Perspectives chinoises 2022/3
SPECIAL FEATURE 2022
Trust and the Smart City: Hong Kong and the Greater Bay Area in International Focus
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Comprendre les transitions énergétiques intelligentes comme une nouvelle source de méfiance : le point de vue des citoyens hongkongais sur les risques d’une collaboration énergétique régionale interurbaine dans la région de la Grande baie Guangdong-Hong Kong-Macao
RÉSUMÉ : Hong Kong s’est fixé l’objectif ambitieux d’atteindre la neutralité carbone avant 2050. Pour atteindre cet objectif, il faudra renoncer à une infrastructure énergétique traditionnelle centralisée à l’échelle de la ville et fondée sur des énergies fossiles au profit d’énergies renouvelables (ER) décentralisées produites localement. Cela passera en outre par le développement d’un réseau intelligent régional interurbain afin de permettre l’importation d’ER dans la région de la Grande baie (GBA pour Greater Bay Area) Guangdong-Hong Kong-Macao. De telles transitions énergétiques entraînent inévitablement de nouveaux défis sociaux, mais la manière dont les citoyens hongkongais perçoivent ces transitions dans le contexte de la GBA est peu étudiée. Cette étude s’appuie sur des données quantitatives et qualitatives provenant d’un sondage délibératif en ligne (DP) (n = 174) sur les transitions énergétiques intelligentes. Nous sommes arrivés à quatre conclusions principales. Premièrement, les citoyens ont fait preuve d’un faible niveau de confiance envers les gouvernements central, provincial et municipal tout en témoignant d’un niveau élevé de confiance dans les fournisseurs d’électricité existants. Deuxièmement, les citoyens ont manifesté de la méfiance envers les gouvernements, soupçonnant que leurs véritables motivations étaient de privilégier les importations régionales d’ER par rapport à la production locale d’ER. Troisièmement, les citoyens ont exprimé leurs inquiétudes relatives à cinq types de risques (les risques de volatilité des prix, de fiabilité énergétique, de dépassement des coûts, d’atteinte à la confidentialité des données et les risques environnementaux) qui ont contribué à exacerber la méfiance du public quant à la compétence des gouvernements. Enfin, la méfiance de la population à l’égard du contrôle des pouvoirs publics à différents niveaux s’est révélée sous-tendue par des facteurs démographiques (groupe d’âge et taille de la famille) et un contexte sociopolitique marqué par les récents mouvements sociaux contre les politiques gouvernementales. Nos constats suggèrent que les responsables politiques de la GBA doivent accorder suffisamment d’attention au renforcement de la confiance des citoyens, et ainsi à la légitimité des politiques de transitions énergétiques intelligentes régionales.
MOTS-CLÉS : transitions énergétiques intelligentes, collaboration énergétique interurbaine, méfiance de la population, perception publique des risques, région de la Grande baie Guangdong-Hong Kong-Macao (GBA).
Développement d’une ville intelligente à Hong Kong : une analyse éthique
RÉSUMÉ : À l’instar de nombreuses villes de pays développés, Hong Kong a accueilli favorablement le projet de « ville intelligente » (smart city). Dans cet article, nous abordons un certain nombre de questions éthiques que soulève le développement d’une ville intelligente. Nous évaluons les implications éthiques de quatre initiatives visant à créer une ville intelligente à Hong Kong – l’utilisation d’un système de reconnaissance faciale, le projet pilote de lampadaires intelligents, le système de péage à flux libre et le système de partage de dossier médical électronique – du point de vue de l’égalitarisme relationnel. Il ressort de notre analyse qu’il existe différents risques moraux – la possibilité qu’une initiative spécifique de ville intelligente ne réponde pas à certaines exigences normatives pertinentes – en fonction du degré de participation volontaire et de transparence. Enfin, nous étudions un certain nombre de stratégies ayant pour but d’atténuer ces risques moraux et de préserver des relations égalitaires sur le plan social entre les citoyens d’une ville intelligente.
MOTS-CLÉS : ville intelligente, Hong Kong, égalité sociale, confiance, transparence.
Éditorial - Confiance et ville intelligente
Confiance et ville intelligente : le paradoxe de Hong Kong
RÉSUMÉ : À partir d’une enquête menée à Hong Kong en mars-avril 2021 et d’une série d’entretiens réalisés entre juillet 2020 et décembre 2021, l’article interroge les phénomènes liés à la confiance et à la ville intelligente (smart city) dans le contexte spécifique de la région administrative spéciale de Hong Kong. Quatre angles sont utilisés pour comprendre les différentes facettes des relations entre confiance et ville intelligente : la confiance fondée sur des traits caractéristiques, la confiance et les technologies, le rôle des intermédiaires et la confiance dans le gouvernement. Les principales conclusions de l’enquête prennent sens à la lumière du paradoxe de la confiance dans les données (un soutien élevé aux technologies dans un contexte de confiance en berne), de l’impact social de la confiance et de la méfiance (fortement corrélé à l’âge et à l’affiliation politique), et de la confiance dans la ville intelligente comme indicateur de la confiance dans le gouvernement. Des facteurs tels qu’une population à l’aise avec le numérique, un investissement de plusieurs dizaines d’années dans les technologies et un ensemble de réalisations non négligeables offrent de solides raisons de croire qu’un récit stratégique et technique formulé autour de la ville intelligente pourrait réussir là où d’autres n’ont pas convaincu.
MOTS-CLÉS : confiance, ville intelligente, Hong Kong, données, technologie, récit.
Face à l’absence de vote par correspondance : mobilisation électorale transnationale lors des élections présidentielles de 2020 à Taïwan
RÉSUMÉ : S’inscrivant dans le cadre du transnationalisme politique, cet article examine la participation des émigrants aux élections de leur pays d’origine en l’absence de mécanismes institutionnels de vote à distance. À partir d’une étude de cas dans une communauté taïwanaise à Vienne (Autriche) mêlant plusieurs méthodes, il aborde les processus, les acteurs et les pratiques de la mobilisation électorale transnationale lors des élections présidentielles de 2020 à Taïwan. Façonné par les politiques de l’identité, le paysage organisationnel de la communauté taïwanaise locale facilite la mobilisation électorale directe et indirecte. Les associations servent de relais majeurs pour les politiciens et de plateformes pour les individus souhaitant rallier des soutiens politiques. Une part non négligeable de Taïwanais d’outre-mer a décidé de retourner au pays pour voter, malgré le coût en temps et en argent. Bien qu’elles ne soient qu’indicatives, les données suggèrent que les candidats à la présidence ont mobilisé davantage d’électeurs étrangers en 2020 qu’en 2016.
MOTS-CLÉS : Taïwan, Taïwanais d’outre-mer, transnationalisme politique, mobilisation électorale, élections présidentielles de 2020.
Pluralité sonore dans un Taïwan multiculturel
Gérer les conflits par le biais d’élections contrôlées : « interventions d’harmonisation » par les équipes de travail du Parti dans les élections de village en Chine
RÉSUMÉ : Cette étude explore une forme distincte d’intervention électorale, que nous appelons « intervention d’harmonisation », réalisée par les autorités locales chinoises afin de se réserver les fonctions de chef du Parti du village et de directeur du comité du village. Cela implique la médiation de conflits à travers des interventions électorales et le recours aux élections pour créer du consensus. Notre recherche révèle qu’à travers de telles interventions, les autorités locales accomplissent simultanément les fonctions de légitimation, de collecte d’information, de cooptation des élites et de démonstration de force lors d’élections autoritaires. Les « interventions d’harmonisation » ont des effets manifestes de concentration du pouvoir et renforcent le contrôle des autorités locales plutôt que la capacité des villages à s’autogérer.
MOTS-CLÉS : élections de village chinoises, intervention électorale, gestion des conflits, État-parti local, gouvernance rurale.
Un supplément à « l’expérimentation sous hiérarchie » de Heilmann : la politique de l’innovation industrielle chinoise sous la présidence Xi
RÉSUMÉ : Sebastian Heilmann a décrit le processus d’innovation et de diffusion des politiques du gouvernement chinois comme une « expérimentation sous hiérarchie », et ce concept a sans aucun doute eu une influence majeure dans les milieux universitaires. Heilmann soutient que les « expériences modèles » (projets pilotes) et le « passage du point à la surface » (diffusion) sont les deux éléments clés du modèle de réforme de la Chine. Cet article propose un troisième élément, le « travail coordonné à l’échelle nationale ». Nous constatons que la publication d’un document sur une politique de réforme particulière par les autorités centrales donne le feu vert aux gouvernements locaux pour formuler des politiques coordonnées sur la base des orientations du gouvernement central. Les localités font ensuite un retour d’information fondé sur leur expérience afin que les autorités centrales puissent modifier leurs règlements en conséquence. Sous le contrôle général du travail coordonné à l’échelle nationale, une politique expérimentale subit un processus circulaire de mise en œuvre et d’adaptation destiné à rendre les politiques plus spécifiques et pratiques.
MOTS-CLÉS : expérimentation sous hiérarchie, travail coordonné à l’échelle nationale, quanguo yipanqi, projet pilote, adaptation des politiques, shuang chuang.
CHIU, Stephen W. K., et Kaxton Y. K. SIU. 2022. Hong Kong Society : High-definition Stories beyond the Spectacle of East-meets-West. Londres : Palgrave Macmillan.
GERTH, Karl. 2020. Unending Capitalism : How Consumerism Negated China’s Communist Revolution. Cambridge : Cambridge University Press.