Brendan A. Galipeau

Résister à la modernité et indigéniser le futur : vivre avec la pollution et le changement climatique dans un paysage sacré du sud-ouest de la Chine

Brendan A. Galipeau est maître de conférences à l’institut d’anthropologie de l’Université nationale Tsing Hua, 101, Section 2, Kuang-Fu Road, Hsinchu City, 30013, Taïwan (galipeau@mx.nthu.edu.tw). RÉSUMÉ : Dans le comté de Dechen (Bde chen), un comté tibétain de la province du Yunnan situé en République populaire de Chine, des figures de proue du bouddhisme séculier luttent contre les effets de la pollution agrochimique et du changement climatique sur les paysages sacrés. Cette région du nord-ouest du Yunnan a été officiellement rebaptisée « Shangri-La » par l’État local et national à des fins touristiques, notamment en raison des résonances qu’offre ce nom avec le Shambala – lieu de sérénité divine dans le bouddhisme tibétain. Les protagonistes de cet article affirment pour leur part que l’utilisation de produits chimiques et la pollution ne font que renforcer la création d’un « faux » Shangri-La, et insistent sur la nécessité de se rapprocher du « plus qu’humain » et de la nature pour construire un avenir écologique. Cet article analyse les activités et motivations de ces militants d’un point de vue ethnographique dans le contexte des visions écocentriques entourant les « mondes plus qu’humains » issus de la tradition tibétaine. Je m’interroge sur les raisons qui poussent les viticulteurs tibétains à poursuivre un objectif de protection de l’environnement. Au-delà de la dégradation chimique des terrains agricoles, les producteurs manifestent un attachement à l’éthique bouddhiste et au culte de la terre locale. Ils estiment en outre que leur identité tibétaine doit les inciter à préserver les paysages sacrés et les dieux et esprits des montagnes, plutôt que de rechercher uniquement le profit et le développement économiques. Les bouddhistes laïcs qui adhèrent à ces croyances restent cependant des exceptions, la plupart des villages étant plus intéressés par les avantages économiques procurés par les nouvelles agricultures de rente que par les paysages et les esprits sacrés. Même si de nombreux villageois sont prêts à sacrifier la résilience à long terme du paysage sacré au profit de la prospérité économique et considèrent les nouvelles activités économiques comme moralement acceptables dans le cadre de la spiritualité tibétaine, certains croient fermement à la préservation de ces paysages pour construire un avenir durable, tant au niveau local que dans le reste de la Chine. MOTS-CLÉS : Tibet, Chine, agentivité non-humaine, bouddhisme, pollution, changement climatique.