Savoir déjouer les pièges : escroqueries, méfiance et spéculation dans la vie sociale des investisseurs particuliers sur le marché boursier chinois
Hairuo Jin a obtenu son doctorat en anthropologie sociale à l’Université de Cambridge, Free School Lane, Cambridge, Royaume-Uni CB2 3RF (hj347@cam.ac.uk).
RÉSUMÉ : Cet article examine l’interaction entre méfiance, pièges et spéculation dans la vie sociale des investisseurs particuliers (sanhus) sur le marché boursier chinois. À travers des recherches ethnographiques, il explore comment les sanhus évoluent dans un paysage financier en proie aux escroqueries, à l’incertitude réglementaire et aux biais institutionnels favorisant les gros acteurs du marché. Loin d’être des victimes passives, ces investisseurs développent des stratégies pour atténuer les risques en utilisant la méfiance comme un outil de négociation et de survie. La bourse, souvent perçue comme un « piège », favorise une socialité précaire, peu propice à l’établissement de relations et où l’ombre de la tromperie plane sur tous les échanges. En s’appuyant sur les théories de la financiarisation et du piège, cette étude démontre que l’engagement des sanhus sur le marché va au-delà du simple calcul économique, en façonnant leurs interactions sociales et leurs perceptions de l’intervention étatique. L’article contribue aux débats anthropologiques sur la méfiance, en montrant le rôle structurant et productif qu’elle joue dans la participation financière et les dynamiques sociales du quotidien. En révélant comment les sanhus opèrent à la fois dans et contre un système conçu pour les exploiter, cette étude remet en question l’idée selon laquelle les investisseurs individuels seraient des acteurs irrationnels, et met en lumière la manière dont les contraintes systémiques leur permettent de construire une vie sociale fondée sur la méfiance, grâce à des tactiques vigilantes et résilientes.
MOTS CLÉS : anthropologie économique, méfiance, piège, marché boursier, Chine, investisseurs particuliers.