CRITIQUES DE LIVRES
Développement d’une ville intelligente à Hong Kong : une analyse éthique
Kevin K. W. Ip est maître de conférences à l’Université baptiste de Hong Kong. Il est l’auteur de Egalitarianism and Global Justice : From a Relational Perspective. Ses articles sont parus dans Political Studies, Political Research Quarterly et Philosophy and Social Criticism. Département des études gouvernementales et internationales, Université baptiste de Hong Kong, 15 Baptist University Road, Kowloon Tong, Hong Kong (ipkawai@hkbu.edu.hk).
Kail Crystal C. Cheng, assistante de recherche principale à l’Université baptiste de Hong Kong, est titulaire d’un master en science politique de l’Université d’Amsterdam. Elle s’intéresse aux études sur les migrations, aux théories politiques comparées et aux relations internationales. Département des études gouvernementales et internationales, Université baptiste de Hong Kong, 15 Baptist University Road, Kowloon Tong, Hong Kong (kcrystalcheng@hkbu.edu.hk).
Introduction
De nombreuses villes de pays développés ont placé la « ville intelligente » (
smart city) sur leur liste de priorités. Hong Kong ne fait pas exception. Les villes intelligentes « utilisent des solutions technologiques pour améliorer la gestion et l’efficacité de l’environnement urbain »
[1]. Dans le
Programme ville intelligente 2.0 de Hong Kong (ci-après le
Programme) publié en 2020, le gouvernement de la région administrative spéciale (RAS) a défini sa vision qui consiste à « soutenir l’innovation et les technologies pour construire un Hong Kong “intelligent” et mondialement renommé, caractérisé par une économie forte et une qualité de vie élevée ». L’objectif de la construction d’un Hong Kong intelligent, selon le
Programme, est de « faire en sorte que les gens soient plus heureux, en meilleure santé, plus intelligents et plus prospères, et que la ville soit plus verte, plus propre, plus responsable, plus fonctionnelle, plus résiliente et plus compétitive »
[2]. Dans le
Programme, la ville intelligente s’applique à six domaines principaux : mobilité, qualité de vie, environnement, population, administration et économie.
Présentées en termes aussi abstraits, les villes intelligentes semblent être sans danger sur le plan éthique et ne poser aucun problème. Néanmoins, comme toutes les autres technologies, celles associées aux villes intelligentes peuvent être utilisées à bon ou à mauvais escient, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ou quelque chose entre les deux. Pour autant, comme le fait observer Winner (2020), les dispositifs techniques relèvent de décisions politiques et ils impliquent des choix cruciaux relatifs au pouvoir, à la liberté et à la justice en raison de leurs effets divers sur le bien-être de différents groupes de personnes dans la communauté. Un exemple classique est la conception des ponts routiers surbaissés de Long Island (New York). Des années 1920 aux années 1970, quelque 200 ponts routiers n’ayant qu’une hauteur libre de 2,75 mètres ont été conçus et construits à Long Island pour obtenir un effet social bien précis : décourager la présence des autobus dont dépendaient les pauvres et les Noirs, tout en permettant aux Blancs des classes moyennes ou supérieures possédant une voiture de profiter des espaces de loisir (Winner 2020 : 22-3). Ce n’est là qu’un exemple de la manière dont les dispositifs techniques accordent prestige et liberté à certains, mais les refusent à d’autres.
La « smartification » de la gestion urbaine va de pair avec le rôle croissant de l’analyse de données et des capteurs dans la vie urbaine (Townsend 2013). La majorité des solutions « intelligentes » aux problèmes urbains impliquent une ville plus connectée à Internet et davantage régie par les données. Au cours du processus visant à rendre les villes intelligentes, les données sur les interactions humaines et l’environnement urbain sont collectées, agrégées et analysées afin d’optimiser les systèmes urbains (Kitchin 2014). Par exemple, le gouvernement et les entreprises privées installent de nombreux capteurs dans le but de surveiller et de recueillir des données en temps réel portant sur un large éventail d’activités urbaines.
Les données obtenues sont combinées à d’autres ensembles de données pour produire de grandes quantités d’informations de plus en plus abondantes sur le fonctionnement de la ville et les activités de ses habitants. Ces données « alimentent » les algorithmes qui optimisent et améliorent l’efficacité de divers systèmes urbains, qu’il s’agisse des transports, de la gestion des déchets, de l’approvisionnement en énergie, de la lutte contre les maladies ou de la prévention de la criminalité, de sorte qu’il est plus aisé de connaître et de contrôler la ville (Kitchin 2016 : 11-2). Dès lors, les habitants d’une ville intelligente sont soumis à une surveillance continue et ont « une croyance généralisée dans la quantification objective et le suivi potentiel de tous les types de comportements humains et de sociabilité » et une « confiance dans les agents (institutionnels) qui collectent, interprètent et partagent les (méta)données récoltées dans les médias sociaux, les plateformes internet et autres technologies de communication » (van Dijck 2014 : 198).
En bref, il existe une réelle nécessité de répondre aux défis éthiques que soulève le développement d’une ville intelligente. Par exemple, la smartification pourrait conduire, notamment, à l’intrusion dans la vie privée, à l’exclusion sociale, à la discrimination et à la concentration du pouvoir entre les mains de l’élite (Kitchin 2016 ; Cardullo, Di Feliciantonio et Kitchin 2019 ; Green 2019 ; Calvo 2020 ; Goodman 2021).
Il est révélateur que le
Programme établi par le gouvernement de la RAS de Hong Kong ne contienne aucun examen des questions éthiques liées au développement d’une ville intelligente et considère la gestion urbaine comme un simple ensemble de problèmes d’optimisation pour lesquels davantage de technologie et d’innovation ne peuvent qu’être bénéfiques. L’objectif de cet article est de mettre en évidence et d’analyser les incidences éthiques du développement d’une ville intelligente à Hong Kong. Plus précisément, nous proposerons un cadre normatif pour évaluer les implications éthiques de l’élaboration d’une ville intelligente à Hong Kong. Notre but n’est pas de sous-entendre que l’on doit être « pour » ou « contre » les villes intelligentes. Nous cherchons plutôt à définir des moyens éthiquement responsables de créer des villes intelligentes qui garantiront une vie urbaine équitable pour tous les résidents. Nous tenterons de montrer que la construction d’une ville intelligente se heurte non seulement à des problèmes techniques, mais aussi à des questions de valeurs et d’intérêts contradictoires qui nécessitent des solutions à la fois politiques et conformes à l’éthique. En définitive, étant donné que différentes applications des technologies aboutiront à des résultats divers en matière de bien-être individuel, le fait de permettre à la société d’être structurée par certaines technologies accorde un pouvoir subtil mais considérable à ceux qui conçoivent ces technologies et y recourent (Green 2019 : 7).
Cet article procèdera de la manière suivante. Dans la partie qui suit, nous fournirons un cadre normatif afin de comprendre les enjeux éthiques découlant de la smartification. Dans la troisième partie, nous appliquerons ce cadre normatif à certaines initiatives de villes intelligentes pour Hong Kong. Enfin, nous conclurons par quelques recommandations politiques qui tiennent compte des défis éthiques auxquels la ville intelligente est confrontée. Globalement, cet article doit contribuer à une compréhension approfondie et critique des enjeux éthiques résultants du développement d’une ville intelligente à Hong Kong.
L’éthique de la ville intelligente (ou la ville intelligente éthique)
Les villes intelligentes visent souvent à améliorer le bien-être de l’ensemble de leurs résidents. Dans la pratique, cependant, la smartification tend à être avantageuse ou contraignante selon les individus et les groupes. Dans cette partie, nous proposons un cadre normatif, nommé égalitarisme relationnel, pour comprendre ces enjeux éthiques découlant de la construction d’une ville intelligente. La justice sociale se rapporte généralement à la manière dont les principales institutions d’une société traitent les individus et les groupes et définissent les conditions essentielles de la coopération sociale (Rawls 1971 : 3-11)
[3]. Dans la philosophie politique contemporaine, il est généralement admis que les intérêts de chaque membre de la communauté sont d’importance égale. Cette notion abstraite d’égalité morale des individus implique une vision largement égalitaire de la justice sociale selon laquelle les principales institutions de l’État doivent considérer les citoyens avec la même attention (Kymlicka 2002 : 3-5). Mais cette idée abstraite qui consiste à placer chaque personne sur un pied d’égalité donne lieu à des interprétations très différentes : certains philosophes politiques estiment que considérer les individus comme égaux exige un égal accès à certains biens importants du point de vue moral (Dworkin 1981 ; Arneson 1989 ; Cohen 1989) tandis que d’autres pensent que cela ne requiert qu’une égalité des droits sur le travail et la propriété (Nozick 1974 ; Tomasi 2012). Sans chercher à trancher ces débats sur la justice sociale, cette partie en expose une autre conception : celle selon laquelle la justice sociale exige des relations égalitaires entre les individus, et entre les individus et l’État. Ce modèle de justice sociale se situe dans la ligne du percept d’égalité morale des individus. En outre, comme nous tenterons de le montrer dans cette partie, l’approche relationnelle peut rendre compte de certaines de nos opinions mûrement réfléchies relatives à l’injustice de certains phénomènes tels que les hiérarchies sociales et la domination.
Dans cette approche « relationnelle » égalitaire, l’égalité vise principalement les relations entre les personnes. La structure des relations peut être plus ou moins égalitaire, plus ou moins hiérarchisée. La valeur de l’égalité réside dans la nature des relations que nous entretenons les uns avec les autres, tandis que les distributions de biens n’ont de valeur que lorsqu’elles reflètent ou contribuent à établir des relations égalitaires (Fourie, Schuppert et Wallimann-Helmer 2015 : 1-2). Ce point de vue repose en partie sur les bénéfices attendus d’une société égalitaire – une société dont les membres sont en relation les uns avec les autres sur un pied d’égalité (Scheffler 2015 : 21). Cet idéal suppose, entre autres, que chaque participant à la relation « accepte l’obligation de justifier ses actions par des principes acceptables pour autrui, dans lesquels la consultation, la réciprocité et la reconnaissance mutuelles vont de soi » (Anderson 1999 : 313), et que leurs relations « dans certains aspects importants, ne sont pas structurées par des différences de rang, de pouvoir ou de statut » (Scheffler 2003 : 17)
[4].
L’approche relationnelle s’avère particulièrement pertinente dans le contexte des villes intelligentes, car en structurant la vie urbaine à l’aide d’un ensemble particulier de technologies, la smartification façonne fondamentalement les relations entre les résidents et ceux qui conçoivent et mettent en œuvre ces technologies. Comme nous tenterons de le montrer dans nos études de cas, la perspective relationnelle est susceptible d’expliquer certains des aspects moralement dérangeants du développement d’une ville intelligente. La façon dont les initiatives visant à construire une ville intelligente perçoivent les individus et les groupes soumis à leur pouvoir constitue une préoccupation éthique fondamentale. Qu’est-ce que cela signifie pour les villes intelligentes de considérer leurs résidents comme égaux de manière moralement pertinente ? Observe-t-on une tendance dans les villes intelligentes à générer, renforcer et amplifier les inégalités existantes et à marginaliser certains individus ou groupes ? Afin de répondre à ces questions, nous proposons trois principes pour évaluer les incidences éthiques de la smartification.
- Le principe de non-domination: en appliquant les technologies à la gestion urbaine, les autorités municipales doivent promouvoir une égalité de liberté et la non-domination envers les résidents.
- Le souci d’instaurer une relation de confiance: les agents de la ville intelligente doivent favoriser les relations de confiance en agissant en fonction des attentes des résidents.
- Le principe d’accès équitable aux avantages: tous les résidents doivent bénéficier d’un accès équitable aux avantages de la vie dans une ville intelligente, indépendamment de leur genre, de leur ethnicité, de leur âge ou de leur statut socioéconomique.
La domination dans les villes intelligentes
Du point de vue de l’égalitarisme relationnel, une société égalitaire est une société dont les institutions sociales sont structurées de manière à offrir une solide protection contre la domination : l’État (et ses agents) ne doit pas jouir d’un pouvoir arbitraire sur ses citoyens. Selon la définition de la domination de Philip Pettit qui a fait date, un agent en domine un autre dans la mesure où (1) il dispose d’une capacité d’interférence, (2) sur une base arbitraire, (3) dans certains choix qu’autrui est en mesure de faire (Pettit 1997 : 52-3). En un mot, la domination est l’assujettissement à des pouvoirs arbitraires, et un individu est dominé s’il est engagé dans une relation sociale avec d’autres individus susceptibles d’exercer sur lui un pouvoir sans mécanismes appropriés de vérification et de contrôle (Schemmel 2021 : 63). La domination est une forme d’injustice pour au moins deux raisons. Premièrement, les relations de domination peuvent permettre à l’agent dominateur de causer des préjudices importants aux dominés, et deuxièmement, de telles relations témoignent d’un profond manque de respect pour les individus soumis à la domination, même lorsque leurs intérêts ne sont pas nécessairement compromis.
Dans les villes intelligentes, les résidents sont exposés au risque de domination dans leur vie urbaine, car ils sont soumis à des technologies qu’ils ne peuvent sonder et auxquelles ils ne peuvent s’opposer de manière significative. L’asymétrie de l’information et les effets de réseau (les résidents n’ont pas d’autre choix que d’utiliser certains services publics) peuvent conférer un pouvoir important et potentiellement arbitraire aux entités qui contrôlent les données (Goodman 2021 : 836-7). Par ailleurs, les habitants des villes intelligentes n’ont qu’une vague idée de la manière dont leurs données sont utilisées par le gouvernement ou d’autres entreprises privées, et encore moins de moyens d’action pour y faire face. Cette opacité et cette omniprésence créent les conditions permettant aux autorités municipales d’exercer leur pouvoir sans contrôle externe efficace. Même lorsqu’il n’y a pas d’immixtion réelle de la part des autorités ou d’autres entités dans les villes intelligentes, le fait d’avoir conscience d’être observé en permanence peut induire un effet paralysant à même de conduire les individus à censurer leurs opinions et leurs comportements. Ces risques liés à la domination nécessitent plus de transparence et un contrôle démocratique accru s’agissant des initiatives de développement d’une ville intelligente.
Abus de confiance
La confiance est essentielle pour la coopération sociale. Baier (1986 : 235) affirme que faire confiance, c’est accepter d’être vulnérable à la volonté d’autrui. Pour faire confiance à un autre individu, il faut s’en remettre dans une certaine mesure à son pouvoir et accepter le risque de subir un préjudice s’il ne prend pas au sérieux les exigences éthiques d’un tel pouvoir (Baghramian, Petherbridge et Stout 2020 : 1). Pour autant, cela signifie-t-il qu’une relation de confiance – qui implique par nature de se fier à la bonne volonté d’autrui – ne puisse jamais être égalitaire ? Du point de vue de l’égalitarisme relationnel, les relations qui supposent une dépendance ne sont pas nécessairement problématiques sur le plan moral lorsque la personne de confiance considère la confiance d’autrui comme une raison de faire ce que ce dernier escompte (McGeer et Pettit 2017 : 14-9).
Les technologies déployées dans les villes intelligentes pour fournir des biens et services vitaux, tels que l’énergie, les transports, l’eau et la sécurité, sont le plus souvent opaques pour les résidents ordinaires qui en sont tributaires. En même temps, la smartification des systèmes urbains va de pair avec un fort accroissement de la collecte de données relatives aux activités quotidiennes de la population. Dans les villes intelligentes, l’individu doit faire confiance aux institutions qui traitent ses données, en partant du principe qu’elles respectent les règles établies par des agents qui sont tenus de rendre des comptes publiquement (van Dijck 2014 : 198). Toutefois, cette confiance peut être trahie lorsque les institutions en charge des données ne se conforment pas aux exigences morales inhérentes à leur pouvoir, transformant leur relation avec les individus concernés en une relation inégale. Pour de nombreux projets de villes intelligentes, l’objectif de façade est de faire progresser le bien commun ou de résoudre les problèmes urbains existants de manière plus efficace et productive. Lorsque les résidents des villes intelligentes partagent leurs données à caractère personnel ou acceptent la pratique de la collecte de données par les agents municipaux, ils s’attendent à ce que ces technologies soient utilisées pour améliorer la qualité de la vie urbaine. Cependant, les technologies de la ville intelligente peuvent également être utilisées à des fins auxquelles les habitants n’ont jamais consenti. Dans ce type de situation, l’administration municipale (ou ses agents) ne s’acquitte pas de son obligation fondée sur la confiance et crée une forme de relation moralement répréhensible entre elle et les citoyens.
Accès inéquitable aux prestations
Selon l’égalitarisme relationnel, la répartition des biens sociaux doit correspondre au statut des personnes en tant que participants égaux à la coopération sociale. Dans les relations entre égaux, les personnes s’engagent à considérer que les intérêts de chaque participant sont d’égale importance. Si cet engagement n’implique pas toujours une répartition égale des avantages et des charges découlant de ces relations, il exige que les individus ne soient pas confrontés à des obstacles problématiques sur le plan moral pour accéder aux avantages liés aux prestations (Ip 2016 : 37-9 ; Schemmel 2021 : 236-42). Par exemple, des personnes se voient exclues d’une participation utile à la vie sociale en raison de leur appartenance à certains groupes sociaux et, ce faisant, elles sont désavantagées sur le plan matériel (Young 1990 : 53-5).
En conséquence, une ville intelligente éthique ne requiert pas que tous les résidents bénéficient de manière égale des initiatives qu’elle offre. Néanmoins, en tant que participants égaux, ils devraient bénéficier d’un accès équitable aux avantages résultant de l’amélioration des systèmes urbains. Ce qu’impose l’équité dans une situation donnée peut faire l’objet de multiples interprétations. Dans le cadre de cet article, nous tentons de découvrir les obstacles moralement non pertinents auxquels les participants sont confrontés lorsqu’ils tentent de jouir des avantages qu’offre une ville intelligente. La construction d’une ville intelligente pourrait être en contradiction avec l’idéal d’égalité sociale lorsque certains groupes sont arbitrairement exclus des avantages de l’amélioration urbaine ou sont exposés à des risques ou des préjudices plus importants durant le processus de smartification.
En décrivant les différentes manières dont la smartification de la gouvernance urbaine pourrait être problématique du point de vue moral, notre intention n’est pas de suggérer que l’injustice est inévitable dans les villes intelligentes. Nous pensons plutôt que ces défis éthiques pourraient être surmontés. En résumé, le développement d’une ville intelligente pourrait être moralement problématique lorsque (1) il contribue aux conditions permettant à certains agents d’en dominer d’autres ; (2) il met à mal le souci d’instaurer une relation de confiance
chez ceux qui mettent en œuvre les solutions technologiques ; ou (3) il ne permet pas de fournir aux résidents de la ville un accès équitable aux avantages. Dans la partie suivante, nous appliquerons ce cadre normatif à certaines initiatives de villes intelligentes à Hong Kong.
Initiatives pour le développement d’une ville intelligente à Hong Kong
Malgré les récents changements politiques à Hong Kong – l’introduction de la loi controversée sur la sécurité nationale et de la réforme du système électoral par le gouvernement central chinois
[5] – les projets de villes intelligentes, que le gouvernement présente comme exempts de toute influence politique, ont progressé et font l’objet d’investissements substantiels. La population hongkongaise n’est cependant pas convaincue par ce cadrage technocratique des problèmes : une enquête récente montre que les résidents de Hong Kong ont conscience des avantages des villes intelligentes, mais qu’ils ont une confiance limitée dans la protection de la vie privée et de l’information ou qu’ils sont préoccupés par la confidentialité et la sécurité des informations, et qu’ils sont encore moins satisfaits des possibilités de participation à l’élaboration des politiques connexes (Hartley 2021).
Le
Programme ville intelligente 2.0 de Hong Kong comprend plus de 130 initiatives pour une ville intelligente dans six domaines clés (mobilité, qualité de vie, environnement, population, administration et économie) qui « continuent à améliorer et à étendre les actions et les services de gestion de la ville existants ». Ne disposant pas ici de l’espace nécessaire pour examiner en détail l’ensemble de ces initiatives, nous ciblerons certains cas. Notre sélection repose sur deux critères qui nous semblent moralement pertinents : (1) la transparence de l’information (ci-après, transparence) – dans quelle mesure les informations sur les décisions, la mise en œuvre des politiques et les résultats sont librement disponibles et accessibles à la population, en particulier à ceux qui sont concernés par les politiques
[6], et (2) la participation volontaire, laquelle dépend des coûts relatifs associés à la non-participation ou de l’existence d’obstacles à la défection (Paul 1992 ; John 2017).
Les initiatives en faveur d’une ville intelligente peuvent être classées selon leur transparence et leur caractère volontaire. Nous admettons qu’il existe d’autres façons de catégoriser ces initiatives, mais nous avons décidé de privilégier la transparence et la participation volontaire lors de la sélection de nos cas. Contrairement aux principes présentés dans la partie précédente, la transparence et la participation volontaire ne sont pas des principes éthiques en soi. Cela signifie qu’ils peuvent être moralement neutres, et donc que l’absence de transparence ou de participation volontaire n’est pas nécessairement problématique sur le plan moral. Certaines initiatives pour une ville intelligente, telles que celles liées à l’infrastructure ou à l’application de la loi, ne permettent pas la participation volontaire, mais elles ne s’avèrent pas moralement problématiques pour autant. Dans une grande mesure néanmoins, la transparence et la participation volontaire sont des conditions favorisant l’éthique qui peuvent soit permettre, soit compromettre certaines pratiques éthiques (Turilli et Flouridi 2009). La transparence, par exemple, tend à accroître le contrôle de la population sur les politiques, car elle les met davantage en évidence pour les individus qui pourraient, en cas de problèmes, contester ces politiques. Le manque de transparence signifie souvent que la politique est à l’abri du contrôle démocratique.
La transparence et la participation volontaire interviennent toutes deux à des degrés divers. Une initiative donnée pour une ville intelligente garantit une meilleure transparence lorsque le gouvernement communique intentionnellement ses objectifs à la population et continue de délivrer des informations sur son fonctionnement par divers moyens tels que la mise à jour de sites internet, l’établissement de rapports et le traitement des demandes de renseignements de la population. L’aspect volontaire dans la participation est déterminé à la fois par les options de défection et par les coûts de non-participation. Dans le cas de certaines initiatives pour une ville intelligente, les résidents doivent explicitement choisir de participer avant d’être inscrits, mais il arrive que tous les résidents soient inscrits automatiquement ou qu’ils soient lésés par leur absence de choix. Le réseau électrique intelligent fournit une illustration d’une faible participation volontaire : tous les ménages sont automatiquement inscrits et leurs coûts énergétiques varient en fonction de leurs habitudes de consommation. L’option de défection – aucune consommation d’énergie – est quasiment inexistante. L’utilisation de systèmes de paiement électronique permet toutefois un niveau de participation volontaire relativement plus élevé. Les consommateurs auront le choix entre différents systèmes et pourront décider de les utiliser ou non. Mais ces choix peuvent être soumis à des contraintes externes, comme lorsque l’utilisation du paiement électronique devient si répandue que certains magasins commencent à refuser le paiement en espèces, de sorte que le coût de la non-utilisation devient plus élevé.
En fonction de leur degré de transparence et de leur caractère volontaire, les initiatives pour une ville intelligente peuvent être divisées en quatre catégories : les initiatives qui ont (1) une grande transparence et une forte participation volontaire, (2) une grande transparence, mais une faible participation volontaire, (3) une transparence faible, mais une forte participation volontaire, et (4) une transparence et une participation volontaire faibles. Le tableau suivant présente quelques exemples d’initiatives pour une ville intelligente (telles que décrites dans le
Programme) réparties dans ces catégories.
Tableau 1. Catégories d’initiatives pour une ville intelligente selon leur transparence et leur caractère volontaire (* indique les cas sélectionnés pour cette étude)
|
Grande transparence |
Transparence faible |
| Forte participation volontaire |
- e-santé* (système de partage de dossier médical électronique)
- iAM Smart (plateforme de services numériques)
- LeaveHomeSafe (application mobile de notification sanitaire)
- Identification biométrique à l’aéroport
- Système de paiement rapide (pour les virements bancaires électroniques)
- Points d’accès Wi-Fi gratuits dans les espaces publics
- Système de recyclage intelligent
|
n.c. |
| Faible participation volontaire |
- Lampadaires intelligents*
- Système de péage à flux libre*
- Nouvelle carte d’identité à puce
- Cloud public (Cloud gouvernemental)
- Capteurs du réseau IdO [Internet des objets] du gouvernement
- Approvisionnement en eau intelligent
- Réseau intelligent
- Mise en place du réseau 5G
|
- Reconnaissance faciale* (non mentionné dans le Programme)
- Éléments intelligents dans les prisons
- Plateforme d’analyse de big data
- Plateforme d’analyse des données liées au trafic
|
Source : auteurs.
Notre sélection de cas vise à inclure des exemples d’initiatives pour une ville intelligente à Hong Kong qui présentent différents niveaux de transparence et de participation volontaire. Nous examinons plus particulièrement l’utilisation du système de reconnaissance faciale, le projet pilote de lampadaires intelligents, le système de péage à flux libre et l’e-santé, qui appartiennent respectivement aux catégories (1), (2) et (4). Nous analyserons les défis éthiques auxquels se heurtent ces initiatives du point de vue de l’égalitarisme relationnel.
Utilisation d’un système de reconnaissance faciale
Depuis 2016, la police de Hong Kong a acquis un logiciel de reconnaissance faciale développé par une entreprise implantée à Sydney, iOmniscient, lequel peut être utilisé pour l’analyse de contenu vidéo
[7]. À l’heure actuelle, peu d’informations sur l’utilisation de ce système ont été rendues publiques, tandis que le gouvernement de la RAS a nié avoir acquis ou développé des systèmes de vidéosurveillance à reconnaissance faciale automatisée, ou appliquer cette technologie aux systèmes de vidéosurveillance existants. iOmniscient, la société qui a vendu le logiciel à la police hongkongaise a également refusé de fournir des détails sur cette technologie
[8]. Toutefois, selon le site internet de l’entreprise, son système de reconnaissance faciale est susceptible de reconnaître des visages dans des lieux très fréquentés et à une grande distance, et peut fonctionner avec des caméras à faible résolution
[9].
Après que l’achat a été signalé par des journalistes d’investigation, le gouvernement de la RAS a justifié l’absence de transparence comme nécessaire à la prévention de la criminalité et aux enquêtes de police
[10]. Il a également affirmé que les données recueillies ne seraient utilisées qu’aux fins de détection et de prévention de la criminalité, que l’opération de collecte des données devait être effectuée en pleine conformité avec la loi et que les données seraient détruites dans un délai raisonnable
[11]. Deux risques de nature morale découlent de l’application de cette technologie intelligente (reconnaissance faciale).
Premièrement, le système de reconnaissance faciale de la police de Hong Kong comporte le risque de voir s’instaurer une domination dans la ville intelligente. Aucune consultation publique n’a été menée avant l’acquisition de cette technologie, et la population n’était pas informée de cet achat. Le manque de transparence entourant les mises en pratique de ce système empêche les citoyens de Hong Kong de contester son utilisation ou de s’y opposer de manière significative. Notamment, rien ne permet de déterminer si ce système a été utilisé pour surveiller les manifestations de rue, et les citoyens ne savent tout simplement pas quand ils sont soumis à une surveillance exercée grâce au dispositif de reconnaissance faciale. En outre, il n’existe aucun mécanisme efficace permettant de tenir la police hongkongaise pour responsable si elle ne respecte pas les lois en vigueur en matière de collecte de données par le biais de systèmes de reconnaissance faciale. De fait, les méthodes de collecte de données de la police de Hong Kong n’ont fait l’objet d’aucun contrôle externe, le Conseil indépendant d’investigation des plaintes contre la police se chargeant principalement des plaintes déposées
[12]. En d’autres termes, l’utilisation d’un système de reconnaissance faciale est laissée à l’entière discrétion de la police hongkongaise et de l’administration, ce qui, du point de vue de l’égalitarisme relationnel, représente un risque de domination important et est incompatible avec l’objectif d’égalité de traitement des citoyens.
Il existe également un risque moral lié à l’absence de souci d’instaurer une relation de confiance. Rappelons que dans les villes intelligentes, les résidents s’en remettent aux autorités et attendent d’elles qu’elles utilisent les nouvelles technologies pour fournir des biens et services publics essentiels tout en respectant la réglementation publique relative à l’exercice de leur pouvoir. L’avenir dira si les autorités verront dans cette confiance une raison de faire ce que les résidents attendent d’elles. Si c’est le cas, les résidents escomptent que les données collectées via le système de reconnaissance faciale soient exploitées pour la détection et la prévention de la criminalité, et que leurs données soient protégées, comme le soutient l’administration. Il est permis de se demander si la police de Hong Kong prendra au sérieux les exigences morales liées au souci d’instaurer une relation de confiance. En raison du manque de transparence de la police hongkongaise, de l’administration et d’iOmniscient, la population n’a pas la moindre idée de la façon dont la technologie est utilisée. Il est possible que les données recueillies par ce système de reconnaissance faciale soient utilisées à d’autres fins que la prévention de la criminalité ou les enquêtes. Nous ne savons d’ailleurs pas si l’accord entre la police de Hong Kong et le fournisseur privé, iOmniscient, permettra à ce dernier d’accéder à ces données pour son propre usage commercial (comme, par exemple, l’utilisation des données pour entraîner ses propres systèmes d’intelligence artificielle).
Projet pilote de lampadaires intelligents
Le déploiement de lampadaires « intelligents » (en remplacement des lampadaires traditionnels) fait partie de l’initiative pour une ville intelligente du gouvernement de la RAS. Il était prévu de mettre en place 400 de ces lampadaires d’ici à la fin 2021 dans certains des quartiers les plus fréquentés de Hong Kong tels que Central, Wan Chai, Causeway Bay et Tsim Sha Tsui
[13]. Ces lampadaires intelligents sont dotés de multiples fonctions. Les dispositifs intelligents installés comprennent des capteurs permettant de recueillir des données sur la qualité de l’air et la météorologie, des détecteurs thermiques pour évaluer le volume de la circulation, des étiquettes Bluetooth et d’identification par radiofréquence (RFID) pour transmettre des signaux et fournir des services d’information géospatiale aux citoyens, des caméras de surveillance pour contrôler les constructions illégales et le déversement illégal de déchets, et des émetteurs Wi-Fi pour permettre aux citoyens d’utiliser gratuitement l’Internet
[14]. Les données collectées sont téléchargées et mises en accès libre sur le portail de l’information du secteur public pour une utilisation commune et pour faciliter le développement d’autres applications intelligentes. Trois banques de données sont actuellement disponibles sur ce portail : les données sur la qualité de l’air issues des lampadaires intelligents publiées par le Département de la protection de l’environnement, les données météorologiques expérimentales des lampadaires intelligents (par exemple, la température de l’air et l’humidité relative) publiées par l’Observatoire de Hong Kong, et les dispositifs de localisation des lampadaires intelligents multifonctionnels publiés par le Département de la gestion du territoire
[15].
Le projet pilote de lampadaires intelligents comporte le risque de violer le principe de non-domination. De fait, les lampadaires intelligents peuvent tenir lieu de dispositif de surveillance dans l’espace public en collectant des informations sensibles telles que des images de personnes et de véhicules situés à proximité, ainsi que la localisation des smartphones des citoyens. Si ces informations confidentielles sont recueillies, les lampadaires intelligents permettront aux autorités de suivre le déplacement des personnes à travers la ville. La question de savoir si les informations recueillies seront utilisées à des fins non divulguées par les autorités constitue une autre source de préoccupation. Il n’y a pas d’option de défection significative pour cette technologie intelligente, car tous les individus et tous les véhicules seront surveillés et suivis dès qu’ils entreront dans l’espace public. En raison de la grande diversité des fonctions dont ces lampadaires sont dotés et du sentiment de défiance généralisé à l’égard du gouvernement, le projet a dans un premier temps suscité la méfiance de la population (Hartley 2021). En 2019, certains lampadaires intelligents du quartier de Kowloon Bay à Hong Kong ont été détruits par des manifestants qui les ont qualifiés de « tours de reconnaissance faciale »
[16].
En réponse à l’inquiétude de la population, le gouvernement de la RAS a convoqué en août 2019 un comité consultatif technique spécial pour examiner les questions relatives à la protection de la vie privée et à la sécurité de l’information, dont les membres comprenaient des représentants du gouvernement, des universitaires et des experts en technologie de l’information
[17]. Le comité devait également formuler des avis sur les stratégies de publicité et de participation dans le but de faciliter la compréhension des lampadaires intelligents par la population.
Tout d’abord, le comité a recommandé de viser la minimisation des données, de façon à réduire la quantité et la précision de la collecte des données. À cet égard, les lampadaires intelligents seront équipés de technologies plus respectueuses de la vie privée. Ainsi, la détection et la télémétrie par ondes lumineuses remplaceront les caméras pour la détection de la vitesse des véhicules et l’identification des différents types de véhicules dans la circulation, de sorte que les plaques d’immatriculation ne seraient pas lisibles sur les images capturées
[18]. De plus, les images seraient supprimées une fois que le flux de circulation pourra être estimé. Des clichés instantanés du trafic seront réalisés toutes les deux minutes et les images supprimées immédiatement après leur transmission au portail de l’information du secteur public
[19].
Une autre recommandation majeure émise par le comité visant à améliorer la transparence était la clé de voûte du projet pilote de lampadaires intelligents : les informations sur l’emplacement des lampadaires, les données collectées, les dispositifs activés, entre autres, doivent être rendues publiques. En outre, le gouvernement devrait instaurer un mécanisme de gouvernance transparent pour examiner et approuver toute nouvelle application de lampadaire intelligent avant son installation, et rendre la décision totalement transparente pour la population. Ce mécanisme a notamment pour fonction de veiller au respect de l’ordonnance relative aux données à caractère personnel (vie privée), de procéder à une évaluation et à des contrôles de bout en bout des risques en matière de sécurité, et de mener une évaluation des incidences sur la vie privée
[20].
Ces mesures, si elles sont pleinement mises en œuvre, peuvent contribuer à atténuer les risques moraux liés à la domination et au faible souci d’instaurer une relation de confiance. Il n’en demeure pas moins que les lampadaires intelligents fournissent au gouvernement les moyens de s’immiscer dans la vie privée et d’exercer une surveillance sur les citoyens, et il est nécessaire d’établir des contraintes externes efficaces sur la façon dont ils sont utilisés.
Système de péage à flux libre
Le système de péage à flux libre permet aux automobilistes de payer à distance le péage des tunnels sans avoir à s’arrêter en recourant à des technologies d’identification par radiofréquence et de reconnaissance automatique des plaques d’immatriculation. Lorsqu’un véhicule muni d’un badge de télépéage traverse un tunnel où ce système a été mis en place, son passage est automatiquement détecté et un tarif approprié est facturé et débité du compte de paiement associé au badge
[21]. L’administration a pris des mesures pour améliorer la transparence du système de péage à flux libre à la faveur d’un certain nombre d’activités d’engagement du public, telles que des réunions avec les partenaires, des expositions et un site internet
[22]. Le projet de loi a été voté par le Conseil législatif en juin 2021. Préalablement à son adoption, le ministère des Transports avait publié un document de consultation à l’intention de la population, expliquant les principaux objectifs et les avantages escomptés du système de péage à flux libre
[23].
Le système de péage à flux libre est appelé à être l’unique mode de perception des frais relatifs aux tunnels à péage et chaque véhicule devra obligatoirement être muni d’un badge de télépéage. Toutefois, pour répondre aux préoccupations du public en matière de protection de la vie privée, le gouvernement émettra deux types de badges. Le premier, nommé badge de télépéage spécifique au véhicule, est associé à un véhicule déterminé et sera principalement délivré au propriétaire enregistré d’un véhicule immatriculé disposant d’un moyen de paiement tel qu’un compte bancaire, une carte de crédit ou un porte-monnaie électronique. Le second type de badge de télépéage est propre à la catégorie du véhicule concerné (voitures particulières, véhicules utilitaires, autobus légers, etc.) et non au véhicule lui-même. Il n’est pas lié à un véhicule déterminé et peut être obtenu par toute personne dans les points de vente désignés sans aucun justificatif. La carte prépayée associée à la catégorie du véhicule peut être rechargée de manière anonyme dans les points de vente désignés
[24]. La possibilité d’apposer un badge lié à la catégorie au lieu d’un badge associé à un véhicule déterminé permet à l’automobiliste d’éviter d’être localisé par les autorités. Cette option est essentielle pour que le système de péage à flux libre respecte le principe de non-domination.
Un autre risque moral inhérent au système de péage à flux libre concerne la protection des données : le système permettra au Département des transports d’obtenir des informations personnelles, des données de localisation et des données relatives à l’activité des automobilistes. Dans le cadre du système de péage à flux libre, les automobilistes n’auront d’autre choix que de s’en remettre au Département des transports pour qu’il traite leurs données de manière responsable et dans le but de collecter les péages et de réduire autant que possible les perturbations liées au flux de circulation. Par conséquent, le Département des transports a l’obligation morale de répondre de manière appropriée aux attentes des automobilistes, faute de quoi il risque de trahir leur confiance. Cependant, le projet de loi ne précise pas si le Département des transports partagera ces informations avec des agents externes dispensés de lui rendre des comptes. Le projet de loi prévoit une infraction de « divulgation illicite d’informations », mais l’unique sanction pour cette infraction est une amende de niveau 4 (actuellement 25 000 HKD)
[25].
Apparemment, le système de péage à flux libre répond au principe d’accès équitable aux avantages défini dans la partie précédente. Les principaux bénéficiaires de ce système de péage sont les automobilistes qui empruntent les tunnels à péage, car le système minimise les perturbations du trafic aux postes de péage et facilite l’utilisation de ces tunnels, et les usagers n’ont pas à payer de frais administratifs pour ce service. Dans le même temps, le système de péage à flux libre apporte également des avantages indirects aux personnes qui se déplacent en autobus, car la démolition des péages libèrera de l’espace permettant l’amélioration des arrêts de bus existants
[26].
Système de partage de dossier médical électronique
Dans le cadre des initiatives liées au mode de vie, le système de partage de dossier médical électronique (santé en ligne) est une plateforme qui vise à créer des dossiers médicaux électroniques gratuits et permanents pour tous les citoyens, et permet une transmission bidirectionnelle des données entre les prestataires de soins publics et privés. Y sont archivés les informations à caractère personnel et les dossiers médicaux, notamment les allergies et les effets indésirables d’un médicament, les diagnostics, les interventions médicales et les traitements, ainsi que les rapports de laboratoire, dans un format électronique chiffré
[27]. Ces renseignements ne seraient communiqués qu’aux médecins approuvés par le patient et demeureraient inaccessibles au secrétariat médical. Chaque accès nécessiterait l’autorisation du patient et ce dernier serait informé de toute connexion à son dossier médical électronique
[28].
Nous affirmons que la santé en ligne satisfait aux trois principes énoncés dans la partie précédente et présente des risques moraux limités en raison de la participation volontaire et de son niveau élevé de transparence.
La participation volontaire est l’un des principes directeurs de la santé en ligne. Les utilisateurs des services de santé en ligne peuvent choisir le praticien auquel ils souhaitent divulguer leurs antécédents médicaux, et ils devront autoriser manuellement ces informations chaque fois que le médecin souhaitera y accéder. Ce dispositif permet aux citoyens de conserver une réelle maîtrise sur la façon dont leurs données sont utilisées. En outre, il est ouvert à tous les détenteurs d’une carte d’identité de Hong Kong qui peuvent l’utiliser de différentes manières : en ligne, en personne, par courrier ou dans une boîte de dépôt. Ainsi, même ceux qui ne possèdent pas de smartphone (pour l’application mobile) peuvent en bénéficier.
La santé en ligne présente également un niveau élevé de transparence. Le Bureau de la santé en ligne (qui dépend du Bureau de l’alimentation et de la santé) met en place diverses mesures pour communiquer et nouer le dialogue avec la population concernant le fonctionnement du dispositif, telles que publicités télévisées, brochures, affiches, expositions itinérantes et projets de collaboration avec des cliniques et des hôpitaux privés. Cela permet à la population de se mobiliser et de comprendre comment fonctionne le dispositif, de sorte qu’elle se sent en confiance et utilise la santé en ligne.
Quatre stratégies pour atténuer les risques moraux liés à la smartification
Dans cette partie, nous examinerons quatre stratégies générales ayant pour but de défendre et protéger les intérêts des individus dans leurs relations sociales avec des agents plus puissants. Ces stratégies ont été proposées pour la première fois par Elizabeth Anderson dans le contexte des relations entre employeurs et employés (2017 : 65-71). Il importe de noter que chacune de ces stratégies comporte elle-même des limites dans le cas de la ville intelligente.
Défection
La défection est un moyen important de limiter le pouvoir arbitraire. Une menace crédible de défection – c’est-à-dire lorsque celle-ci est une option réaliste connue de tous – peut suffire à inciter les agents les plus puissants à faire preuve de retenue afin de préserver la relation dont ils tirent pleinement profit (Hirschman 1970 ; Taylor 2017 : 11-8). Ainsi, lorsque la situation économique permet aux salariés de profiter de nombreuses opportunités de changement d’emploi et qu’ils peuvent prétendre à des indemnités de chômage, ils disposeront d’un certain contre-pouvoir face à leurs employeurs pour négocier leurs conditions de travail et d’emploi et se soustraire à toute domination. En outre, l’option de défection est également susceptible de protéger l’individu défavorisé contre le risque d’être piégé dans une relation abusive ou inégale à d’autres égards. Certaines initiatives de villes intelligentes offrent aux résidents le choix de participer pleinement. En pratique, l’option de défection est plus clairement présente dans les initiatives pour une ville intelligente permettant aux résidents d’opter pour la participation plutôt que dans celles qui les inscrivent automatiquement. On le constate dans le cas de la santé en ligne, où le consentement éclairé est nécessaire pour participer.
Néanmoins, les habitants ne disposent que d’une faible latitude pour se désengager d’une ville intelligente tant qu’ils y résident. Mener une vie « sans réseau » ou « hors ligne » implique un coût considérable, voire existentiel, pour l’individu, car de plus en plus de biens et de services publics dans la ville intelligente sont désormais organisés autour d’un entrelacs de réseaux interactifs. Nombre de solutions technologiques mises en œuvre pour développer une ville intelligente ne laissent que peu de voies de sortie aux résidents. Les lampadaires intelligents, le système de péage à flux libre et les outils de reconnaissance faciale en sont des exemples. Par conséquent, en plus de fournir un moyen satisfaisant de défection, le gouvernement devrait envisager d’autres façons d’aplanir les inégalités de pouvoir dans une ville intelligente.
Procédure équitable
La seconde stratégie pour défendre l’égalitarisme relationnel est d’instituer un État de droit, et s’appuie sur les éléments suivants : (1) l’autorité ne peut être exercée que par le biais de lois dûment votées et rendues publiques à l’avance, plutôt que sur les ordres arbitraires d’agents plus puissants ; (2) les sujets sont libres de faire ce que la loi n’interdit pas ; (3) les lois s’appliquent de manière égale à tous ; et (4) les sujets ont droit à un procès équitable avant qu’une sanction ne puisse leur être légitimement appliquée (Anderson 2017 : 66-7).
Afin de maîtriser les risques moraux liés au développement des villes intelligentes, nous avons besoin de structures de gouvernance publiquement responsables pour suivre la mise en œuvre de diverses initiatives de villes intelligentes. À cet égard, une étude d’impact et un suivi
ex post sont nécessaires pour prendre en compte les questions éthiques découlant de l’application des technologies intelligentes. Par exemple, afin de répondre aux préoccupations de la population relatives aux lampadaires intelligents, un comité spécial a été créé pour examiner le fonctionnement des lampadaires intelligents et formuler des recommandations en vue de leur future utilisation. L’ordonnance sur le système de partage de dossier médical électronique (chap. 625) est en place pour fournir une base juridique régissant la collecte, le partage, l’utilisation et la conservation des données partagées via le système de santé électronique. De même, le système de péage à flux libre est conditionné par un projet de loi spécifique.
Les dispositifs à risque élevé devraient être soumis à des contraintes procédurales plus rigoureuses et plus exigeantes, de même qu’une surveillance indépendante ou des institutions mandatées par la loi devraient être mises en place pour contrôler le fonctionnement de ces systèmes urbains. Or, les mécanismes indépendants de contrôle et autres vérifications procédurales font largement défaut en ce qui concerne le système de reconnaissance faciale et les lampadaires intelligents de Hong Kong.
Droits fondamentaux
Dans toute relation sociale, les droits individuels et collectifs sont essentiels pour protéger les intérêts des parties concernées, en particulier celles qui ont le moins de pouvoir. Par exemple, afin de prévenir les relations entre employeur et employé fondées sur l’oppression, certains droits relatifs au travail doivent être institués dans la relation. Ces droits comprennent, entre autres, le droit à des conditions de travail décentes, le droit à la non-discrimination et le droit de créer des syndicats (Anderson 2017 : 68). Dans la pratique, les droits individuels sont définis par un cadre juridique qui restreint les pouvoirs du gouvernement ou des sociétés privées dans leur traitement des personnes (ou de leurs données) et qui établit un mécanisme permettant aux individus de rendre autrui comptable de ses actes et d’exiger réparation lorsque leurs droits ont été bafoués.
Dans une société de plus en plus « intelligente », les résidents ont besoin d’acquérir certains droits afin de vivre comme des membres égaux dans la ville intelligente : une charte des droits numériques devrait être mise en place. Ces droits numériques pourraient inclure le droit à la vie privée de l’individu et du groupe (Mittelstadt 2017 : 475-94), le droit à la suppression de ses documents numériques (Mayer-Schönberger 2009) et le droit à la protection des données, qui implique un traitement loyal, dans un but précis et uniquement sur la base d’un consentement (McDermott 2017 : 1-7). L’Union européenne a mis en œuvre le règlement général sur la protection des données (RGPD) qui contient des principes directeurs que les entreprises et les individus doivent respecter afin de protéger les personnes des nuisances de la numérisation. Dans les villes intelligentes, la protection des données revêtira de plus en plus d’importance à la fois pour l’individu et pour l’idéal d’égalité relationnelle. La réglementation de Hong Kong en matière de protection des données est principalement axée sur les questions se rapportant à la vie privée. Le Bureau du commissariat à la protection des données personnelles est chargé de superviser l’application de l’ordonnance sur les données personnelles (vie privée) (chap. 486)
[29]. Toutefois, la protection des données ne se limite pas à la protection de la vie privée. D’autres exigences telles que « la licéité, la loyauté et la transparence », la « limitation de la conservation des données » et l’« exactitude » (comme indiqué dans le RGPD) doivent être prises en considération dans le développement d’une ville intelligente. Ainsi, « la licéité, la loyauté et la transparence » imposent que les données à caractère personnel soient traitées de manière licite et en toute transparence pour la personne concernée, tandis que l’« exactitude » implique que les données à caractère personnel soient tenues à jour et effacées si elles sont inexactes
[30]. Ces exigences peuvent contribuer à sensibiliser davantage les entreprises et les gouvernements aux méthodes permettant de minimiser les préjudices numériques au-delà du champ de la protection de la vie privée.
Prise de parole
Accorder aux individus la possibilité de s’exprimer sur les décisions qui lèsent leurs intérêts vitaux est un élément essentiel pour qu’ils soient traités sur un pied d’égalité dans leurs relations sociales. Les parties ayant une relation fondée sur l’égalité reconnaissent une obligation mutuelle de justifier les conditions de leur relation. En principe, les habitants des villes intelligentes qui sont soumis à une série de dispositifs technologiques dans leur ville ont le droit de participer à la gouvernance de ces systèmes. Afin d’atténuer les effets des asymétries de pouvoir induites par la smartification des systèmes urbains, la population devrait pouvoir participer régulièrement à la gouvernance de la ville intelligente. Le but ici est de renforcer le pouvoir de contestation des citoyens sur les politiques gouvernementales liées au développement de la ville intelligente et de permettre à la collectivité d’interroger les responsables gouvernementaux afin que les résidents puissent remettre en cause toute mesure problématique proposée ou mise en œuvre par le gouvernement. L’objectif de ces processus de contestation est de parvenir à des politiques satisfaisantes pour tous et non simplement acceptées. Cela signifie que les participants ne peuvent que proposer des éléments d’appréciation pour ou contre une politique particulière qu’ils peuvent tous considérer comme dignes d’intérêt. Ils sont donc incités à introduire des considérations que tous les autres, quels que soient leurs intérêts et leurs opinions, peuvent juger pertinentes dans la décision collective. En bref, la valeur d’égalité relationnelle est intégrée au processus de contestation démocratique (Pettit 2012 : 252-60).
Atteindre pleinement cet idéal du jeu de l’acceptabilité et de la contestabilité démocratique est sans doute irréalisable, mais on constate parfois des avancées. De fait, à Seattle, le contrôle démocratique joue un rôle clé dans la gouvernance des projets de ville intelligente. Le conseil consultatif communautaire pour les technologies a été créé en 2015 en vertu du code municipal de Seattle pour formuler des recommandations au maire et au conseil municipal sur les questions d’intérêt communautaire relatives aux technologies de l’information et de la communication, ainsi que pour effectuer des recherches sur ce sujet et recueillir les suggestions de la population. Le conseil consultatif communautaire pour les technologies, composé de dix membres (dont six sont nommés par le maire et quatre par le conseil municipal), a mis en place des commissions sur la ville intelligente, l’innovation communautaire et l’équité numérique. L’adhésion est ouverte aux candidatures des citoyens, qu’ils soient des professionnels de la technologie ou non. Plus important encore, les habitants sont invités à assister aux réunions ordinaires du conseil afin d’exprimer leur point de vue sur les questions liées aux technologies de l’information et de la communication
[31]. Si la population hongkongaise participe occasionnellement au développement de la ville intelligente, le type d’engagement constant et les institutions juridiquement mandatées que l’on observe à Seattle sont inexistants.
Cette stratégie ne se prête que difficilement à un contrôle démocratique efficace des applications des technologies intelligentes, étant donné l’opacité de ces dernières. Il semble toutefois manifeste que le gouvernement devrait prendre des mesures pour informer la population des risques du développement d’une ville intelligente et favoriser l’inclusion numérique.
Conclusion
Cette étude remet en cause la vision dominante de l’optimisme technologique à Hong Kong selon laquelle la gouvernance urbaine relève essentiellement d’un problème d’optimisation et ne requiert que des solutions techniques. Les villes intelligentes sont souvent considérées comme des lieux utopiques où les problèmes urbains sont résolus par l’innovation et la technologie. Néanmoins, ce cadrage technocratique des problèmes s’avère inadapté pour donner un sens à certaines questions morales fondamentales inhérentes au développement d’une ville intelligente. Dans cet article, nous adoptons le cadre normatif de l’égalité relationnelle pour évaluer les incidences éthiques potentielles de la ville intelligente. Nous pensons que la perspective de l’égalitarisme relationnel est particulièrement pertinente dans le contexte de la ville intelligente, car l’avancement des technologies de l’information et l’essor du big data remodèlent fondamentalement la relation entre les citoyens et les pouvoirs publics. L’une des principales questions soulevées par la ville intelligente est de savoir si les habitants de ces villes peuvent entretenir des relations d’égal à égal.
Dans nos études de cas, nous nous sommes surtout intéressés à l’essor de la ville intelligente de Hong Kong où les infrastructures numériques sont bien développées. Nous avons constaté que le développement de la ville intelligente à Hong Kong était nimbé d’un optimisme technologique qui néglige les risques moraux et les problèmes imputables à la smartification, hypothéquant ainsi les possibilités d’une réflexion critique de fond sur les incidences éthiques de la vie dans une ville intelligente. La défiance croissante de l’opinion ainsi que la remise en cause de la légitimité politique du gouvernement de Hong Kong ajoutent encore à la complexité de la situation.
Afin de rendre compte de la complexité morale de la ville intelligente, nous avons énoncé trois principes normatifs fondés sur l’idéal d’égalité relationnelle : le principe de non-domination, le souci d’instaurer une relation de confiance et le principe d’accès équitable aux avantages. Nous les avons ensuite appliqués pour évaluer les implications éthiques de quatre initiatives pour une ville intelligente à Hong Kong : l’utilisation d’un système de reconnaissance faciale, le projet pilote de lampadaires intelligents, le système de péage à flux libre et le système de partage de dossier médical électronique. Notre recherche vise à déterminer de quelle façon la smartification de la gouvernance urbaine pourrait offrir un avenir équitable à tous les résidents considérés comme des membres égaux de leur communauté. L’un des principaux enseignements de cette étude est que la smartification de la gouvernance urbaine s’accompagne de risques moraux distincts. Parmi les cas sélectionnés, ceux dont les niveaux de transparence et de participation volontaire sont les plus faibles sont associés à davantage de problèmes moraux potentiels. En outre, il ressort de notre étude que les risques moraux de smartification pourraient être atténués grâce à des institutions et des politiques appropriées. En particulier, nous avons envisagé un certain nombre de stratégies ayant pour effet de limiter ces risques moraux et de maintenir des relations socialement égalitaires entre les citoyens d’une ville intelligente. Les principaux défis éthiques du développement de la ville intelligente consistent à trouver des moyens de favoriser la participation volontaire aux efforts de construction d’une ville intelligente, de permettre aux résidents de mieux se faire entendre et de protéger les droits numériques des personnes dans le cadre du processus de smartification. En reconnaissant la complexité des enjeux éthiques soulevés par le développement d’une ville intelligente, cette étude propose une vision morale de la ville qui n’est pas seulement intelligente, mais aussi éthique et juste.
Traduit par Cécile Boussin.
Remerciements
Les auteurs souhaitent remercier les évaluateurs anonymes, le comité de rédaction de
Perspectives chinoises et les coordinateurs de ce dossier, Alistair Cole et Émilie Tran, pour leurs commentaires et suggestions.
Manuscrit reçu le 21 septembre 2021. Accepté le 11 juillet 2022.
Références
ANDERSON, Elizabeth. 1999. « What is the Point of Equality ? »
Ethics 109 (2) : 287-337.
——. 2017.
Private Government : How Employers Rule Our Lives (and Why We Don’t Talk about It). Princeton : Princeton University Press.
ARNESON, Richard. 1989. « Equality and Equal Opportunity for Welfare ».
Philosophical Studies 56 (1) : 77-93.
BAIER, Annette C. 1986. « Trust and Antitrust ».
Ethics 96 (2) : 231-60.
BAGHRAMIAN, Maria, Danielle PETHERBRIDGE, et Rowland STOUT. 2020. « Vulnerability and Trust : An Introduction ».
International Journal of Philosophical Studies 28 (5) : 575-82.
CALVO, Patrici. 2020. « The Ethics of Smart City (EoSC) : Moral Implications of Hyperconnectivity, Algorithmisation, and the Datafication of Urban Digital Society ».
Ethics & Information Technology 22 (1) : 141-9.
CARDULLO, Paolo, Cesare DI FELICIANTONIO, et Robert KITCHIN (éds.). 2019.
The Right to the Smart City. Bingley : Emerald Publishing.
COHEN, Gerald Allan. 1989. « On the Currency of Egalitarian Justice ».
Ethics 99 (4) : 906-44.
——. 2008.
Rescuing Justice and Equality. Cambridge : Harvard University Press.
DWORKIN, Ronald. 1981. « What Is Equality ? Part 2 : Equality of Resources ».
Philosophy & Public Affairs 10 (4) : 283-345.
FOURIE, Carina, Fabian SCHUPPERT, et Ivo WALLIMANN-HELMER. 2015. « The Nature and Distinctiveness of Social Equality : An Introduction ».
In Carina FOURIE, Fabian SCHUPPERT, et Ivo WALLIMANN-HELMER (éds.),
Social Equality : On What It Means to Be Equals. Oxford : Oxford University Press. 1-20.
GREEN, Ben. 2019.
The Smart Enough City. Cambridge : MIT Press.
GOODMAN, Ellen P. 2021. « Smart City Ethics : How “Smart” Challenges Democratic Governance ».
In Markus D. DUBBER, Frank PASQUALE, et Sunit DAS (éds.),
The Oxford Handbook of Ethics of AI. Oxford : Oxford University Press. 823-39.
HARTLEY, Kris. 2021. « Public Trust and Political Legitimacy in the Smart City : A Reckoning for Technocracy ».
Science, Technology, & Human Values 46 (6) : 1286-315.
HIRSCHMAN, Albert. 1970.
Exit, Voice, and Loyalty : Responses to Decline in Firms, Organizations, and States. Cambridge : Harvard University Press.
HUI, Victoria Tin-bor. 2020. « Beijing’s Hard and Soft Repression in Hong Kong ».
Orbis 64 (2) : 289-311.
IP, Kevin K. W. 2016.
Egalitarianism and Global Justice : From a Relational Perspective. Londres : Palgrave Macmillan.
JOHN, Peter. 2017. « Finding Exits and Voices : Albert Hirschman’s Contribution to the Study of Public Services ».
International Public Management Journal 20 (3) : 512-29.
KITCHIN, Robert. 2014. « The Real-time City ? Big Data and Smart Urbanism ».
GeoJournal 79 (1) : 1-14.
——. 2016. « The Ethics of Smart Cities and Urban Science ».
Philosophical Transactions of the Royal Society A : Mathematical, Physical and Engineering Sciences 374 (2083). DOI :
10.1098/rsta.2016.0115
KYMLICKA, Will. 2002.
Contemporary Political Philosophy : An Introduction. Oxford : Oxford University Press.
MAYER-SCHÖNBERGER, Viktor. 2009.
Delete : The Virtue of Forgetting in the Digital Age. Princeton : Princeton University Press.
McDERMOTT, Yvonne. 2017. « Conceptualising the Right to Data Protection in an Era of Big Data ».
Big Data & Society 4 (1) : 1-7.
McGEER, Victoria, et Philip PETTIT. 2017. « The Empowering Theory of Trust ».
In Paul FAULKNER, et Thomas SIMPSON (éds.),
The Philosophy of Trust. Oxford : Oxford University Press. 14-34.
MITTELSTADT, Brent. 2017. « From Individual to Group Privacy in Big Data Analytics ».
Philosophy & Technology 30 (4) : 475-94.
NOZICK, Robert. 1974.
Anarchy, State, and Utopia. New York : Basic Books.
PAUL, Samuel. 1992. « Accountability in Public Services : Exit, Voice, and Control ».
World Development 20 (7) : 1047-60.
PETTIT, Philip. 1997.
Republicanism : A Theory of Freedom and Government. Oxford : Oxford University Press.
——. 2012.
On the People’s Terms : A Republican Theory and Model of Democracy. Cambridge : Cambridge University Press.
RAWLS, John. 1971.
A Theory of Justice. Cambridge : Harvard University Press.
SCHEMMEL, Christian. 2021.
Justice and Egalitarian Relations. Oxford : Oxford University Press.
SCHEFFLER, Samuel. 2003. « What is Egalitarianism ? »
Philosophy & Public Affairs 31 (1) : 5-39.
——. 2015. « The Practice of Equality ».
In Carina FOURIE, Fabian SCHUPPERT, et Ivo WALLIMANN-HELMER (éds.),
Social Equality : On What It Means to Be Equals. Oxford : Oxford University Press. 21-44.
TOMASI, John. 2012.
Free Market Fairness. Princeton : Princeton University Press.
TAYLOR, Robert. 2017.
Exit Left : Markets and Mobility in Republican Thought. Oxford : Oxford University Press.
TOWNSEND, Anthony M. 2013.
Smart Cities : Big Data, Civic Hackers, and the Quest for a New Utopia. New York : W. W. Norton.
TURILLI, Matteo, et Luciano FLORIDI. 2009. « The Ethics of Information Transparency ».
Ethics and Information Technology 11 (2) : 105-12.
van DIJCK, Jose. 2014. « Datafication, Dataism, and Dataveillance : Big Data between Scientific Paradigm and Ideology ».
Surveillance & Society 12 (2) : 197-208.
WINNER, Langdon. 2020.
The Whale and the Reactor : A Search for Limits in an Age of High Technology. Chicago : The University of Chicago Press.
YOUNG, Iris M. 1990.
Justice and the Politics of Difference. Princeton : Princeton University Press.
[1] « Smart Cities », Commission européenne, 2021,
https://ec.europa.eu/info/eu-regional-and-urban-development/topics/cities-and-urban-development/city-initiatives/smart-cities_en (consulté le 9 août 2021).
[2] « Hong Kong Smart City 2.0 », Bureau de l’innovation et des technologies, 2020,
https://www.smartcity.gov.hk/modules/custom/custom_global_js_css/assets/files/HKSmartCityBlueprint(ENG)v2.pdf (consulté le 9 août 2021).
[3] Pour une critique de l’approche rawlsienne de la justice sociale, voir Cohen 2008.
[4] Pour une tentative récente visant à défendre une conception libérale de la justice sociale fondée sur l’idéal relationnel de l’égalité, voir Schemmel 2021.
[5] Voir Hui 2020, et John Burns, « Hong Kong’s Electoral Changes : The Communist Party Is Taking Over »,
Hong Kong Free Press, 10 avril 2021,
https://hongkongfp.com/2021/04/10/hong-kongs-electoral-changes-the-communist-party-is-taking-over (consulté le 11 juillet 2022).
[6] Conseil de l’Europe, « 12 Principles of Good Governance »,
https://www.coe.int/en/web/good-governance/12-principles (consulté le 11 juillet 2022).
[7] « Hong Kong’s Police Force Said to Have Access to Facial Recognition AI Tech : But Are They Using It ? »
South China Morning Post, 23 octobre 2019,
https://www.scmp.com/tech/innovation/article/3034141/hong-kongs-police-force-said-have-access-facial-recognition-ai-tech (consulté le 11 juillet 2022) ; Blake Schmidt, « Hong Kong Police Already Have AI Tech That Can Recognize Faces »,
Bloomberg, 23 octobre 2019,
https://www.bloomberg.com/news/articles/2019-10-22/hong-kong-police-already-have-ai-tech-that-can-recognize-faces (consulté le 11 juillet 2022).
[8] Bo Seo, « No “Kill Switch” on Facial Recognition Software Sold to HK »,
Financial Review, 25 octobre 2019,
https://www.afr.com/politics/federal/no-kill-switch-on-facial-recognition-software-sold-to-hk-20191024-p533w7 (consulté le 11 juillet 2022).
[9] Voir la plateforme d’intelligence artificielle iOmniscient, « Facial Recognition in a Crowd »,
https://iomni.ai/our-solutions (consulté le 11 juillet 2022).
[10] « Hong Kong’s Police Force Said to Have Access […] »,
op. cit.
[11] Communiqué de presse du gouvernement de la RAS de Hong Kong, « LCQ11 : Facial and Visual Image Recognition Technologies », 6 novembre 2019,
https://www.info.gov.hk/gia/general/201911/06/P2019110600396.htm (consulté le 11 juillet 2022).
[12] Conseil indépendant d’investigation des plaintes contre la police, « Statutory functions »,
https://www.ipcc.gov.hk/en/what_we_do/function.html (consulté le 11 juillet 2022).
[13] Bureau de l’innovation et de la technologie,
Hong Kong Smart City Blueprint 2.0, https://www.smartcity.gov.hk/modules/custom/custom_global_js_css/assets/files/HKSmartCityBlueprint(ENG)v2.pdf (consulté le 11 juillet 2022).
[14] Comité consultatif technique spécial du Bureau du directeur général de l’information du gouvernement, « Report of the Technical Advisory Ad Hoc Committee on Multi-functional Smart Lampposts ».
[15] Comité consultatif technique spécial du Bureau du directeur général de l’information du gouvernement, « Summary of Functions on Smart Lampposts (Data Dictionary) ».
[16] Sean Gleeson, « Facial Recognition Towers in Hong Kong ? », 4 septembre 2019,
AFP factuel,
https://factcheck.afp.com/how-smart-are-hong-kongs-lampposts (consulté le 11 juillet 2022).
[17] Ibid.
[18] Ibid.
[19] Ibid.
[20] Ibid.
[21] Bureau des transports et du logement, « Legislative Council Brief : Free-flow Tolling (Miscellaneous Amendments) Bill 2021 », 17 mars 2021,
https://www.legco.gov.hk/yr20-21/english/bills/brief/b202103193_brf.pdf (consulté le 11 juillet 2022).
[22] Ibid.
[23] Ministère des Transports,
Smart Mobility : Roadmap for Hong Kong, juillet 2019,
https://www.ffts.hk/file/HongKongSmartMobilityRoadmap.pdf (consulté le 11 juillet 2022).
[24] Bureau des transports et du logement, « Legislative Council Brief […] »,
op. cit.
[25] Projet de loi ayant pour objet le péage à flux libre 2021 (modifications diverses), section 20A.
[26] Ibid.
[27] « Electronic Health Record Sharing System »,
https://www.ehealth.gov.hk/en/index.html (consulté le 8 février 2021).
[28] Ibid.
[29] Bureau du commissariat à la protection des données personnelles, Hong Kong,
https://www.pcpd.org.hk/english/about_pcpd/our_role/what_we_do.html (consulté le 10 août 2021).
[30] « Chapter II : Principles. Article 5 : Principles Relating to Processing of Personal Data », Journal officiel de l’Union européenne,
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/HTML/?uri=CELEX:32016R0679&from=EN#d1e1797-1-1 (consulté le 10 août 2021).
[31] Comité consultatif communautaire pour les technologies, ville de Seattle,
https://www.seattle.gov/community-technology-advisory-board/meet-the-board (consulté le 11 juillet 2022).