CRITIQUES DE LIVRES
Comprendre les transitions énergétiques intelligentes comme une nouvelle source de méfiance : le point de vue des citoyens hongkongais sur les risques d’une collaboration énergétique régionale interurbaine dans la région de la Grande baie Guangdong-Hong Kong-Macao
Darren Man-wai Cheung, Daphne Ngar-yin Mah, Alice Siu, Benjamin C. McLellan, Shinya Wakao, Victor Wai Yin Lam et Glenn Hin-fan Lee
Darren Man-wai Cheung est chargé de recherche au centre d’études sur l’énergie en Asie ; département de géographie, Université baptiste de Hong Kong, Room 1202, 12/F, Academic and Administration Building, 15 Baptist University Road, Kowloon Tong, Hong Kong (dmcheung@hkbu.edu.hk).
Daphne Ngar-yin Mah est directrice du centre d’études sur l’énergie en Asie ; professeure associée au département de géographie, Université baptiste de Hong Kong, Room 1202, 12/F, Academic and Administration Building, 15 Baptist University Road, Kowloon Tong, Hong Kong (daphnemah@hkbu.edu.hk).
Alice Siu est directrice adjointe du laboratoire sur la démocratie délibérative, Université de Stanford, 450 Jane Stanford Way, Building 120, Stanford University, Stanford, CA 94305-2050, États-Unis (asiu@stanford.edu).
Benjamin C. McLellan est professeur à l’école supérieure des sciences de l’énergie, Université de Kyoto, Yoshida Campus, Yoshida-hommachi, Sakyo-ku, Kyoto 606-8501, Japon (b-mclellan@energy.kyoto-u.ac.jp).
Shinya Wakao est professeur au College of the Mainland, Room A215, Learning Resource, Building #8, 1200 Amburn Road, Texas City, TX 77591, États-Unis (swakao@com.edu).
Victor Wai Yin Lam est étudiant en master à l’institut des ressources, de l’environnement et de la durabilité, faculté des sciences, Université de la Colombie-Britannique, Vancouver Campus, AERL Building, 429-2202 Main Mall, Vancouver, BC Canada V6T 1Z4 (victorwaiyinlam@gmail.com).
Glenn Hin-fan Lee est assistant de recherche au centre d’études sur l’énergie en Asie ; département de géographie, Université baptiste de Hong Kong, Room 1202, 12/F, Academic and Administration Building, 15 Baptist University Road, Kowloon Tong, Hong Kong (glennlee@hkbu.edu.hk).
Introduction
Atteindre la neutralité carbone avant 2050 est un objectif commun aux principales villes du monde. Cependant, leurs objectifs actuels de décarbonation ne pourraient limiter le réchauffement climatique qu’à environ 2,4°C au-dessus des niveaux préindustriels, loin des 1,5°C préconisés par le rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 2018 (Mah et al. 2022b). Ces conclusions ont incité les plus grandes métropoles à poursuivre des politiques de décarbonation plus ambitieuses pour faire face à l’impact du changement climatique.
Les transitions énergétiques intelligentes ont créé de nouvelles possibilités pour réaliser d’ambitieux objectifs de neutralité carbone. Grâce à l’intégration des technologies de l’information et de la communication (TIC) aux réseaux électriques conventionnels, les transitions énergétiques peuvent tirer parti des technologies de réseaux électriques intelligents (telles que les compteurs intelligents, les systèmes de stockage d’énergie distribuée et les sources d’énergies renouvelables – ER) afin de mieux contrôler la gestion en temps réel de l’offre et de la demande et d’améliorer l’efficacité et la sécurité énergétiques (ibid.). Les transitions énergétiques intelligentes ouvrent également des options de transition à de nouvelles échelles géographiques, permettant un plus haut niveau d’intégration de production d’ER locales diversifiées et de collaboration énergétique interurbaine à travers une infrastructure régionale. En d’autres termes, le réseau intelligent (smart grid) facilite la connexion des villes aux pôles énergétiques intelligents afin d’explorer toute une gamme d’avantages au niveau des économies d’énergie, des réponses à la demande et des ER aux échelles locale, urbaine, interurbaine et nationale.
Les tendances mondiales suggèrent que la technologie des réseaux électriques intelligents associée à une coopération interurbaine est devenue une stratégie nationale fondamentale pour accroître la compétitivité à l’échelle mondiale tout en atteignant les objectifs de neutralité carbone. Les trois régions mondiales de grandes baies (la baie de Tokyo, celle de San Francisco et celle de New York) sont des exemples de collaboration régionale interurbaine, tandis que le super-réseau européen et le réseau électrique de l’ASEAN en Asie du Sud-Est constituent des exemples de collaboration énergétique régionale.
La région de la Grande baie (GBA pour Greater Bay Area) Guangdong-Hong Kong-Macao est l’un des derniers exemples remarquables de collaboration régionale interurbaine. Annoncée pour la première fois en Chine en 2017 pour favoriser la collaboration économique régionale, la GBA comprend neuf villes de la province du Guangdong (Canton, Foshan, Zhaoqing, Zhuhai, Zhongshan, Jiangmen, Shenzhen, Dongguan et Huizhou) et deux régions administratives spéciales (Hong Kong et Macao). Le développement de l’énergie à faible intensité en carbone intelligente et verte ainsi que l’amélioration des réseaux d’acheminement et de distribution électrique sont mis en évidence dans le plan de préparation du projet de développement de la GBA (ibid.).
Les transitions énergétiques intelligentes effectuées grâce à une collaboration interurbaine dans la GBA constituent un test essentiel pour explorer tout le potentiel des technologies intelligentes qui peuvent être entraînées, renforcées et soutenues par les dynamiques urbaines. Tandis que les transitions énergétiques intelligentes peuvent être vues comme un moteur favorable à la décarbonation, l’adhésion de la population est un facteur essentiel pour influer sur l’efficacité de la collaboration interurbaine en matière d’énergie intelligente dans la GBA. La défiance croissante récemment manifestée par la population envers le gouvernement hongkongais pose de nouveaux défis aux transitions énergétiques intelligentes en collaboration avec la GBA, et suscite des préoccupations accrues face à de nouveaux risques tels que des atteintes à la confidentialité des données générées par la société intelligente.
Les études sur la confiance ont révélé les liens entre perception du risque et confiance des populations (Das et Teng 2004), mais les relations complexes entre la perception du risque par les populations et leur confiance dans le contexte d’une collaboration énergétique régionale interurbaine n’ont été que peu étudiées. La présente analyse cherche à contribuer à la recherche sur la confiance en étudiant la collaboration énergétique interurbaine sous l’angle de la méfiance, prenant Hong Kong comme cas d’étude et un sondage délibératif (SD) en ligne avec des citoyens hongkongais comme source principale de données. Cette étude s’efforce de répondre à quatre questions :
- De quelle manière et dans quelle mesure les citoyens hongkongais considèrent-ils les gouvernements aux échelles nationale, provinciale et municipale ainsi que les entreprises électriques comme dignes de confiance ?
- Quels aspects de la confiance importent aux citoyens hongkongais quand ils envisagent les avenirs énergétiques possibles ?
- Quels sont les types de risques majeurs perçus par les citoyens hongkongais en ce qui concerne la confiance de la population dans le contexte d’une collaboration énergétique interurbaine ?
- Des facteurs contextuels, en particulier des facteurs démographiques et sociopolitiques, peuvent-ils expliquer le niveau de confiance de la population dans les gouvernements à l’échelle nationale, provinciale et municipale ainsi qu’envers les entreprises électriques ?
Les perspectives théoriques sur les transitions énergétiques intelligentes, la collaboration régionale interurbaine et la confiance
Transitions énergétiques intelligentes : les opportunités locales et régionales
Le concept de ville intelligente (smart city) a été largement adopté pour faire face à des problèmes sociaux complexes allant de la pandémie de Covid-19 aux migrations liées au changement climatique (Mah et al. 2022b). Il est de plus en plus admis que les objectifs actuels prévus par l’accord de Paris ne permettront pas d’atteindre la décarbonation profonde nécessaire pour éviter des conséquences climatiques catastrophiques. Les villes, en tant qu’espaces clés de la transition vers un modèle durable, ont un besoin urgent d’inclure les réseaux électriques intelligents comme un élément central de réseaux électriques toujours plus interconnectés, dématérialisés et intelligents pour atteindre d’ambitieux objectifs de neutralité carbone (ibid.).
Les responsables politiques reconnaissent de plus en plus l’importance des réseaux électriques intelligents comme une technologie propice et novatrice pour la réalisation de transitions énergétiques. Afin de passer de systèmes centralisés fondés sur les énergies fossiles/nucléaires à des systèmes énergétiques à faible intensité en carbone et plus durables, les transitions énergétiques « intelligentes » se concentrent sur l’utilisation des réseaux électriques intelligents pour entraîner, intensifier et réaliser ces transitions. En intégrant les TIC dans les systèmes électriques existants, les technologies de réseaux intelligents construisent un système énergétique intégré qui peut relier un ensemble de technologies complémentaires (tout particulièrement les compteurs intelligents, les systèmes de gestion énergétique automatisés, les systèmes de stockage d’énergie distribuée et les technologies d’ER). Hormis ces outils, le développement de réseaux intelligents requiert de nouvelles grilles tarifaires, en particulier des tarifications dynamiques telles que la tarification en fonction des périodes d’utilisation, qui utilisent des indications de prix incitant les utilisateurs finaux à économiser l’énergie ou reprogrammer leur consommation d’électricité afin de parvenir à un déplacement ou une réduction de charge (ibid.). En substance, les technologies de réseaux intelligents, quand elles sont soutenues par des changements socio-institutionnels, ont le potentiel d’optimiser à la fois la gestion de l’offre et celle de la demande d’énergie en intégrant des sources d’ER dans les systèmes d’énergie distribuée, en augmentant les économies d’énergie et en déplaçant les pics de demande (ibid.).
Les études sur la transition énergétique urbaine ont révélé que les technologies de réseaux intelligents généraient des effets de changement d’échelle importants sur les transitions énergétiques. Les politiques énergétiques urbaines sont généralement mises en place aux niveaux urbain et national. Les réseaux intelligents peuvent faire descendre les espaces de transition vers le niveau local, et les faire remonter jusqu’au niveau interurbain régional. Cet effet de changement d’échelle peut redéfinir les lieux, les processus et les politiques des transitions énergétiques sociotechniques (ibid.), contribuant ainsi fortement à l’exploration de voies alternatives pour les transitions énergétiques.
Un processus de localisation des transitions énergétiques intelligentes a déplacé l’accent sur les transitions à l’échelle de la ville, à un niveau infra-urbain, en particulier au niveau des quartiers, en soulignant l’importance des niches d’innovations ascendantes qui encouragent les transitions vers des systèmes de distribution fondés sur les ER et mobilisent un grand nombre d’utilisateurs finaux (et de « prosommateurs », des individus qui produisent en partie ce qu’ils vont consommer) dans des systèmes de réseaux distribués. Ce processus favorise la création de valeurs sociales qui incluent l’émancipation, la cohésion sociale et le renforcement des obligations morales vis-à-vis des comportements écologiques (ibid.).
Les réseaux intelligents entraînent aussi les diffusions par ces niches d’un mouvement ascendant et vers l’extérieur des transitions énergétiques jusqu’aux niveaux régionaux interurbains. La régionalisation est une dynamique urbaine essentielle largement étudiée dans la recherche en urbanisme. La recherche en environnement et développement durable sur la théorie de la régionalisation a d’abord pris son essor en Occident dans les années 1980 et 1990, en réponse aux risques de santé publique associés à la pollution de l’air et de l’eau (ibid.). Dans le domaine de l’énergie, plusieurs concepts étroitement liés à la régionalisation ont été utilisés de façon interchangeable dans les recherches sur le développement durable et l’énergie au fil des ans. L’évolution de ces concepts, d’une planification énergétique régionale à une gouvernance énergétique transfrontalière, puis à une collaboration énergétique interurbaine dans le cadre de systèmes nationaux d’innovation technologique, a coïncidé avec un déplacement du discours, du concept de développement durable dans les années 1980 au changement climatique au début des années 2000, puis, plus récemment, à la société intelligente. À l’ère du numérique, les technologies de réseaux intelligents ont le potentiel d’encourager l’interconnexion de villes en pôles de villes/communautés dotées d’énergies intelligentes pour explorer tous les avantages de l’économie d’énergie, de la réponse à la demande et des ER distribuées à l’échelle régionale. Les réseaux intelligents peuvent par exemple optimiser l’exploitation d’un réseau de fermes éoliennes et solaires dans une région en lissant la variation de la production grâce à la dispersion géographique des sources d’ER (ibid.). Les développements empiriques indiquent que ces processus de changement d’échelle ont une influence essentielle sur les conséquences de la transition, mais ces mécanismes complexes sont encore sous-étudiés.
La perception publique du risque dans les transitions énergétiques intelligentes
Un autre volet de la recherche sur l’énergie met en lumière l’importance de la perception du risque et de la confiance dans le contexte des transitions énergétiques. Les recherches sur l’énergie ont mis en évidence que la perception du risque par la population était fondamentale pour toutes sortes de politiques énergétiques, depuis la planification énergétique jusqu’à la réalisation des projets, en passant par les principaux domaines énergétiques allant du climat aux ER, au nucléaire et à l’efficacité énergétique (Mah, Hills et Tao 2014 ; Ryu, Kim et Kim 2018).
À l’ère du numérique, les transitions énergétiques intelligentes sont inévitablement associées à des risques. Les transitions énergétiques intelligentes favorisent le changement à travers une multitude d’acteurs (les utilisateurs finaux d’électricité, les « prosommateurs » – les utilisateurs finaux produisant des ER –, les fournisseurs d’énergie existants et les nouvelles entreprises d’énergie, la société civile et les autorités gouvernementales) à différents niveaux : aux niveaux national, régional, interurbain, urbain et jusqu’aux quartiers. Tandis que ces changements ont ouvert beaucoup de nouvelles voies alternatives potentielles vers des transitions énergétiques, d’importants problèmes de gestion subsistent face aux incertitudes. La diversité des acteurs intervenant dans le processus de diffusion implique un degré élevé d’incertitude quant à la direction que prendront ces transitions (Schot, Kanger et Verbong 2016). En raison de la complexité et du caractère indéterminé par nature de certains processus de transition, un savoir scientifique imparfait ne peut expliquer et prédire tous les mécanismes qui peuvent produire des transitions énergétiques (Osazuwa-Peters et al. 2021), et de nombreux risques et incertitudes demeurent.
La recherche en matière de transition suggère que les risques associés aux transitions énergétiques intelligentes sont multiples : risques climatiques (tels que des épisodes de chaleurs extrêmes), risques environnementaux, risques de volatilité des prix (à mesure que les marchés boursiers de l’énergie continuent à prendre de l’ampleur et se développent dans le secteur des services), risques de perte d’emplois dans le secteur du charbon et risques d’atteinte à la confidentialité des données (ibid.).
Un des thèmes de la recherche sur le risque a mis en lumière les difficultés à gérer la perception par la population des risques technologiques liés à l’énergie. La perception du public s’est avérée être un facteur important qui affecte l’acceptation par la population des risques technologiques liés à l’énergie, et qui encourage ainsi l’adoption de nouvelles technologies d’énergie verte. Cependant, la recherche souligne également que la perception du risque par la population est particulièrement dynamique en cela qu’elle se construit socialement, culturellement et historiquement (Irwin 2000), et qu’elle peut évoluer dans le temps et l’espace (ibid. ; Mah, Hills et Tao 2014). Ces aspects socioculturels du risque énergétique impliquent que la gestion de la perception du risque demande plus que des solutions technologiques. Néanmoins, la manière dont les paramètres socioculturels doivent évoluer afin d’assurer une meilleure gestion de la perception du risque par la population est encore trop peu étudiée.
Le rôle de la confiance dans la gestion de la perception du risque
Dans ce contexte mondial de méfiance du public (Mah et al. 2021), certains développements récents dans les transitions énergétiques intelligentes ont poussé la population à porter davantage d’attention aux questions liées à la confiance. Par définition, la confiance est un « état psychologique qui implique l’intention d’accepter sa vulnérabilité en se fondant sur une évaluation positive des intentions ou du comportement de l’autre » (Rousseau et al. 1998 : 395). La confiance est un prérequis pour une gestion efficace du risque (Brecher et Flynn 2002), et elle est essentielle pour accroître la légitimité des politiques et améliorer leur efficacité (Braithwaite 1998 ; Mah et al. 2021). Une part croissante des publications sur l’énergie suggère que la confiance/méfiance de la population est l’un des facteurs les plus importants dans la prédiction de l’acceptabilité publique des technologies liées à l’énergie (telles que les réseaux intelligents et l’énergie éolienne, Sonnberger et Ruddat 2017), et la méfiance peut être un obstacle majeur à leur adoption (Perlaviciute et al. 2018). Étant donné l’importance de la confiance dans les transitions énergétiques efficaces, cinq axes de la recherche sur la confiance éclairent les différents aspects de ce concept complexe qui permet de comprendre les processus des transitions énergétiques.
Le premier axe des études sur la confiance souligne les relations complexes entre la confiance et la perception des risques par la population. La confiance du public dans le gouvernement, les experts, les institutions, et les marchés, ainsi que la perception du risque qui en découle, est déterminante dans le contexte de la transition énergétique, car de nombreuses décisions relatives aux choix d’énergie doivent être prises en se fondant sur des informations incomplètes et une grande diversité de risques (Loorbach et Verbong 2012). Une part relativement importante des publications sur la confiance révèle que des niveaux de confiance élevés peuvent diminuer la perception du risque (Hunt, Frewer et Shepherd 1999 ; He et al. 2014 ; Ryu, Kim et Kim 2018). Cependant, la question de savoir si la perception du risque peut, d’autre part, déterminer la confiance du public a été moins étudiée. Des études empiriques récentes mettent en évidence que l’écart se creuse en période de transitions énergétiques : le fossé entre la confiance nécessaire aux citoyens et la confiance dont jouissent les gouvernements et les grandes entreprises peut s’approfondir quand les citoyens perçoivent plus de risques et désirent par conséquent davantage de gages de confiance (Mah et al. 2021). Tandis que la recherche sur la confiance suggère que la confiance du public est un facteur important pour renforcer l’acceptabilité d’une transition énergétique risquée, la mesure dans laquelle la perception du risque par la population peut compromettre les niveaux de confiance reste à ce jour peu étudiée.
Le deuxième axe des études sur la confiance révèle que certains acteurs sont plus fiables et d’autres moins dignes de confiance. Des études ont montré que l’on fait davantage confiance aux scientifiques et aux ONG, tandis que les entreprises de fourniture d’énergie, les autorités de sûreté nucléaire et les partis politiques sont considérés comme moins fiables (UE 2007 ; OCDE 2010). Lors d’une recherche sur la confiance à Hong Kong, Mah, Hills et Tao (2014) ont mis en lumière qu’il existe de multiples points de vue sur la confiance dans les gouvernements central et local : les personnes interrogées éprouvent une plus grande méfiance envers le gouvernement central et le gouvernement provincial du Guangdong alors qu’elles estiment le gouvernement hongkongais légèrement plus digne de confiance. Ce constat confirme des études menées ailleurs qui attestent également de variations des niveaux de confiance à différents niveaux juridictionnels (OCDE 2010).
Le troisième axe des études sur la confiance distingue différentes dimensions de celle-ci. Trois dimensions principales sont identifiées comme suit : (i) la confiance en la transparence (Frewer et al. 1996 ; Hunt, Frewer et Shepherd 1999) est associée à la publication d’information ; (ii) la confiance dans les motivations est associée à l’ouverture (une présentation ouverte ou fermée des processus décisionnels), l’intégrité et l’inclusivité (Coleman 1990 ; Kim 2005 ; Stirling 2005) ; (iii) la confiance en la compétence (Mayer, Davis et Schoorman 1995) est associée aux capacités opérationnelles (Kim 2005) et à la capacité à mettre en œuvre des projets alternatifs et à gérer les risques liés à l’énergie (Walker et al. 2008).
Le quatrième axe de la recherche sur la confiance explore les mécanismes de renforcement de la confiance grâce auxquels celle-ci peut se construire. Les études suggèrent que la participation du public aux processus d’élaboration des politiques énergétiques est un mécanisme clé de la construction de la confiance, mais elles soulignent aussi qu’une approche participative de l’élaboration des politiques ne peut nécessairement garantir son développement. La confiance du public peut se détériorer si certains s’interrogent sur les motivations de tels exercices participatifs (Mah et al. 2021).
Le cinquième axe suggère que des facteurs contextuels, tels que les expériences (les événements historiques pourraient être inclus), le niveau de connaissance (Gölz et Wedderhoff 2018), et les contextes démographiques et sociopolitiques sont des facteurs de confiance (OCDE 2017 ; Mah et al. 2021). À l’échelle régionale, les études sur l’énergie en Europe de l’Ouest (Gölz et Wedderhoff 2018) et dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (ibid. ; Komendantova 2021) ont montré que des facteurs socio-institutionnels (Gölz et Wedderhoff 2018) tels que le sentiment de participer à la transition énergétique et d’autres facteurs contextuels sont essentiels pour expliquer les différences régionales en matière de confiance.
La perception par le public des questions de politiques publiques et de confiance en Chine
Dans les études sur la Chine, la perception par le public d’un large éventail de problèmes liés aux politiques énergétiques a été étudiée. Ces questions vont de la protection sociale et la corruption à la sécurité alimentaire et aux risques environnementaux. La recherche suggère que la confiance du public dans les gouvernements central et locaux, en particulier les autorités de régulation en Chine, est liée à la perception du risque par le public (Mah et al. 2022b). Les facteurs régionaux, tels que le niveau de développement économique, les traditions et la culture, ont été reconnus comme ayant une influence essentielle sur la confiance que les populations locales accordent au gouvernement (ibid.).
Pour ce qui est des questions énergétiques, les études sur la Chine ont révélé que la confiance du public influe sur son adhésion à différentes technologies énergétiques, telles que l’énergie nucléaire, les projets d’ER et les technologies de capture et de stockage du carbone (CSC) (ibid.). Les études sur la Chine ont systématiquement constaté qu’un niveau de confiance plus élevé entraînait un taux d’acceptation supérieur des projets ou d’une technologie, tandis qu’une confiance plus faible dans les intentions et les compétences entraînait un faible taux d’acceptabilité de ceux-ci (ibid.). L’interaction entre la confiance et la perception du risque par le public dans le contexte de transition énergétique intelligente en Chine est toutefois moins claire.
Les contextes de Hong Kong et de la région de la Grande baie (GBA)
Située sur le littoral de la Chine du Sud, Hong Kong compte environ 7,5 millions d’habitants sur une superficie de 1 110 km2. Hong Kong est gouvernée sous le régime « un pays, deux systèmes » et bénéficie d’un haut degré d’autonomie dans ses pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire sous l’autorité du gouvernement central chinois. Ce cadre politique a déterminé la relation complexe à de multiples niveaux entre le gouvernement hongkongais, le gouvernement central chinois et le gouvernement provincial du Guangdong, ainsi que les politiques de collaboration énergétique interurbaine (ibid.).
Hong Kong est dotée de caractéristiques uniques dans la GBA : un marché libre, une forte densité de population et un important PIB par habitant, avec cependant une faible intensité énergétique. Comme l’illustre le tableau 1 dans Mah et al. (ibid.), les villes de la GBA ont une forte densité de population, et celle de Hong Kong est environ 4,7 fois plus élevée que dans la GBA. Le secteur des services représentait près de 92 % de l’économie de Hong Kong en 2017, le ratio le plus élevé après celui de Macao. La GBA a une répartition inégale du PIB par habitant, Hong Kong arrivant en seconde position. En neuvième position sur 11 villes, Hong Kong a une intensité énergétique relativement faible par rapport au reste de la GBA.
Le mix énergétique de Hong Kong repose sur les énergies fossiles pour sa production électrique et la ville a pour ambition de supprimer progressivement le charbon d’ici 2035 afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. En 2017, le charbon assurait 46 % de la production électrique, suivi par le gaz naturel et le nucléaire, tous deux à environ 27 %. En 2020, le gaz naturel est devenu la source principale de l’offre énergétique à 48 % alors que le charbon baissait à 24 %. Les ER représentent une infime partie du mix énergétique ces dernières années, à moins de 0,01 %. Le gouvernement cherche à augmenter leur part à 7,5 %-10 % d’ici à 2035 (ibid.).
Contrairement au marché partiellement libéralisé de l’électricité en Chine, Hong Kong a un système monopolistique géographiquement et verticalement intégré. Deux entreprises électriques, China Light & Power et Hongkong Electric, constituent les seuls producteurs, fournisseurs et revendeurs d’électricité dans leurs zones respectives. Les performances financières et environnementales des entreprises électriques sont régies par les accords du système de contrôle (SCA pour Scheme of Control Agreements). Les SCA ont déterminé la rentabilité annuelle autorisée en s’appuyant sur la valeur d’actifs immobilisés. Des incitations à augmenter les taux autorisés sont mises en œuvre pour permettre aux entreprises électriques d’atteindre leurs objectifs de performance environnementale tels que l’utilisation accrue des ER et les économies d’énergie (ibid.).
Hong Kong fait l’expérience d’une collaboration énergétique régionale depuis près de 40 ans. Liu et al. (2021) distinguent trois étapes de collaboration énergétique interurbaine dans la GBA :
- Une collaboration déterminée par le marché entre des entreprises électriques de Hong Kong et de Chine consistant en trois initiatives énergétiques clés : (i) l’interconnexion des réseaux électriques de Kowloon et du Guangdong en 1979 ; (ii) la centrale nucléaire de la baie de Daya en 1994 ; (iii) le terminal de gaz naturel liquéfié de Guangdong Dapeng au début des années 2000.
- Une collaboration menée par le gouvernement local pendant les années 2000, se concentrant sur les organismes gouvernementaux interurbains pour la formulation de projets de protection environnementale.
- Une collaboration portée par le gouvernement central. Le plan de préparation du projet de réforme et de développement du delta de la rivière des Perles (2008-2020) en a marqué le commencement, suivi par la récente collaboration énergétique interurbaine en matière d’ER, plus particulièrement mise en évidence dans le plan de développement de la région de la Grande baie Guangdong-Hong Kong-Macao en 2019 (tableau 2, ibid.).
Un nombre croissant d’opportunités de collaboration énergétique interurbaine soutenue par les développements de réseaux intelligents et les objectifs de neutralité carbone ont été observés ces dernières années. La GBA et Hong Kong ont mis en place différents projets et politiques énergétiques pour parvenir à la neutralité carbone (tableau 2, ibid.). Afin de réaliser ces ambitieux objectifs de neutralité carbone avant 2050, le gouvernement de Hong Kong reconnaît la nécessité d’une collaboration énergétique régionale, étant donné son potentiel limité pour le développement de projets d’ER à grande échelle à cause du manque d’espace et de sa forte densité de population. L’importation d’énergie à faible intensité en carbone et d’énergie décarbonée est présentée comme l’une des options pour une collaboration énergétique régionale.
Le projet de déploiement de compteurs intelligents est l’une des principales initiatives pour l’énergie intelligente à Hong Kong. Les deux entreprises électriques prévoient d’installer des compteurs intelligents pour leurs clients d’ici 2025 (ibid.). Ces compteurs intelligents permettent une visualisation numérique en temps réel de la consommation énergétique des foyers afin d’encourager les économies d’énergie et d’améliorer la fiabilité énergétique.
Méthodologie
Cette étude est une étude de cas unique utilisant Hong Kong comme cas empirique. Comparée à une étude de cas multiple, une étude de cas unique permet d’enquêter sur les complexités liées au contexte du cas découlant de son histoire singulière et des influences qui lui sont spécifiques (Nock, Michel et Photos 2007). Cet avantage nous permet d’analyser comment le contexte sociopolitique atypique de Hong Kong affecte la méfiance de ses citoyens envers la collaboration énergétique interurbaine dans la GBA.
Cette étude utilise des données de recherche primaire rassemblées lors d’un sondage délibératif en ligne à Hong Kong s’appuyant sur quatre sources principales d’information : (i) des données quantitatives générées à partir de trois séries de questionnaires (T1 : un questionnaire précédant l’atelier délibératif rempli environ deux jours avant l’événement ; T2 : un questionnaire précédant l’atelier rempli le jour de l’événement ; T3 : un questionnaire rempli après l’événement) avec un échantillon final valide de 174 personnes (les participants qui ont réussi à finir le T1, le T2, le SD, et le T3 étaient au nombre de 174) ; (ii) une analyse qualitative de contenus transcrits à partir de discussions en petits groupes et de deux sessions plénières ; (iii) une analyse qualitative d’articles de presse et de rapports pour la triangulation de données.
Le SD en ligne a été mené en juillet 2020, sous la forme d’un atelier délibératif d’une demi-journée avec cinq composantes. Elles comprennent : (i) un questionnaire pré-événement (T1) ; (ii) des documents d’information ; (iii) un questionnaire pré-atelier (T2) ; (iv) trois petits groupes de discussion avec deux séances de questions-réponses entre les discussions menés par des experts ; (v) un questionnaire post-atelier (T3). Les questionnaires ont été utilisés pour suivre les changements d’opinion tout au long de la délibération. Les participants étaient des citoyens hongkongais sélectionnés au hasard à partir d’un groupe d’opinion fondé sur les groupes d’âge et le sexe. Un échantillon initial de 225 individus a été recruté en juin 2020 afin de participer aux ateliers délibératifs en ligne en juillet 2020.
Dans nos documents d’information, trois futurs scénarios pour l’énergie solaire ont fait ressortir quatre principaux domaines des transitions énergétiques intelligentes : (i) l’acceptation par le public de différents niveaux de collaboration énergétique régionale pour l’importation d’ER depuis la GBA ; (ii) les choix des « prosommateurs »/consommateurs pour l’électricité solaire produite localement ; (iii) les choix des consommateurs sur le marché de l’électricité ; (iv) le niveau de participation des « prosommateurs » dans les transitions énergétiques intelligentes. Tandis que les études actuelles des scénarios possibles se concentrent sur le cadre limité des implications économiques et techniques des projets d’énergie solaire, nos scénarios solaires pour l’avenir se concentrent à la fois sur les valeurs sociales du changement de systèmes d’énergie et de son impact sur les citoyens, et sur ses impacts sociotechniques. Une approche narrative est adoptée dans ces scénarios, résumant les avantages et les inconvénients du point de vue des citoyens concernant les maisons intelligentes, l’impact sur les prix de l’électricité et les changements sur le marché de l’électricité. Cette approche cherche à attirer l’attention des citoyens sur des préoccupations non économiques et les implications des technologies intelligentes afin d’avoir une vue plus complète de l’autonomie énergétique.
Résultats
Les transitions énergétiques intelligentes mettent l’accent sur l’utilisation de compteurs intelligents, un système de gestion de l’énergie domestique (HEMS pour home energy management system), les données énergétiques en temps réel et la tarification dynamique pour accroître les économies d’énergie et l’utilisation des ER au sein du foyer ainsi qu’à l’échelle des quartiers, des arrondissements urbains, de la ville ou de la région. Nous avons montré dans un autre article (Mah et al. 2022a) comment les résultats du SD de Hong Kong révèlent que les citoyens hongkongais approuvaient en général les projets d’énergie intelligente, tels que la tarification dynamique et le HEMS intelligent. Dans cet article, nous enrichissons la compréhension de l’acceptation publique des projets énergétiques intelligents par une approche analytique de la confiance. Nous avons mis au jour que la méfiance du public envers le gouvernement était un facteur déterminant qui affecte l’acceptation des projets énergétiques intelligents. Nos conclusions sont abordées en détail comme suit :
Faibles niveaux de confiance dans différents niveaux de gouvernement
Un trait caractéristique des transitions énergétiques intelligentes est son utilisation de compteurs intelligents pour recueillir les données de consommation d’électricité en temps réel et formuler des mesures efficaces pour répondre à la demande et changer les habitudes de consommation des utilisateurs finaux. Dans nos SD en ligne, les participants ont été invités à évaluer sur une échelle de 0 à 10 leurs perceptions de la fiabilité du gouvernement central, du gouvernement provincial du Guangdong, du gouvernement de Hong Kong et des entreprises électriques hongkongaises si ceux-ci recueillent les informations énergétiques de leur foyer. Les scores entre 0 et 4 sont classés comme non dignes de confiance, 5 se situe au milieu, et ceux de 6 à 10 comme dignes de confiance. Trois questionnaires (T1, T2, T3) ont été dressés pour suivre les changements d’opinion des citoyens tout au long des délibérations du SD en ligne de Hong Kong. Trois questions portant sur la confiance dans les informations, la confiance dans les motivations et la confiance dans les compétences ont été posées dans ces questionnaires. Ces trois questions portaient sur leur niveau de confiance envers : (i) les deux principales entreprises électriques de Hong Kong ; (ii) le gouvernement central chinois ; (iii) le gouvernement provincial du Guangdong ; (iv) le gouvernement de Hong Kong. Les résultats de ces trois questions sont illustrés dans les graphiques 1 à 3.
Les conclusions de nos SD révèlent que les citoyens hongkongais ont montré un niveau de confiance extrêmement faible dans les différents niveaux de gouvernement, contrairement au niveau de confiance relativement élevé envers les entreprises électriques concernant la collecte des données personnalisées de consommation électrique. Plusieurs autres observations majeures sont résumées comme suit :
- Le niveau de confiance dans le gouvernement central était invariablement extrêmement faible: les citoyens ont manifesté une méfiance extrême dans le gouvernement central. L’augmentation des trois dimensions de confiance a été minimale pour le gouvernement central. La confiance dans l’information est passée de 8,1 % (T1) à 9,8 % (T3) ; la confiance dans les motivations de 6,9 % (T1) à 8,1 % (T3) ; et la confiance dans la compétence de 7,5 % (T1) à 9,8 % (T3).
- Le niveau de confiance dans le gouvernement provincial du Guangdong était invariablement extrêmement faible: les citoyens ont manifesté la même méfiance extrême envers le gouvernement du Guangdong qu’envers le gouvernement central. L’augmentation de chacune des trois dimensions de confiance a été minimale pour le gouvernement du Guangdong après délibération. La confiance dans l’information est passée de 8,0 % (T1) à 9,8 % (T3) ; la confiance dans les motivations de 6,9 % (T1) à 8,0 % (T3) ; et la confiance dans la compétence de 8,1 % (T1) à 9,8 % (T3).
- Le niveau de confiance dans le gouvernement de Hong Kong a été invariablement faible mais comparativement supérieur à ceux du gouvernement central et du Guangdong: les citoyens ont manifesté une méfiance extrême envers le gouvernement de Hong Kong, mais ils le percevaient comme légèrement plus digne de confiance que le gouvernement central et que celui du Guangdong. La diminution de la confiance dans l’information a été minimale (de 16,8 % au T1 à 16,7 % au T3) ; on observe par ailleurs une hausse minimale de la confiance dans les motivations (de 13,2 % au T1 à 14,4 % au T3) ; et un léger rebond de la confiance dans les compétences (de 13,3 % au T1 à 19,0 % au T3).
- Contrairement aux faibles niveaux de confiance dans les gouvernements, le niveau de confiance envers les entreprises électriques hongkongaises existantes a été invariablement élevé sur les trois aspects clés de la confiance. La confiance dans l’information (de 73,7 % au T1 à 71,3 % au T3) et la confiance dans la compétence (de 64,2 % au T1 à 63,2 % au T3) n’ont diminué que de façon minimale. Les citoyens ont témoigné le moins de confiance dans les motivations de ces entreprises électriques. La confiance dans les motivations est restée légèrement inférieure à 50 %, avec une légère augmentation de 44,8 % (T1) à 49,4 % (T3).
Ces résultats impliquent que toute proposition future de collaboration énergétique interurbaine sera perçue avec un fort degré de scepticisme par les citoyens, ce qui rappelle les conclusions de Wang et al. (2021). Dans un environnement de faible confiance dans les gouvernements, les citoyens vont remettre en question les différents aspects des projets de collaboration énergétique interurbaine proposés. En ce qui concerne les informations, les citoyens sont susceptibles de se demander si celles-ci sont transparentes, complètes, objectives et fiables. Pour ce qui est des motivations, les citoyens sont susceptibles de se demander si les gouvernements sont prêts à accepter des options alternatives, à avoir l’honnêteté d’honorer leurs engagements, la volonté d’écouter différentes opinions, si leur engagement dans le projet est crédible et si les impacts potentiels du projet ont été évalués avec exactitude. Pour la compétence, les citoyens vont remettre en question la capacité du gouvernement à mettre en œuvre des alternatives et à gérer le risque. Comme indiqué dans les sections suivantes, les citoyens ont exprimé et expliqué ces préoccupations lors des SD en ligne.
Graphique 1. Confiance dans l’information
Entreprises électriques hongkongaises ; Gouvernement central ; Gouvernement provincial du Guangdong ; Gouvernement de la RAS.
Non digne de confiance ; Moyen ; Digne de confiance.
Sur une échelle de 0 à 10, où 0 est l’absence totale de confiance, 10 le niveau maximal de confiance et 5 se situe entre les deux, quel degré de confiance accorderiez-vous aux acteurs suivants s’ils devaient recueillir les données de consommation énergétique de votre foyer ? Source : auteurs.
Graphique 2. Confiance dans les motivations
Sur une échelle de 0 à 10, où 0 est l’absence totale de confiance, 10 le niveau maximal de confiance et 5 se situe entre les deux, quel degré de confiance accorderiez-vous aux acteurs suivants pour protéger l’intérêt général ? Source : auteurs.
Graphique 3. Confiance dans la compétence
Sur une échelle de 0 à 10, où 0 est l’absence totale de confiance, 10 le niveau maximal de confiance et 5 se situe entre les deux, quel degré de confiance accorderiez-vous aux acteurs suivants dans leur capacité à fournir des services fiables ? Source : auteurs.
Méfiance envers les motivations des gouvernements pour privilégier la production locale d’ER par rapport à son importation régionale
Les citoyens ont douté de la volonté du gouvernement hongkongais de chercher des alternatives telles que les ER locales avant de s’intéresser à l’importation d’ER régionales. Au cours de la discussion sur les options futures pour la collaboration sur les ER régionales, les citoyens se sont lancés dans des discussions approfondies sur les solutions locales. Tout d’abord, les citoyens pensaient que des terrains vacants étaient disponibles pour le développement local de l’énergie solaire, et que développer l’énergie solaire locale devrait être une option prioritaire par rapport à l’importation d’ER depuis la GBA. Par exemple :
Nombre des terres du gouvernement sont inoccupées, je pense donc qu’il peut commencer par ces terres-ci. Plutôt que de les laisser inoccupées, il est préférable de les utiliser pour développer l’énergie solaire. Il n’est pas nécessaire de compter sur la GBA pour tout… (Petit groupe de discussion 1f)
Comme nous le révèle cette citation, le cœur de la discussion autour du développement local d’ER était axé sur le terme « local » en tant que source alternative d’énergie prioritaire et sur le terme « transfrontalier ». Le terme « autonomie énergétique » est revenu à maintes reprises parmi les opinions sur les ER locales, tandis que la notion de « dépendance » a été le plus souvent convoquée pour qualifier les opinions sur l’importation d’ER régionales. En substance, les citoyens étaient d’avis que Hong Kong n’avait pas encore fourni d’efforts sérieux ou employé toutes ses capacités pour développer les ER localement ; i.e., Hong Kong « devrait » faire de son mieux pour résoudre le problème par elle-même plutôt que de compter sur une aide venant de l’autre côté de la frontière (la GBA). Tout en s’inquiétant de « l’autonomie énergétique », les citoyens se demandaient si le gouvernement avait une raison de « dépendre » de l’importation d’ER et de réduire le degré « d’autonomie énergétique » locale. Cette préoccupation a contribué à la méfiance des citoyens envers les motivations du gouvernement.
Ensuite, les citoyens ne croyaient pas le gouvernement capable d’assurer un haut niveau de fiabilité énergétique avec davantage d’importations d’ER depuis la GBA. Les préoccupations des citoyens vis-à-vis des importations régionales d’ER portaient sur l’autonomie et la stabilité. D’un côté, les citoyens préféraient un approvisionnement en énergie diversifié et ne pensaient pas que la GBA avait suffisamment d’ER disponibles, ne serait-ce que pour leur propre région. Par exemple :
Ils [les experts des sessions plénières] rappellent que la Chine continentale fait également face à une pénurie de ressources, à Canton en particulier. Pourquoi dépendons-nous encore largement du continent ? Gardez à l’esprit qu’au début de cette pandémie, la pénurie de masques a suscité la panique non seulement à Hong Kong mais dans le monde entier. C’est exactement ce résultat que l’on obtient quand on dépend trop d’un pays. C’est pourquoi je m’oppose tout particulièrement à cette proposition. (Petit groupe de discussion 2k)
D’un autre côté, les citoyens n’étaient pas sûrs que les importations d’ER depuis la GBA seraient stables : « À ma connaissance, la Chine est parfois confrontée à un manque de stabilité d’approvisionnement énergétique. Nous devons ainsi prendre en compte la stabilité si nous importons des ER depuis la GBA... » (Petit groupe de discussion 1g).
Une préoccupation centrale était de savoir si l’approvisionnement en électricité actuellement stable allait devoir être sacrifié lors de l’intégration du réseau électrique transfrontalier. Hong Kong a atteint un haut niveau de fiabilité d’approvisionnement électrique de 99,999 %, plus élevé que celui de Canton ou Shenzhen qui se situe à 99,989 %. Alors que Hong Kong a maintenu les coupures électriques annuelles à 0,92 minute par foyer en moyenne, certaines villes du sud de la Chine ont eu des coupures de courant annuelles de 4,22 heures par foyer (Mah et al. 2022b). Ces chiffres renforçaient l’impression des citoyens quant à l’instabilité de l’approvisionnement électrique de la GBA. Les citoyens ont montré leur méfiance envers le gouvernement lorsqu’il suggérait l’importation d’ER régionales, cette proposition ne permettant pas à leurs yeux de conserver un niveau élevé de fiabilité énergétique.
Les cinq risques majeurs : de nouvelles sources de méfiance publique envers la compétence des gouvernements
Bien que les transitions énergétiques intelligentes créent des opportunités pour la collaboration énergétique interurbaine, de nouvelles sources de risques émergent et deviennent autant de foyers de méfiance envers le gouvernement. Les cinq principaux types de risques ont été soulignés par les citoyens pendant la délibération des SD en ligne de Hong Kong : la volatilité des prix, la fiabilité énergétique, le dépassement des coûts, l’atteinte à la confidentialité des données et les risques environnementaux (voir tableau 3, ibid.).
Le premier risque concernait la volatilité des prix de l’électricité. Les citoyens estimaient que le gouvernement était incapable de stabiliser les prix de l’électricité. Les citoyens étaient particulièrement préoccupés par les incidences financières potentielles si les systèmes de prix dynamiques étaient introduits à Hong Kong. Une des participantes a indiqué ses réserves concernant l’ambitieux scénario solaire : « Si nous optons pour l’ambitieux scénario solaire, nous allons devoir adopter un système de tarification selon la période de consommation dans lequel il y aura une distinction entre heure pleine et heure creuse pour les frais d’électricité. Nous devrons peut-être payer plus » (petit groupe de discussion 1o).
Il est important de noter que le contexte régional de la GBA a exacerbé les préoccupations des citoyens concernant les risques de hausse des prix de l’électricité. Certains participants ont souligné que dès lors que Hong Kong entrera en accord contractuel avec la GBA pour l’importation d’ER, la ville aura très peu de pouvoir de négociation sur les prix. Les coûts de l’importation d’ER seront ensuite reportés sur les citoyens locaux. Comme l’a souligné un citoyen : « En plus, en ce qui concerne l’approvisionnement d’électricité sur le continent, le problème est que son coût pourrait être de 1 HKD, mais qu’ils pourraient nous la vendre pour 5 ou 10 HKD. Pour illustrer cela, l’eau du Dongjiang est un exemple parfait » (petit groupe de discussion 1n). L’eau du Dongjiang était un cas d’approvisionnement en eau douce importée par Hong Kong depuis la GBA. Alors qu’elle coûte environ 0,04 USD/m3, Hong Kong a l’obligation d’acheter au moins 615 millions de m3 d’eau chaque année de 2012 à 2023 (Mah et al. 2022b). Qui plus est, les citoyens s’inquiétaient du fait que Hong Kong devrait se livrer à une concurrence sur les prix avec d’autres régions de Chine pour l’achat d’ER. Comme l’a fait remarquer un citoyen :
Il était mentionné que nous devons rivaliser avec des acheteurs d’autres régions pour acheter des certificats de fourniture d’électricité. Donc ça sera affecté par les fluctuations du marché, c’est ce dont le public se soucie le plus. C’est parce qu’il ne souhaite pas voir les prix fluctuer jour après jour. Il ne veut pas que les coûts soient affectés par l’usage... (Petit groupe de discussion 1a)
Le deuxième risque portait sur la fiabilité énergétique et les coupures d’électricité en cas de conditions météorologiques extrêmes. Les citoyens avaient l’impression que le gouvernement était incapable de minimiser les risques de coupure de courant grâce à l’importation d’ER. En cas de conditions météorologiques extrêmes telles que des typhons, une dépendance excessive de l’approvisionnement en électricité depuis la GBA serait plus susceptible de mener à des coupures de courant :
Nous pouvons comparer avec Macao. La majeure partie de leur électricité provient du réseau électrique du sud. La dernière fois, quand il y a eu un typhon, ils ont souffert des coupures de courant pendant longtemps. Nous devrions être prudents. (Petit groupe de discussion 1d)
La perception de l’incompétence des gouvernements pour minimiser les risques liés à une dépendance excessive des importations d’ER a constitué une nouvelle source de méfiance envers la compétence des gouvernements. Pour les citoyens, les coupures d’électricité à Macao causées par le typhon Hato en 2017 étaient un exemple évident d’une trop grande dépendance aux importations énergétiques. À cause de dégâts sur les infrastructures de transmission, Macao a été victime d’une coupure de courant pendant près de 31,5 heures, et Hato a causé 10 morts et 244 blessés. Avec le souvenir encore vif des coupures d’électricité à Macao, les citoyens se sont demandé si le gouvernement pouvait faire face à de telles coupures de courant étant donné que Macao importait 94,9 % de son énergie depuis la GBA.
Le troisième risque était lié au dépassement des coûts d’infrastructures. Les citoyens avaient l’impression que le gouvernement était incapable de gérer les coûts d’infrastructures. Or les investissements de mise à niveau des infrastructures de transmission étaient nécessaires pour importer de plus grandes quantités d’ER depuis la GBA. Les citoyens se sont demandé s’il était plus rentable d’importer des ER plutôt que de les développer localement :
Parce que le coût de transmission peut aussi être élevé, nous devons examiner si le coût d’un développement local est réellement plus onéreux que d’importer du continent ; à peu près la même chose ou légèrement plus cher. Je pense que nous devrions développer l’énergie solaire à Hong Kong... (Petit groupe de discussion 1b)
Pourquoi devrait-on acheter davantage d’électricité à la Chine continentale ? Il y aurait une perte d’énergie considérable au cours de la transmission, c’est pourquoi il est préférable de produire et de consommer localement. (Petit groupe de discussion 1k)
Les expériences passées de dépassement de coûts dans les projets gouvernementaux ont également contribué à la méfiance des citoyens envers la compétence des gouvernements. Par exemple, le pont Hong Kong-Zhuhai-Macao a dépassé les estimations de près de 1,6 milliard USD, et la ligne de Shatin à Central, une extension du métro hongkongais, a dépassé son budget de 2,6 milliards USD (Mah et al. 2022b). Ces exemples de gestion des coûts ont participé des préoccupations des citoyens.
Le quatrième risque concernait l’atteinte à la confidentialité des données. Lors de discussions sur le développement de l’énergie solaire sans tenir compte de la collaboration énergétique locale ou interurbaine, la méfiance des participants présentait divers aspects. Tout d’abord, ceux-ci doutaient que les entreprises électriques ouvrent volontairement l’accès aux données électriques de façon transparente. Ils pensaient que les entreprises électriques ne donneraient accès aux données que si elles n’avaient pas d’autre choix (dans le cas de l’ouverture du réseau électrique).
Ensuite, les participants se méfiaient de la véracité des informations venant des entreprises électriques, même s’ils considéraient que l’ouverture des données au public était une bonne chose. Ils avaient l’impression qu’il était difficile d’éviter les données inexactes ou les informations intentionnellement falsifiées par n’importe quelle partie. Enfin, les participants doutaient qu’un organisme fiable de surveillance serait mis en place pour gérer les données sur l’énergie électrique ouvertes au public. Un participant a résumé les multiples facettes de cette méfiance de la façon suivante :
[À propos du développement solaire en général] Je pense que quand il sera temps de rendre publiques les données de consommation électrique, cela impliquera la confidentialité, et je pense que les entreprises électriques vont l’associer à la question de l’ouverture du réseau. C’est lors de l’ouverture du réseau que les entreprises électriques peuvent trouver une raison ou une excuse pour rendre les données publiques. S’il y a des applications ou des mesures pour surveiller les systèmes d’énergie solaire, c’est tant mieux. Cependant, il est aussi difficile d’éviter qu’une partie falsifie les données en l’absence d’un organisme de surveillance hautement crédible. (Petit groupe de discussion 2f)
Qui plus est, les participants se méfiaient de la surveillance de leurs données électriques par le gouvernement. En considérant que les données personnelles et familiales étaient mises à disposition des fournisseurs d’énergie ou des entreprises électriques pour l’utilisation de leurs services, les participants avaient l’impression que la confidentialité était toujours problématique, et qu’il leur était impossible de protéger leur vie privée :
En réalité, si nous parlons de confidentialité, le problème est toujours présent. C’est parce que toutes les données personnelles et familiales ont déjà été enregistrées par les fournisseurs d’énergie ou par les entreprises électriques. Si une certaine agence veut hacker la base de données, elle peut dorénavant le faire de toute façon. Ainsi, il n’y a aucun moyen d’empêcher la surveillance par le gouvernement, et il est probable que le gouvernement fasse de grands efforts pour contrôler les données… (Petit groupe de discussion 2f)
La crainte de la divulgation de données falsifiées ou non consentie a contribué à créer une nouvelle source de méfiance en ce qui concerne l’information et les motivations. Les citoyens avaient l’impression que les organismes gouvernementaux manquaient de crédibilité en ce qui concerne la protection de leur vie privée, ainsi que la capacité à contrôler la transparence, l’ouverture et l’exactitude des données de consommation électrique. Plus particulièrement, les citoyens avaient l’impression que les gouvernements étaient les acteurs qui avaient le plus de chances de porter atteinte à la confidentialité de leurs données. Ces perceptions suggéraient que les citoyens se méfiaient de l’information et des motivations quand ils discutaient d’importation transfrontalière d’ER.
Enfin et surtout, le cinquième risque avait trait aux atteintes à l’environnement. Les participants étaient soucieux des dégâts environnementaux possibles causés par l’infrastructure électrique transfrontalière nécessaire à la collaboration énergétique interurbaine. La perception des dommages environnementaux causés par l’infrastructure électrique a donné lieu à un motif supplémentaire de méfiance envers la compétence des gouvernements à protéger l’environnement. Comme l’a indiqué un participant : « Je m’oppose fortement à l’achat d’électricité provenant de la GBA. Avant tout parce que leur infrastructure peut détruire l’environnement… » (Petit groupe de discussion 1j).
Facteurs démographiques et sociopolitiques contextuels sous-tendant la méfiance du public
Pourquoi les niveaux de confiance dans les trois niveaux de gouvernements sont-ils donc restés faibles ? Nos résultats ont montré que les facteurs démographiques avaient une légère influence sur les niveaux de confiance dans les entreprises électriques et les gouvernements. Une analyse de corrélation de Pearson a été menée avant et après le SD en ligne (T1, T2, T3) afin de déterminer s’il existait des relations significatives entre des facteurs démographiques (incluant l’âge, la taille du foyer, le nombre d’enfants, le niveau d’éducation, le niveau de revenus et les dépenses mensuelles en électricité les plus élevées) et les niveaux de confiance dans les entreprises électriques et les gouvernements.
Nos résultats ont révélé que la classe d’âge, la taille du foyer et le nombre d’enfants ont peu de rapport avec les niveaux de confiance dans les différents niveaux de gouvernement (annexes 1-3, Mah et al. 2022b). Les résultats du T3 suggèrent que :
- Les citoyens d’un âge avancé avaient tendance à soutenir le gouvernement de Hong Kong en ce qui concerne la confiance dans l’information.
- Les citoyens vivant dans une famille comptant davantage de membres avaient tendance à soutenir le gouvernement central chinois et le gouvernement de la province du Guangdong en matière d’information, de motivations et de compétence.
- Les citoyens avec davantage d’enfants avaient tendance à soutenir le gouvernement central chinois et le gouvernement de la province du Guangdong en matière d’information et d’intentions.
En ce qui concerne le contexte sociopolitique, les mauvaises impressions récentes concernant l’importation d’eau et la gestion de l’énergie dans la GBA ont ajouté à la méfiance envers les gouvernements. Un accord sur l’importation de l’eau du Dongjiang depuis la GBA est effectif depuis des décennies. Tandis que le prix unitaire de l’eau a augmenté chaque année, la qualité de l’eau s’est graduellement dégradée au fil des années à cause du développement du delta de la rivière des Perles (ibid.). Cette expérience négative de collaboration avec la GBA a fait croître la défiance des citoyens dans les offres de nouveaux projets de collaboration en matière d’ER proposés par les gouvernements. Comme l’a indiqué un citoyen : « En réalité, nous pourrions collaborer avec le continent, mais rares sont ceux qui leur font confiance. Ne devrions-nous pas régler le problème de l’eau du Dongjiang avant de passer à d’autres projets de coopération l’un après l’autre ? » (Petit groupe de discussion 3n).
Il est important de noter que la confiance des citoyens s’est érodée après une série d’évènements sociaux survenus ces dernières années et juste avant le SD en ligne de Hong Kong en juillet 2020. Ces évènements comprenaient le mouvement social causé par le projet d’amendement de la loi d’extradition en 2019-2020 et les sanctions ultérieures dues à la loi sur la sécurité nationale de juin 2020. La méfiance et le mécontentement politique envers les gouvernements étaient au cœur des troubles sociaux. La méfiance envers le gouvernement central a été évoquée comme une des causes ayant « nourri » les manifestations (Shek 2020). Cela a également miné la confiance dans la collaboration énergétique interurbaine avec la GBA, tout comme l’a formulé un citoyen :
Concernant l’introduction d’ER depuis la région de la Grande baie, j’y suis complètement opposé, en particulier avec l’atmosphère qui règne maintenant à Hong Kong. Je pense que probablement au moins la moitié de la population s’oppose à cette idée. C’est la même histoire qu’avec l’affaire de l’eau du Dongjiang où nous n’avions aucune idée de la manière dont c’était calculé. (Petit groupe de discussion 1i)
Conclusions
Les technologies intelligentes associées aux dynamiques urbaines ont le potentiel d’accroître la compétitivité mondiale et d’atteindre les objectifs de neutralité carbone des villes. Notre étude de cas de la GBA a exploré les développements potentiels des réseaux électriques intelligents dans le contexte de collaboration régionale interurbaine en mettant l’accent sur l’étude de la perception publique des risques comme nouvelle source de méfiance. En nous basant sur des discussions en petits groupes et les données du questionnaire d’un SD en ligne (n = 174), Nous avons montré que cinq types de risques perçus dans les transitions énergétiques intelligentes semblent être devenus de nouvelles sources de méfiance publique envers la compétence des gouvernements, dans un contexte plus général de confiance extrêmement faible dans les gouvernements central, provincial et municipal.
Nos résultats confirment les recherches sur la confiance qui montrent que la perception publique du risque est liée à la confiance publique. Ce couplage théorique est évident dans le contexte spécifique des transitions énergétiques intelligentes régionales dans la GBA. Nous avons remarqué que la méfiance publique envers les trois aspects clés de transparence, de motivations et de compétence avait de l’importance quand les citoyens ont participé aux discussions délibératives sur les futures énergies intelligentes.
Notre étude fait progresser la recherche sur la confiance dans les transitions énergétiques intelligentes de deux façons majeures. Premièrement, en spécifiant les cinq types de risques perçus qui sont apparus comme de nouvelles sources de méfiance publique, nos conclusions constituent des contributions importantes au débat sur les deux voies alternatives de la transition énergétique intelligente – un choix critique entre localisation et régionalisation des transitions énergétiques intelligentes. Contrairement à l’option de transition localisée qui met l’accent sur les initiatives d’économie d’énergie et d’énergie solaire produite localement, et ainsi l’autonomie énergétique à Hong Kong, la collaboration énergétique régionale interurbaine offre de nouvelles opportunités pour intensifier les transitions énergétiques de façon rentable. Nos conclusions sur les cinq types de risques perçus dans les transitions énergétiques régionales interurbaines apportent par ailleurs un éclairage sur la complexité de la perception publique du risque. Nous avons montré que ces nouvelles opportunités pour l’utilisation de nouvelles technologies d’énergie intelligente parallèlement aux nouveaux projets de collaboration énergétique régionale peuvent nuire à la confiance publique dans la compétence du gouvernement. Notre conceptualisation de ces cinq risques offre ainsi une meilleure compréhension des forces antagonistes œuvrant pour le changement, analysées à travers le prisme de la confiance.
Deuxièmement, nos conclusions ont attiré l’attention sur l’importance du contexte sociopolitique pour façonner les différentes formes que la méfiance du public envers les transitions énergétiques intelligentes peut prendre. Nos conclusions suggèrent que la confiance publique est ancrée et limitée socialement et politiquement. La transition énergétique intelligente n’est pas uniquement un enjeu économique, environnemental ou technologique, mais aussi une question sociale et politique. Nos découvertes contribuent ainsi à la recherche sur la transition énergétique intelligente en mettant en lumière l’importance d’une méfiance publique préexistante comme le fondement qui sous-tend les transitions énergétiques intelligentes dans le contexte de la régionalisation.
Nos conclusions comportent des implications politiques importantes. Notre compréhension des cinq types de risques perçus est utile pour guider la conception de stratégies efficaces de renforcement de la confiance. Les décideurs des gouvernements hongkongais, provincial et central doivent prêter une attention suffisante aux nouvelles sources de risque qui pourraient saper la confiance publique. L’incapacité à gérer ces nouveaux risques efficacement pourrait miner davantage la confiance du public, qui est déjà à des niveaux très bas envers chacun des trois niveaux de gouvernement. Étant donnée la nature du régime et de la politique de Hong Kong, la tension politique associée aux interactions complexes entre le central et le local et la concurrence entre les villes devrait rester un problème difficile à résoudre au cours des années à venir. Des efforts devraient être effectués pour résoudre les tensions sociales et politiques.
Traduit par Pierre-Louis Brunet.
Remerciements
Les deux premiers auteurs ont tous deux contribué au manuscrit à part égale. Les auteurs souhaitent remercier la Initiation Grant for Faculty Niche Research Areas de l’Université baptiste de Hong Kong (projet intitulé « La confiance et la ville intelligente » – RC-FNRA-IG/19-20/SOSC/01) ; le General Research Fund du conseil des bourses de recherche de Hong Kong (projet intitulé « Participation délibérative, confiance et apprentissage social pour les transitions énergétiques durables (SET pour Sustainable Energy Transitions) : une étude comparative du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine » – 12602717) ; le Research Impact Fund du conseil des bourses de recherche de Hong Kong (projet intitulé « Explorer le rôle des outils d’analyse du big data dans la promotion de villes intelligentes à faible émission de carbone : une approche centrée sur l’humain, fondée sur les communautés locales et un engagement profond à Hong Kong » – R2002-20) ; et la Social Sciences Faculty Research Grant de l’Université baptiste de Hong Kong (projet intitulé « La diversité et les processus critiques des transitions énergétiques urbaines à travers l’engagement de la communauté : une comparaison internationale de Londres, Fribourg (Allemagne), New York, Tokyo, Séoul, Hong Kong et Foshan (Chine) » – FRG2/17-18/096) pour leur soutien financier. Les auteurs aimeraient également exprimer leur gratitude à M. Martin Cheng, Mme Kiddy Lung, Mme Cathy Luo et Mme Eva Lee pour leur aide à la recherche.
Manuscrit reçu le 16 novembre 2021. Accepté le 19 juillet 2022.
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