédia a été baptisé « Renaissance du Dongbei ». En mettant l’accent sur la pertinence translocale de cette tendance culturelle, l’article étudie le rôle prédominant de la littérature et de sa synergie avec les médias numériques dans la transmission des mémoires sociales refoulées à travers les générations, tout en mettant en lumière les conditions contemporaines de précarité économique. Je propose la notion de « futurité ruinée » pour caractériser les ouvertures conceptuelles permises par l’essor de cette littérature médiatisée par le numérique selon trois axes : (1) un avenir mnémotechnique qui ressuscite les souvenirs refoulés des personnes réduites au silence grâce à une renarration transgénérationnelle ; (2) un avenir médiatique qui refaçonne la littérature dans une écologie médiatique numérique de remédiation et d’interdépendance, et (3) un avenir socio-économique réorienté vers des populations oubliées au-delà des récits de progrès et de développement. MOTS CLÉS : futurité ruinée, Renaissance du Dongbei, mémoire transgénérationnelle, ruines urbaines, littérature, remédiation numérique, main-d’œuvre « jetable », précarité, néolibéralisme, socialisme.