CRITIQUES DE LIVRES

Face à l’absence de vote par correspondance : mobilisation électorale transnationale lors des élections présidentielles de 2020 à Taïwan

Julia Marinaccio est une politologue comparatiste qui s’est spécialisée dans les études chinoises et la science politique à Vienne et à Taipei. Elle est actuellement chercheuse postdoctorale au département des langues étrangères et des études chinoises de l’Université de Bergen, P. O. Box 7800, 5020 Bergen, Norvège (julia.marinaccio@uib.no).   Introduction Dans un monde en cours de mondialisation, à mesure que les relations sociales s’étendent au-delà des frontières nationales, les électorats se dispersent de plus en plus géographiquement et la mobilisation politique se transnationalise (Adamson 2005 ; Gabrielli et Zapata-Barrero 2015 ; Peltoniemi 2018 ; Paarlberg 2019). Malgré l’essor des modes de vie transnationaux, de nombreux émigrants se heurtent encore à des obstacles procéduraux et institutionnels pour participer aux élections de leur pays d’origine, notamment les quelque deux millions de citoyens taïwanais qui sont dispersés dans le monde. Selon la loi sur l’élection et la révocation des présidents et vice-présidents (zongtong fuzongtong xuanju bamianfa 總統副總統選舉罷免法) et la loi sur le référendum (gongmin toupiaofa 公民投票法), le jour du scrutin, l’électeur doit déposer son bulletin de vote dans le bureau de vote auquel est rattaché son domicile enregistré à Taïwan. Cela contraint de nombreux émigrants taïwanais à investir d’importantes ressources financières et temporelles afin de participer aux élections dans leur pays d’origine. Alors que la littérature existante a analysé l’impact de l’évolution du paysage politique de Taïwan sur la politique étrangère du pays et les relations avec les communautés d’émigrants (Damm 2012 ; Gong 2014 ; To 2014 ; Han 2019), les études empiriques de la participation politique actuelle des Taïwanais à l’étranger restent rares (Lin 2006 ; Keng et Schubert 2010 ; Cheng 2017). Qui plus est, il existe une lacune dans l’étude de la participation des émigrés taïwanais aux élections dans leur pays d’origine. Cette recherche est le fruit d’un étonnement personnel face à l’engagement démocratique des électeurs émigrés taïwanais. Elle est aussi le fruit d’un intérêt théorique pour le transnationalisme politique dans un contexte d’absence de mécanisme institutionnel de vote extraterritorial. Elle soulève trois questions : comment les électeurs taïwanais installés à Vienne se sont-ils mobilisés lors des élections présidentielles de 2020 ? Quel rôle les caractéristiques sociopolitiques propres à la communauté locale d’émigrés taïwanais ont-elles joué dans la mobilisation transnationale des électeurs ? Quel effet cette mobilisation transnationale a-t-elle eu sur la participation électorale ? En étudiant le cas de la communauté taïwanaise de Vienne (Autriche) au moyen de plusieurs méthodes, cet article voit dans la mobilisation électorale lors des élections présidentielles de 2020 à Taïwan un exemple de pratiques politiques transnationales. S’inscrivant dans le champ du transnationalisme politique, il examine à la fois le niveau méso (organisations) et micro (individus) de la participation politique des émigrants. Le reste de l’article présente le cadre théorique de l’étude, délimite l’espace sociopolitique spécifique de la communauté de migrants taïwanais à Vienne dans lequel se produit la mobilisation électorale transnationale, et analyse les acteurs, les processus et les pratiques de mobilisation des électeurs. L’article se termine par une discussion des résultats et des trajectoires possibles pour des recherches futures.   Mobilisation et participation électorale transnationale La théorie politique classique définit la participation politique comme « les actions conduites par des citoyens privés pour influencer ou soutenir le gouvernement et la politique » (Milbrath et Madan 1977 : 2). Dans un contexte migratoire, cette définition pose une série de problèmes. Les sociologues et les politologues ont récemment commencé à s’intéresser à l’intégration des migrants dans la vie politique de leurs pays de destination et à leurs liens et engagements dans les politiques de leurs pays d’origine (Day et Shaw 2002 ; Bauböck, 2003 ; Østergaard-Nielsen 2003 ; Adamson 2005 ; Janoschka 2008 ; Peltoniemi 2018 ; Fell, Cheng et Momesso 2019 ; Mügge et al. 2019). Pour donner un sens à ces pratiques, plusieurs chercheurs recommandent d’établir une distinction analytique entre la portée, le type et la fréquence des pratiques transnationales (Portes 1999 ; Guarnizo 2000 ; Gabrielli et Zapata-Barrero 2015). Ce qui les rend transnationales, c’est que si la participation politique peut être orientée vers une arène politique spécifique – le pays d’origine, le pays d’établissement ou les organisations supranationales ou intergouvernementales (Gabrielli et Zapata-Barrero 2015 : 9) – elle implique des processus, des structures et des acteurs à plusieurs niveaux, qui traversent les frontières politiques territorialement délimitées (Østergaard-Nielsen 2003 : 760). Le vote est la forme la plus quintessentielle de la participation politique transnationale, qu’elle soit « conventionnelle » (Gabrielli et Zapata-Barrero 2015 : 9) ou « réduite » (Portes 1999). Les études montrent que divers facteurs sont susceptibles de favoriser la participation électorale des migrants dans leur pays d’origine. Selon Peltoniemi (2018), plutôt que l’identification au pays d’origine, c’est le temps cumulé passé à l’étranger, l’âge et le niveau d’éducation, ainsi que la distance au bureau de vote le plus proche qui influent sur la participation électorale des émigrés. Mügge et al. (2019) confirment que le sexe, l’âge et le niveau d’éducation sont des déterminants majeurs de la participation électorale, mais ils montrent également que la confiance dans le système politique du pays d’origine affecte la participation électorale. Mügge et al. (2019) et Kostelka (2017) considèrent que les mécanismes institutionnels prévus pour favoriser ou décourager la participation des citoyens de l’étranger, en particulier les institutions et procédures bureaucratiques, ont de profonds effets sur leur décision de participer ou non aux élections dans leur patrie d’origine. L’inscription sur les listes électorales et une situation extrême de « mal-inscription » (quand les États conditionnent le droit de vote à une adresse permanente dans le pays d’origine et que la participation électorale nécessite un voyage international) affectent la propension des émigrants à voter (Kostelka 2017 : 1063). Ahmadov et Sasse (2016 : 79-80) ne nient pas le poids des facteurs démographiques et socioéconomiques et d’autres « facteurs liés à la patrie », qui « prédisposent favorablement ou défavorablement les émigrants à l’égard d’un engagement transnational dans la vie politique de leur pays d’origine » ; mais ils soutiennent que les trois principaux facteurs expliquant la participation sont l’assimilation dans le pays d’accueil, les réseaux d’émigrants et les caractéristiques du pays de destination. Des études pionnières ont reconnu que le vote était un « acte social » (Lazarsfeld, Berelson et Gaudet 1948). Les citoyens peuvent donc être plus ou moins convaincus ou poussés à se conformer à cette norme sociale (Green et Shachar 2000 ; Karp 2012). Les recherches soulignant l’importance de la mobilisation électorale pour amener les citoyens aux urnes affirment qu’un degré élevé de concentration géographique et de densité organisationnelle au sein de la communauté migrante peut faciliter la mobilisation électorale directe (les partis politiques) et indirecte (les pairs) au service de la participation électorale dans le pays d’origine (Kostelka 2017 : 1065). Kostelka (ibid. : 1064) prévient néanmoins que les effets de la mobilisation sur les individus mobiles sont sensiblement plus faibles que sur leurs pairs peu mobiles restés au pays, car les premiers peuvent facilement échapper aux campagnes de mobilisation. En outre, en raison des coûts élevés associés à la mobilisation directe à l’étranger et de l’impact comparativement faible sur les résultats des élections, les partis ne s’intéressent à la mobilisation transnationale directe que si les diasporas sont suffisamment importantes pour octroyer un avantage électoral. Dans tous les cas, la mobilisation directe et indirecte ne touche que les émigrés qui sont bien intégrés ou très liés à la communauté des émigrés dans leur pays d’accueil. À Vienne, la communauté taïwanaise est peu nombreuse. Elle se caractérise par une forte concentration géographique et une organisation communautaire dense, ce qui en fait un terrain parfait pour étudier en détail la mobilisation électorale transnationale directe et indirecte de migrants dont le plus proche bureau de vote se trouve à 9 000 km. Dans le contexte des manifestations à Hong Kong et de l’attitude de plus en plus décidée de la Chine, notamment au sujet de Taïwan, les élections présidentielles de 2020 ont généré de fortes tensions. Le regain du fameux clivage Taïwanais/Chinois concernant la question « unification ou indépendance », qui constitue le « clivage politique clé » de la société taïwanaise contemporaine (Achen et Wang 2017 : 11), a probablement affecté la mobilisation des électeurs, tant dans le pays qu’à l’étranger. Les effets de la mobilisation se traduisent par une augmentation de la participation électorale, qui a bondi de près de dix pourcents, passant de 66,27 % en 2016 à 74,90 % en 2020[1]. Les élections offrent ainsi une excellente fenêtre sur un aspect très pertinent – mais jusqu’à présent négligé – du transnationalisme politique contemporain propre à Taïwan.     Méthodes et données Les conclusions de cet article s’appuient sur de multiples méthodes de collecte et d’analyse de données, notamment l’observation directe des élections entre octobre 2019 et janvier 2020, un ensemble de données compilé à l’aide d’un questionnaire multilingue auprès d’un échantillon aléatoire de Taïwanais installés en Autriche, six entretiens semi-directifs avec des responsables d’associations taïwanaises en Autriche et en Allemagne, plusieurs conversations personnelles avec des membres de la communauté taïwanaise locale et des données glanées sur les réseaux sociaux. Le questionnaire, multilingue (chinois et allemand) et élaboré à partir de mon cadre théorique, comprenait des questions relatives aux données démographiques générales, à la participation politique et au comportement électoral. Afin d’augmenter le taux de participation et d’éviter autant que possible les biais de participation, j’ai utilisé plusieurs canaux de distribution, notamment les réseaux sociaux (Facebook et LINE, une application de messagerie instantanée très utilisée par les Taïwanais), les courriels et les visites directes, ainsi que les réseaux personnels. Le taux de réponse global était néanmoins assez faible (102 répondants), et les résultats présentent un biais lié au sexe (68 des répondants étaient des femmes) et à l’âge (76 % des répondants avaient entre 21 et 45 ans). Le nombre total de répondants ayant le droit de vote s’élevait à 88 personnes. Pour comprendre le rôle que jouent les organisations d’outre-mer dans la promotion de la participation électorale et leurs liens avec les partis politiques, j’ai mené des entretiens semi-directifs avec six responsables associatifs en exercice et plusieurs conversations informelles avec des amis, des employés du Bureau de représentation de Taïwan, du Bureau économique et culturel de Taipei en Autriche (Taipei Wirtschafts- und Kulturbüro in Österreich [TWKÖ], zhu Aodili Taibei jingji he wenhua daibiaochu 駐奧地利台北經濟和文化代表處), et de nouvelles connaissances rencontrées pendant la collecte des données. Enfin, comme presque toutes les associations ont des pages Facebook comptant de nombreux inscrits, j’ai recherché dans ces pages des messages et des commentaires sur les élections, en particulier sur le thème « rentrer pour voter » (fanxiang toupiao 返鄉投票). Ce faisant, j’espérais voir comment les élections étaient perçues et débattues parmi les internautes, et suivre les processus et les acteurs impliqués à différents niveaux dans la mobilisation transnationale des électeurs.   L’électorat taïwanais d’outre-mer Les migrants taïwanais forment une petite communauté qui attire rarement l’attention du grand public ou des universitaires dans leur pays de résidence. Les statistiques officielles sur la taille de la diaspora taïwanaise sont publiées par le Conseil des affaires communautaires d’outre-mer (CACOM) (Zhonghua minguo qiaowu weiyuanhui 中華民國僑務委員會), une agence ministérielle qui traite des questions liées aux Taïwanais résidant à l’étranger, en se fondant sur les estimations qu’elle reçoit des bureaux locaux de représentation des Taïwanais. Ces estimations distinguent les personnes d’origine chinoise vivant à l’étranger (haiwai huaren 海外華人) et les Taïwanais vivant à l’étranger (haiwai Taiwan qiaomin 海外台灣僑民). Cette dernière catégorie concerne les migrants originaires de l’actuel territoire de facto souverain de la République de Chine (Taïwan) et leurs descendants qui possèdent un foyer permanent enregistré à Taïwan. Cette catégorie bénéficie des droits réservés aux citoyens, notamment l’accès aux soins de santé, l’éducation à Taïwan et le droit de vote aux élections nationales. En 2019, le nombre de Taïwanais d’outre-mer dispersés à travers le monde atteignait 2,05 millions[2]. Comme ce nombre inclut également les citoyens n’ayant pas atteint l’âge de voter (20 ans), la part effective de l’électorat taïwanais d’outre-mer s’élève à environ 10 % de la population votante totale[3]. Le CACOM ne publiant malheureusement pas de chiffres sur les Taïwanais résidant en Autriche, cette étude s’appuie principalement sur les données de recensement compilées par les services d’immigration autrichiens. Selon ces statistiques, 1 579 résidents Taïwanais étaient enregistrés en janvier 2020, et la plupart d’entre eux résidaient à Vienne, la capitale (966). Les estimations du TWKÖ local citent toutefois un nombre de 3 000 personnes[4]. Tant les statistiques autrichiennes que les estimations du TWKÖ sont problématiques pour diverses raisons qui ne peuvent être examinées ici[5]. Il est donc difficile de tirer des conclusions quant à la taille exacte de l’électorat taïwanais ayant émigré en Autriche. Toutefois, en combinant les données du recensement autrichien avec les informations démographiques recueillies dans le cadre de mon enquête, il est possible d’estimer la taille de l’électorat émigré taïwanais résidant en Autriche. Sur le plan démographique, les migrants taïwanais ont en moyenne un niveau d’éducation élevé, puisque 91 % d’entre eux ont obtenu au moins un diplôme de premier cycle. Plus de la moitié d’entre eux ont un emploi (54 %) et plus d’un tiers sont inscrits dans des universités autrichiennes (36 %) ; 15 % de ces deux groupes travaillent et étudient simultanément. Les domaines professionnels investis couvrent notamment la recherche et l’enseignement, le commerce, l’informatique et les médias, le tourisme et d’autres. Les deux principales disciplines dans lesquelles les étudiants sont actuellement inscrits sont la musique et les arts, ainsi que les sciences et la technologie. Près de la moitié des personnes interrogées ont déclaré que l’éducation était leur principale raison d’émigrer, tandis que 17 % ont déménagé en Autriche pour des raisons professionnelles, et seulement 19 % pour des raisons liées au mariage[6].   Figure 1. Temps passé en Autriche Source : auteure.   Comme le montre la figure 1, 64 % de la communauté des migrants sont des étudiants et (probablement) de jeunes travailleurs ayant vécu moins de dix ans en Autriche. Étant donné que cette partie de la population est moins susceptible de renoncer à la citoyenneté taïwanaise et que l’État autrichien exige que les migrants résident au moins dix ans en Autriche avant de pouvoir être naturalisés, on peut affirmer sans risque qu’au moins 64 % des migrants taïwanais en Autriche (1 042) étaient en droit de voter lors des élections de 2020. De plus, comme la probabilité pour que les migrants prennent la citoyenneté du pays d’accueil augmente avec la durée du séjour, il est très probable que les Taïwanais qui vivent en Autriche depuis plus de 20 ans (316) soient déjà devenus des Autrichiens naturalisés et n’aient donc pas eu le droit de participer aux élections de janvier[7]. Les probabilités sont similaires pour les 15 % restants (237). Ayant vécu en Autriche entre 11 et 20 ans, la possibilité qu’ils aient conservé la nationalité taïwanaise est aussi probable que la possibilité qu’ils aient pris la nationalité autrichienne. Ainsi, la taille estimée de l’électorat taïwanais vivant en Autriche se situe entre 1 000 et 1 400.   Organisations d’outre-mer et attitudes politiques En Autriche, la communauté taïwanaise se réunit au sein de différentes associations – la plupart situées à Vienne – qui entretiennent des relations directes avec les autorités taïwanaises ou des organisations affiliées au gouvernement. Ces dernières fournissent un soutien financier ou matériel pour des événements ou à des fins éducatives. Sur un plan analytique, on peut distinguer trois types d’associations : les associations de « compatriotes » à l’étranger, les associations axées sur les services et les associations scolaires. En outre, plusieurs groupes ne possèdent pas de statuts officiels et leurs membres ne sont que vaguement connectés via les réseaux sociaux. La figure 2 offre une vue d’ensemble du paysage organisationnel de la communauté taïwanaise. Figure 2. Structure de la communauté taïwanaise en Autriche Source : auteure.   En général, les migrants taïwanais entretiennent de bonnes relations au sein de leur communauté. Certains participent également à des organisations dont les membres proviennent de toute la communauté ethniquement chinoise, comme les chorales, les églises et les associations professionnelles. Les adhésions aux associations taïwanaises ont tendance à se chevaucher, notamment entre les associations de compatriotes et les associations liées aux services. Beaucoup se joignent aux événements de différentes associations pour rencontrer des amis et d’autres membres de la communauté[8], même si la participation à la vie communautaire varie considérablement selon les âges. La plupart de mes informateurs s’accordent à dire que si les cohortes plus âgées ont tendance à être beaucoup plus liées grâce aux associations (de compatriotes) et à s’engager régulièrement dans la vie communautaire, les cohortes plus jeunes, en particulier les étudiants, préfèrent rester dans des réseaux plus lâches et ne cherchent pas nécessairement à faire de nouvelles connaissances parmi les Taïwanais ; ils tissent toutefois des liens en adhérant à différents groupes sur les réseaux sociaux[9]. Comme on le verra, la participation à la vie communautaire et aux activités des migrants taïwanais en ligne a influencé la mobilisation lors des élections de 2020. Bien que l’île de Taïwan soit un élément fort et unificateur de la formation de l’identité – que ce soit en termes de citoyenneté, de lieu d’origine ou d’ascendance – la communauté taïwanaise autrichienne est divisée sur la question de savoir si elle appartient à une ou deux « communautés imaginaires » (Anderson 1983). Alors que certains sympathisent avec le mouvement d’indigénisation (qui prône une identité centrée sur Taïwan et considère Taïwan comme une entité politique et culturelle à part entière), d’autres soulignent leur appartenance à la République de Chine pour signifier leur appartenance à un espace socioculturel chinois plus vaste qui inclut le continent. En d’autres termes, les Taïwanais qui émigrent en Autriche (et dans d’autres endroits du monde) apportent avec eux les clivages qui ont façonné la politique et la société taïwanaises ces dernières décennies (Mügge et al. 2019). Par conséquent, les politiques de l’identité conduites dans le pays ont affecté les organisations communautaires locales à l’étranger. Elles se sont traduites, au sein de ces organisations, par des attitudes politiques et des préférences partisanes antagonistes. L’Association des Taïwanais en Autriche (Vereinigung der Taiwanesen in Österreich [VTÖ], Aodili Taiwan xiehui 奧地利台灣協會) est l’une des deux principales associations de compatriotes. Elle a été créée en 1970 comme une section locale de la Fédération mondiale des associations taïwanaises (FMAT) (shijie Taiwan tongxianghui lianhehui 世界台灣同鄉會聯合會), dont le lancement a fait partie de l’essor du mouvement politique taïwanais d’opposition à la dictature à l’étranger au début des années 1970 (Lin 2006 ; Cheng 2017)[10]. En raison de son histoire spécifique, l’association soutient traditionnellement une identité taïwano-centrique ; elle s’est récemment alignée sur le mouvement d’indigénisation, affirmant une identité taïwanaise spécifique et défendant l’indépendance de Taïwan. L’une des expressions les plus directes de cet alignement politique a consisté à changer le nom de l’association autrichienne, qui est passée d’une traduction littérale – Association des Taïwanais d’origine (Taiwan tongxianghui 台灣同鄉會) – à son nom actuel. Toutefois, si les attitudes politiques des membres à l’égard de la place légitime de Taïwan dans le système international sont unanimes, les affiliations partisanes diffèrent et vont du Parti démocrate progressiste PDP (minjindang民進黨), actuellement au pouvoir, à de plus petits partis de la « troisième force » politique (disan shili 第三勢力), tels que le Parti du nouveau pouvoir (shidai liliang 時代力量) et le Parti pour la construction de l’État de Taïwan (jijindang 基進黨). L’Association des Chinois d’Autriche (Chinesischer Verein in Österreich [CVÖ], lü Ao Zhongguoren xiehui 旅奧中國人協會) prône une identité fondée sur l’ethnicité qui met l’accent sur les racines culturelles communes des citoyens d’une « Grande Chine » imaginaire. Bien que tous ses membres n’épousent pas nécessairement l’idée d’une réunification avec le continent, beaucoup soutiennent le Kuomintang (guomindang 國民黨, KMT), plus favorable à la Chine, ou bien d’autres partis du camp bleu, comme le Parti Qinmin (qinmindang 親民黨) et le Nouveau parti (xindang 新黨)[11]. Cette orientation politique affecte de manière critique les structures d’adhésion. Alors que de plus en plus de jeunes ont du mal à s’identifier à la Chine, les associations restent la chasse gardée de cohortes plus anciennes d’immigrés taïwanais, notamment de la première génération. Certains possèdent non seulement une autorité considérable au sein de la communauté locale, mais ils occupent également des postes influents au sein des associations supranationales, telles que le Conseil des chambres de commerce taïwanaises en Europe, le CCCTE (Ouzhou Taiwan shanghui lianhe zonghui 歐洲台灣商會聯合綜會). Les clivages politiques traditionnels et nouveaux entre les groupes sociaux et professionnels se reflètent également dans d’autres organisations, notamment celles qui répondent aux besoins de groupes d’intérêts circonscrits. La section locale du CCCTE, l’Association des entrepreneurs taïwanais en Autriche (Verband taiwanesischer Unternehmer [VTU], Aodili Taiwan shanghui 奧地利台灣商會), offre des opportunités commerciales locales et internationales aux entrepreneurs taïwanais. Selon son responsable actuel, bien que la politique autrichienne ait beaucoup plus d’importance, puisqu’elle a un impact direct sur les entreprises taïwanaises en Autriche, les entrepreneurs migrants restent très attentifs aux développements politiques à Taïwan et de nombreux membres expriment cette préoccupation à travers leur vote. Il estime que 80 % des 60 membres de la VTU ont soutenu le KMT et son candidat aux élections de 2020[12]. À l’inverse, les membres du Club des étudiants taïwanais à Vienne, Autriche (CETVA) (lü Ao Weiyena Taiwan tongxuehui 旅奧維也納台灣同學會), qui accompagne les étudiants taïwanais pendant leurs séjours d’étude de courte et de longue durée en Autriche, s’opposent généralement au KMT et à son identité centrée sur l’ethnicité mettant l’accent sur la sinité et l’appartenance de Taïwan à la « Grande Chine »[13]. Ils s’opposent à la réunification (tong 統). Néanmoins, leurs préférences partisanes diffèrent. Nous espérons tous l’indépendance, nous avons simplement différentes manières d’envisager la réalisation de cet objectif. Comme les différents politiciens proposent différentes approches, les étudiants soutiennent différents politiciens. (Entretien avec le responsable actuel de la CETVA) En résumé, densément organisée et géographiquement concentrée à Vienne, la communauté taïwanaise d’Autriche est caractérisée par des divisions sociales et des clivages politiques causés par des idéologies d’appartenance concurrentes, dont l’origine est à trouver dans les politiques de l’identité de Taïwan. Dupliquées au sein de la communauté des migrants, les idéologies d’appartenance ont façonné le paysage organisationnel de la communauté, les associations adoptant des attitudes politiques antagonistes. Selon les études sur la migration, la concentration géographique et la densité de l’organisation communautaire peuvent faciliter la mobilisation directe et indirecte par les politiciens, les militants politiques et les pairs, bien que les effets de cette mobilisation soient moins prononcés que sur leurs pairs au pays (Kostelka 2017 : 1064). La section suivante va donc approfondir cette question, en explorant dans quelle mesure les orientations politiques des associations ont affecté les processus et les pratiques de mobilisation électorale transnationale.   Les associations comme points d’entrée et comme plateformes Historiquement, les communautés d’outre-mer ont joué un rôle déterminant pour le gouvernement taïwanais, notamment pendant la guerre froide, lorsqu’elles ont apporté une légitimité aux revendications du KMT sur le continent (Damm 2012 : 220). Cependant, la démocratisation et les réformes constitutionnelles qui y sont liées, la montée en puissance de les politiques de l’identité et l’absence d’un mécanisme institutionnel de vote à distance ont considérablement réduit l’influence des Taïwanais d’outre-mer sur la politique nationale. Représentant environ 10 % de l’électorat, leur impact est ambigu, et il n’existe pas de données fiables permettant d’évaluer leur impact sur l’issue des élections. Pour ces raisons historiques, mais probablement aussi en raison de l’incertitude propre aux élections, les politiciens taïwanais ont l’habitude de solliciter le soutien des Taïwanais de l’étranger, en leur demandant de revenir à Taïwan et de contribuer à la vie civique. Cet acte est devenu une expression, fanxiang toupiao, qui signifie littéralement « retourner dans sa ville natale pour voter », ou, dans une version modifiée, 回去台灣投票 (huiqu Taiwan toupiao), qui signifie « revenir à Taïwan pour voter ». Le terme 返鄉 (fanxiang) désigne à l’origine une pratique traditionnelle qui voit les enfants retourner chez leurs parents pour les fêtes du Nouvel An. Lorsque des hommes politiques ou d’autres sollicitent le soutien de l’électorat d’outre-mer et que les autorités taïwanaises encouragent l’inscription des électeurs à l’étranger (qiaobao fanguo xingshi xuanjuquan 僑胞返國行使選舉權), ils font donc appel à une valeur sociale de loyauté profondément ancrée, évoquant le sens du devoir et le souci de la patrie. Les 15e élections présidentielles, qui se sont tenues en 2020, ont eu lieu dans un contexte de pression croissante de la part de la Chine et de manifestations à Hong Kong sur une durée de plusieurs mois. Elles ont ainsi constitué un événement politique national important. Les candidats, leurs campagnes et les sondages électoraux étaient omniprésents dans les médias nationaux et étrangers. Des expressions telles que « tournant historique » (shizilukou 十字路口) et « question de vie ou de mort » (shengsizhan 生死戰) ont dominé le discours public, stimulant le nationalisme dans tous les camps politiques et ravivant le clivage historique Taïwanais/Chinois[14]. Comme leurs prédécesseurs, les candidats à la présidence ont fait appel à la responsabilité démocratique et à la loyauté des Taïwanais d’outre-mer, et ils ont activé leurs réseaux transnationaux pour mobiliser leur soutien. Grâce à divers militants dans le pays et en-dehors et grâce aux technologies de l’information et de la communication, la mobilisation électorale a transcendé les frontières territoriales. Les analystes avaient prévu que les jeunes électeurs soutiennent la candidate du PDP Tsai Ing-wen 蔡英文, l’aidant ainsi à remporter la course à la présidence. Cet électorat « tranchait avec l’apathie supposée des jeunes occidentaux » (Ho, Clark et Tan 2017 : 97), notamment après le mouvement des Tournesols (taiyanghua yundong 太陽花運動) en 2014 et les élections présidentielles de 2016. Nombre de jeunes et de primo-votants ont été incités à voter pour le PDP, car ils estimaient que son programme politique servait mieux les intérêts de la jeunesse (ibid. : 111). Ils sont ainsi devenus une des principales cibles de la campagne électorale du PDP lors des élections de 2020. La campagne a notamment inclus une vidéo intitulée « 2020回家投票 » (2020 huijia toupiao, Rentrer à la maison pour voter en 2020), un montage audiovisuel de déclarations de jeunes Taïwanais expliquant leurs motivations à revenir voter dans leur bureau de vote. Fin décembre, six versions régionales ont été postées sur YouTube et les réseaux sociaux (Taïwan, Europe, Japon, États-Unis, Canada et Asie-Pacifique). Chaque vidéo durait entre une et trois minutes et ses protagonistes étaient des étudiants et des actifs parlant soit le mandarin (guoyu 國語), soit le taïwanais (taiyu 台語) – l’utilisation du dialecte local de Taïwan étant une marque distinctive du mouvement d’indigénisation. Les contributions se concluaient par un appel au public à suivre l’exemple du contributeur : « 2020我回台灣投票,你呢 ?  » (2020 wo hui Taiwan toupiao, ni ne ? En 2020, je reviendrai à Taïwan pour voter, et vous ?). La version européenne a attiré mon attention car elle avait été publiée sur les pages Facebook de deux associations taïwanaises en Autriche, la VTÖ et la CETVA. Plus encore, elle contenait les contributions de deux Taïwanaises vivant à Vienne. L’une d’entre elles était Lin Fang-yu 林芳瑜, l’épouse du directeur par intérim de la VTÖ, Yu Guan-ru 余冠儒. En retraçant le processus de production et de diffusion de cette vidéo, j’ai appris que la campagne était une initiative des Jeunes du PDP (JPDP) (minjindang qingnian dangbu 民進黨青年黨部). Pour enregistrer les déclarations de Taïwanais de l’étranger à travers le monde, l’organisation s’est adressée à la responsable de la FMAT, Fuh Pey-Fen 傅佩芬, qui vit en Allemagne. Ayant précédemment dirigé la section régionale de l’association en Europe, la Fédération européenne des associations taïwanaises (Ouzhou Taiwan xiehui 歐洲台灣協會), Fuh Pey-Fen entretient de nombreux liens en Europe. Grâce aux réunions annuelles de la fédération et à d’autres activités, elle connaît personnellement la plupart des responsables des associations d’outre-mer qui sympathisent avec la coalition pan-verte[15], dont Yu Guan-ru et Lin Fang-yu. Fin novembre, Lin Fang-yu a publié l’appel à contributions « Les jeunes Taïwanais du monde entier soutiennent Tsai » (Quanqiu Taiwan qingnian ting Ying jihua 全球台灣青年挺英計畫), sur la page Facebook de la VTÖ et sur « Les Taïwanais en Autriche » (Taiwanesen in Österreich [TiÖ], Taiwanren zai Aodili 台灣人在奧地利), un groupe Facebook administré notamment par Ian Hung 洪毅, le chef du CETVA. Les déclarations ont ensuite été rassemblées et envoyées aux JPDP, qui se sont chargés du montage et de la production. Une fois terminées, les vidéos ont été diffusées en ligne et partagées sur de nombreux réseaux sociaux. Interrogée sur son implication dans la vidéo et dans la diffusion de l’appel à contribution, Lin Fang-yu a minoré son rôle. Elle a expliqué qu’elle n’avait fait que remplacer son mari, qui était trop occupé pour participer à ce projet, et elle a souligné qu’elle ne se considérait pas comme une « personne très politisée ». Ceci étant, elle se « souciait profondément » de Taïwan et voulait soutenir son mari en sa qualité de responsable associatif[16]. La déclaration qu’elle fait dans la vidéo reflète cette conscience politique et cet « intérêt » pour l’avenir politique de Taïwan : Je suis née après l’abolition de la loi martiale et j’ai grandi dans un Taïwan libre et démocratique. La liberté est une valeur qui ne doit pas être oubliée. En 2020, je reviendrai chez moi pour voter[17]. Bien que la VTÖ promeuve une identité centrée sur Taïwan semblable à celle du PDP, elle n’a pas officiellement soutenu la campagne électorale de Tsai Ing-wen. Pour éviter les dissensions internes, l’association préfère ne pas être associée à un parti politique ou à un candidat spécifique[18]. C’est ce qu’explique Yu Guan-ru : Nous ne soutenons pas nécessairement un candidat précis lors de chaque élection [présidentielle]. Nous savons cependant quelles sont les idées et les attitudes du candidat qui sont plus ou moins en phase avec notre association, donc, à partir de là, on peut deviner qui notre association soutient. Mais afin d’éviter les dissensions, nous ne nous engageons pas dans des activités politiques officielles en soutien à ce candidat, car certaines de ses propositions pourraient entrer en conflit avec certaines de nos idées[19]. L’association se présente comme une association politique (zhengzhixing 政治性) ; elle milite principalement pour l’adhésion de Taïwan aux Nations unies et à l’Organisation mondiale de la santé[20]. Pour faire avancer son plaidoyer tout en gardant son indépendance politique, l’association est financée par les cotisations de ses membres et grâce à l’organisation d’événements[21]. Selon Fuh Pey-Fen, d’autres associations appartenant à la FMAT ont une politique semblable[22]. Malgré les réserves susmentionnées, la fédération et ses sections locales ont décidé d’aider les JPDP à collecter et à diffuser des appels électoraux lors de la campagne de 2020, s’engageant ainsi dans une mobilisation électorale indirecte. Une raison essentielle de leur soutien à la campagne de mobilisation transnationale des JPDP était que la vidéo appelait les Taïwanais à exercer leurs droits civiques davantage qu’à voter pour Tsai Ing-wen[23]. Toutefois, cet appel apparemment neutre ne cachait pas qu’une organisation affiliée au PDP était à l’initiative de la vidéo, ce qui impliquait que les jeunes n’allaient pas voter en faveur du candidat du KMT rival. De cette manière, la fédération a trouvé un équilibre entre indépendance politique et défense des intérêts. Dans le même temps, la visibilité en ligne et les réseaux de l’association ont fourni au PDP et à ses organisations affiliées une importante plateforme politique pour mobiliser directement l’électorat pan-vert d’outre-mer. Le processus décrit ci-dessus démontre que la VTÖ, en sa qualité d’organisation subsidiaire de la FMAT, était un point d’entrée essentiel pour le PDP et ses groupes de soutien afin de rallier des soutiens électoraux au sein de la communauté taïwanaise d’Autriche. On aurait tort de réduire la mobilisation à la cooptation d’associations d’outre-mer et de leurs dirigeants sur le court terme, car s’engager dans une mobilisation électorale indirecte était un choix délibéré de l’association, qui s’inscrivait dans le cadre de son mandat de défense des intérêts de ses membres. En outre, les membres de la communauté avaient le choix de se rallier ou non. En Allemagne, par exemple, un groupe d’étudiants a rallié d’autres étudiants sur Facebook et LINE afin d’acheter des billets d’avion groupés (tuangou 團購). L’annonce s’est également retrouvée sur les pages Facebook de la VTÖ, de la CETVA et de la TVÖ par l’intermédiaire d’un de leurs inscrits. Il nous est impossible de savoir si cette entreprise a été couronnée de succès. Elle montre cependant que la VTÖ était autant un point d’entrée pour les organisations politiques afin de mobiliser directement leur électorat qu’une plateforme pour divers efforts individuels visant à convaincre des pairs d’exercer leur droit de vote, ce qui constitue une mobilisation indirecte. Alors que la VTÖ et ses homologues dans d’autres pays ont permis une mobilisation ciblée de l’électorat pan-vert dispersé dans le monde entier, les associations de compatriotes à l’étranger prônant une identité plus centrée sur l’ethnicité ont incité les politiciens du camp bleu à utiliser leurs réseaux pour mobiliser directement l’électorat. L’exemple le plus marquant est celui de Li Chia-fen 李佳芬, l’épouse de Han Kuo-yu 韓國瑜, qui a effectué une tournée en Asie du Sud-Est et aux États-Unis, où elle a visité les communautés locales pour solliciter des soutiens en faveur de son mari et du KMT[24]. À ma connaissance – et sans grande surprise – le KMT n’a pas entrepris de mobilisation directe en Autriche. Compte tenu de la taille réduite de la communauté et des frais de déplacement relativement élevés, les calculs coûts-bénéfices étaient défavorables. Des membres éminents de la CVÖ ont néanmoins pris la tête de la mobilisation en faveur du KMT et de son candidat Han Kuo-yu et ils ont créé le groupe de soutien à Han Kuo-yu (Han Guoyu houyuanhui 韓國瑜後援會). Contrairement à la VTÖ, dont la cible était principalement constituée de jeunes électeurs, la CVÖ a ciblé des cohortes plus âgées. Si les premiers ont fait un usage intensif d’Internet et des réseaux sociaux, les seconds ont recouru à des pratiques plus traditionnelles pour mobiliser leurs réseaux. Une excursion touristique d’une journée en bus a par exemple été organisée pour une cinquantaine de personnes, à la fin de l’automne 2019. L’excursion a été proposée par deux émigrants taïwanais bien connus, qui possèdent une grande entreprise de bus de voyage à Vienne. Jouissant d’un monopole sur le tourisme de groupe en direction des Taïwanais de la région, ils exercent une autorité considérable au sein de la VTU et de la communauté. La rumeur veut également que ces mêmes personnes ou d’autres membres de la communauté taïwanaise aient collecté des dons pour Han Kuo-yu et qu’ils aient eux-mêmes versé une somme non négligeable à sa campagne électorale. D’autres, à leur tour, ont manifesté leur soutien sous la forme de listes de signatures, qu’ils ont envoyées aux médias taïwanais ou au CACOM[25]. Il nous est impossible de savoir si les listes de signatures étaient un substitut au vote – soit parce que les signataires étaient des Autrichiens naturalisés qui n’avaient donc pas le droit de vote à Taïwan, soit parce qu’ils ne pouvaient pas revenir à Taïwan pour voter – ou un moyen supplémentaire d’exprimer leurs préoccupations politiques à l’égard de leur patrie d’origine et leur soutien à Han Kuo-yu. Approfondir cette question s’est avéré difficile, car de nombreux Taïwanais sympathisant avec le camp pan-bleu hésitaient à discuter de ce sujet[26]. En résumé, les résultats présentés ici montrent que les associations d’outre-mer ont été des points d’entrée importants pour les politiciens et les partis politiques et ont fourni à leurs membres des plateformes pour rallier des soutiens en faveur de leurs candidats préférés. La reproduction de la politique identitaire taïwanaise" by "des politiques taïwanaises de l'identité dans le paysage organisationnel de la communauté a facilité la mobilisation directe et indirecte des acteurs sociaux et politiques. Cela interroge l’efficacité de la mobilisation.   Effets de mobilisation et comportement électoral Lors des élections présidentielles et vice-présidentielles de 2020, les colistiers du PDP, Tsai Ing-wen et William Lai 賴清德, ont remporté une victoire écrasante avec un record de 8 170 231 voix (57,13 %), laissant loin derrière leurs concurrents Han Kuo-yu et Simon Chang 張善政, James Soong 宋楚瑜 et Sandra Hsiang 余湘 – avec respectivement 5 522 119 (38,61 %) et 608 590 voix (4,26 %). Les statistiques taïwanaises officielles ont enregistré un regain de participation des électeurs à 74,9 %, après une forte baisse à 66,27 % lors des élections de 2016, le record historique restant de 82,69 %, en 2000[27]. Étant donné que Taïwan n’a pas de système de vote à distance et que les sondages d’opinion n’incluent pas la résidence parmi les variables démographiques collectées d’ordinaire (Tsai 2015 : 40), déterminer la part des votes venus d’outre-mer et mesurer les effets de mobilisation est une gageure. Le nombre d’électeurs résidant à l’étranger nouvellement inscrits indique que les campagnes électorales des deux camps politiques ont réussi à mobiliser davantage ce type d’électeurs que lors des élections précédentes. Les citoyens de la République de Chine, qui avaient déjà un domicile enregistré à Taïwan mais qui, lors de leur émigration, l’ont transféré à l’étranger, peuvent demander des cartes d’électeurs auprès de la Commission électorale centrale, ou CEC (zhongyang xuanju weiyuanhui 中央選舉委員會), une autorité indépendante qui administre les élections nationales et locales[28]. Le nombre de candidatures a doublé, passant de 2 420 pour les élections de 2016 à 5 328 pour celles de 2020[29]. Les statistiques sur les passagers du plus grand aéroport international de Taïwan, l’aéroport international Taïwan-Taoyuan à Taipei, constituent un autre ensemble de données alternatives permettant d’évaluer la participation électorale des Taïwanais d’outre-mer. Le jour de l’élection, les journaux taïwanais ont fait de nombreux reportages sur le ratio entrées-sorties des passagers les 10 et 11 janvier. Ils en ont conclu que, les entrées étant plus nombreuses que les sorties, un grand nombre de Taïwanais de l’étranger ont afflué dans le pays pour voter[30]. En effet, en comparant les statistiques sur les passagers entre le 7 et le 11 janvier 2020 avec la période équivalente en 2019, on observe une augmentation notable des entrées en même temps qu’une diminution des sorties (tableau 1).   Tableau 1. Statistiques sur les passagers de l’aéroport international Taïwan-Taoyuan du 7 au 11 janvier 2019 et 2020
  Entrées Sorties
  2019 2020 Taux de croissance 2019 2020 Taux de croissance
7 janvier 52 973 57 616 8,76 % 67 396 55 790 -17,22 %  
8 janvier 50 288 59 037 17,40 % 55 628 52 746 -5,18 %  
9 janvier 48 337 69 738 44,27 % 55 137 47 995 -12,95 %
10 janvier 54 369 76 545 40,79 % 58 976 56 277 -4,58 %  
11 janvier (jour du scrutin en 2020) 59 959 58 667 -2,15 % 60 326 66 588 10,38 %  
Source : données compilées par l’auteure, tirées des statistiques publiées par l’aéroport international de Taïwan-Taoyuan.   Afin de mesurer si la participation plus élevée à l’élection de 2020 a également résulté d’une augmentation des taux de participation des électeurs résidant à l’étranger, j’ai comparé les taux de croissance des entrées-sorties ci-dessus à ceux des élections de 2016. Le tableau 2 montre que, bien que le nombre de passagers entrants avant le jour du scrutin ait augmenté par rapport à l’année (non électorale) précédente, le taux de croissance était inférieur à celui de 2019 et 2020. En outre, contrairement aux élections de 2020, le nombre de passagers sortants lors des élections de 2016 a augmenté proportionnellement au nombre de passagers entrants. Par conséquent, bien que l’inscription des électeurs résidant à l’étranger auprès de la CEC et les statistiques sur les passagers de l’aéroport international de Taïwan-Taoyuan soient au mieux indicatives, elles suggèrent que les candidats à la présidence ont été probablement plus efficaces en 2020 qu’en 2016 pour mobiliser cette catégorie d’électeurs.   Tableau 2. Statistiques sur les passagers de l’aéroport international de Taïwan-Taoyuan, du 12 au16 janvier 2015 et 2016
  Entrées Sorties
2015 2016 Taux de croissance 2015 2016 Taux de croissance
12 janvier 39 545 43 868 10,93 % 46 657 45 423 -2,64 %
13 janvier 37 238 44 722 20,10 % 41 267 42 780 3,67 %
14 janvier 38 205 49 776 30,29 % 40 496 44 556 10,03 %
15 janvier 40 656 55 293 36,00 % 41 677 51 000 22,37 %
16 janvier (jour du scrutin en 2016) 43 548 48 614 11,63 % 45 405 58 472 28,78 %
Source : données compilées par l’auteure, tirées des statistiques publiées par l’aéroport international de Taïwan-Taoyuan.   Afin de mieux comprendre les effets de la mobilisation au sein de la communauté taïwanaise autrichienne, j’ai mené une enquête sur la participation et les comportements électoraux. Malgré les limites évoquées dans la section méthodologique de cet article, ces données offrent un aperçu de l’impact de la mobilisation des électeurs et des conséquences de l’absence de système de vote à distance sur les électeurs taïwanais résidant à l’étranger. Selon mon enquête, 38 % des Taïwanais de l’étranger résidant en Autriche ont voté aux élections présidentielles de 2020 ; parmi eux, 91 % ont voté pour le PDP. Parmi les personnes qui ne sont pas retournées à Taïwan, 68 % ont invoqué des raisons liées aux études ou au travail pour ne pas le faire. Seuls 9 % n’ont pas manifesté d’intérêt à voter, et 23 % ont indiqué d’autres raisons, telles que des obligations familiales, un coût prohibitif ou une réticence à rentrer au pays spécifiquement pour les élections. Dans l’ensemble, l’enquête montre que l’absence de vote à distance reste un obstacle majeur à la participation électorale pour la plupart des électeurs émigrés. Dans cette optique, l’initiative d’achat groupé de billets d’avion mentionnée précédemment s’inscrit dans une stratégie de réduction des coûts (financiers) du vote au sein d’un système électoral qui ne permet pas à ses citoyens de voter depuis l’étranger. Mes informateurs m’ont indiqué que la plupart des Taïwanais vivant en Autriche ont acheté des billets individuels, car il était difficile d’atteindre le seuil minimum pour obtenir un prix de groupe compétitif sur un aller-retour Vienne-Taipei. Ainsi, le coût du vote est resté élevé en Autriche, surtout pour les jeunes Taïwanais dont le temps et les ressources financières sont limités. Alors que les électeurs de 21 à 60 ans devaient utiliser une petite fenêtre autour du jour de l’élection en janvier, lorsque les prix des billets d’avion sont généralement élevés en raison des futures vacances du Nouvel An, les membres de la communauté plus âgés et n’ayant pas d’obligations professionnelles et familiales pouvaient profiter des promotions sur les billets pendant la saison basse en novembre, puis rester à Taïwan après les élections et les célébrations du Nouvel An[31]. Les personnes interrogées dans le cadre de mon enquête ont dépensé en moyenne 1 565 euros pour leur voyage aller-retour. Face à ces dépenses élevées, on s’étonne que 88 % des personnes qui sont revenues à Taïwan pour voter aient eu entre 21 et 45 ans. Étant donné qu’une majorité écrasante de Taïwanais de l’étranger attache une grande importance à la participation électorale, il n’est pas surprenant qu’une part tout aussi importante (83 %) soit favorable à l’introduction d’une possibilité de voter moins coûteuse.   Conclusions Cet article décrit le paradoxe de la participation électorale des émigrants aux élections de leur pays d’origine en l’absence de mécanismes institutionnels de vote à distance. S’écartant des hypothèses générales selon lesquelles le vote est un acte social et la mobilisation électorale un moteur essentiel de la participation électorale (Lazarsfeld, Berelson et Gaudet 1948 ; Green et Shachar 2000 ; Karp 2012 ; Kostelka 2017), il s’est intéressé aux processus, aux acteurs et aux pratiques de la mobilisation électorale transnationale dans la communauté taïwanaise de Vienne lors des élections présidentielles de 2020. Ce faisant, l’article a tenté de combler une importante lacune dans l’étude de la démocratie taïwanaise et des Taïwanais d’outre-mer. La littérature souligne que la concentration géographique et la densité organisationnelle facilitent la mobilisation directe et indirecte (Kostelka 2017 : 1064). Selon mon enquête, la manière dont les clivages politiques au sein du pays d’origine façonnent le contexte sociopolitique à l’étranger peut aider les acteurs politiques à mieux cibler leur électorat traditionnel et de nouveaux électeurs potentiels. Comme lors des précédentes élections, qui ont vu le comportement de la Chine influer sur les décisions des électeurs (Sheng et Liao 2017), les circonstances politiques dans lesquelles se sont déroulées les élections de 2020 ont attisé un fort nationalisme dans tous les camps politiques. Cela a incité les candidats et leurs organisations affiliées à concevoir des campagnes pour solliciter le soutien de l’électorat étranger, et un ensemble d’individus à s’engager dans une mobilisation indirecte. En Autriche, deux associations taïwanaises, la VTÖ et la CVÖ, se sont directement impliquées dans la mobilisation de l’électorat pan-vert et pan-bleu. Comme leurs groupes-cibles différaient par leur âge et leur niveau de participation à la vie communautaire, les acteurs de l’élection ont eu recours à différentes techniques de mobilisation. Alors que les jeunes électeurs ont été principalement mobilisés via Internet, la mobilisation indirecte des cohortes plus âgées s’est appuyée sur des formes traditionnelles et hors ligne de ralliement. Il n’est pas possible de répondre ici à la question de savoir si les pratiques politiques transnationales, y compris les campagnes et les votes, étaient plus prononcées en 2020 que lors des élections précédentes, car des pratiques similaires ont été observées lors des élections de 2016[32]. Ceci étant, bien que les données sur les passagers soient au mieux indicatives, elles suggèrent tout de même que les candidats à la présidence ont mobilisé davantage d’électeurs étrangers en 2020 qu’en 2016. Les statistiques sur les passagers aériens et mon enquête suggèrent que la mobilisation électorale transnationale a mieux réussi à amener les électeurs d’outre-mer aux urnes en 2020 qu’en 2016. Néanmoins, l’absence d’un système de vote à distance a empêché plus de deux tiers des électeurs résidant en Autriche d’exercer leurs droits civiques. Les coûts du vote étaient plus élevés pour les jeunes électeurs, qui ont donc cherché des moyens pour les réduire (comme l’achat groupé de billets d’avion). Cependant, pour les Taïwanais résidant dans un petit pays comme l’Autriche, l’achat groupé de billets d’avion à un prix avantageux n’était pas une option viable. Compte tenu du temps et des coûts financiers considérables, le fait que 33 des personnes interrogées dans le cadre de mon enquête (38 %) soient retournées à Taïwan pour prendre part à la participation civique est étonnant, car il témoigne de leur engagement et de leur volonté de faire des sacrifices pour influencer ou soutenir le gouvernement et la politique. Comme d’autres recherches l’ont souligné, Taïwan est une « société à enjeu unique » (Achen et Wang 2017 : 11). « Aucun autre sujet ou relation ne joue un rôle aussi central dans la politique taïwanaise [que la Chine]. Elle structure la politique étrangère ; elle structure le système des partis politiques ; elle structure une grande partie de la manière dont les citoyens ordinaires se positionnent par rapport à la politique » (ibid. : 2). Nous pouvons donc en déduire que les décisions des émigrants taïwanais et de leurs descendants de s’engager dans une participation politique transnationale sont affectées de manière critique par le « facteur Chine ». Alan Gamlen (2015) identifie trois types d’impact des votes extraterritoriaux sur les élections néo-zélandaises : les électeurs d’outre-mer peuvent « faire basculer » le résultat des élections, provoquer des « interrègnes » faussant les négociations de coalition, ou avoir des « effets rétroactifs » « quand l’importance perçue des votes extraterritoriaux pousse les partis politiques à engager un nombre croissant d’électeurs d’outre-mer » (ibid. : 1). Si l’on considère les récentes tendances migratoires des Taïwanais jeunes et éduqués, le rôle croissant des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans la représentation politique, ainsi que le succès apparent de la mobilisation des électeurs à l’étranger lors des élections de 2020 (et peut-être lors des élections précédentes), il est probable que les partis politiques intégreront de plus en plus de stratégies de mobilisation transnationale dans leurs prochaines campagnes électorales. S’ils dépensent leurs fonds à cette fin, ce sera probablement en fonction de leur taille, d’autres facteurs structurels (Paarlberg 2019), de leur capacité à activer les acteurs transnationaux et de leur habileté à exploiter les TIC. En ce sens, les associations d’outre-mer resteront des points d’accès critiques aux communautés d’outre-mer, les partis politiques étant en concurrence pour capter leur influence dans leur pays d’origine. De futures recherches sur le sujet devront donc être plus sensibles aux facteurs qui déterminent ces stratégies et leurs effets sur les différents groupes de l’électorat.   Traduit par Thibault Le Texier.   Remerciements Je tiens à remercier les personnes que j’ai interrogées et celles qui ont répondu à mon enquête, ainsi que mes collègues pour leurs précieuses suggestions, y compris les deux évaluateurs anonymes de Perspectives chinoises et mon relecteur linguistique.   Manuscrit reçu le 23 février 2021. Accepté le 1er novembre 2021.   Références ACHEN, Christopher H., et T.Y. WANG. 2017. « The Taiwan Voter : An Introduction ». In Christopher H. ACHEN, et T.Y. WANG (éds.), The Taiwan Voter. Ann Arbor : University of Michigan Press. 1-25. ADAMSON, Fiona B. 2005. « Globalisation, Transnational Political Mobilisation, and Networks of Violence ». Cambridge Review of International Affairs 18 (1) : 31-49. ANDERSON, Benedict. 1983. Imagined Communities : Reflections on the Origin and Spread of Nationalism. Londres : Verso. AHMADOV, Anar K., et Gwendolyn SASSE. 2016. « A Voice Despite Exit : The Role of Assimilation, Emigrant Networks, and Destination in Emigrants’ Transnational Political Engagement ». Comparative Political Studies 49 (1) : 78-114. BAUBÖCK, Rainer. 2003. « Towards a Political Theory of Migrant Transnationalism ». The International Migration Review 37 (3) : 700-23. CHENG, Wendy. 2017. « “This Contradictory but Fantastic Thing” : Student Networks and Political Activism in Cold War Taiwanese/America ». Journal of Asian American Studies 20 (2) : 161-91. CHRISTIANSEN, Flemming. 2005. Europe : An Exploration of Overseas Chinese Identity in the 1990s. Londres : Taylor and Francis. DAMM, Jens. 2012. « From “Overseas Chinese” to “Overseas Taiwanese” : Questions of Identity and Belonging ». In Gunter SCHUBERT, et Jens DAMM (éds.), Taiwanese Identity in the Twenty-first Century : Domestic, Regional and Global Perspectives. Londres : Routledge. 218-36. DAY, Stephen, et Jo SHAW. 2002. « European Union Electoral Rights and the Political Participation of Migrants in Host Polities ». International Journal of Population Geography 8 (2) : 183-99. FELL, Dafydd, Isabelle CHENG, et Lara MOMESSO. 2019. « Asset or Liability : Transnational Links and Political Participation of Foreign-born Citizens in Taiwan ». International Migration 57 (4) : 202-17. GAMLEN, Alan. 2015. « The Impacts of Extraterritorial Voting : Swings, Interregnums, and Feedback Effects in New Zealand Elections from 1914 to 2011 ». Political Geography 44 : 1-8. GABRIELLI, Lorenzo, et Ricardo ZAPATA-BARRERO. 2015. « A Reappraisal of the Hirschman “Exit, Voice, and Loyalty” Scheme to Interpret Immigrants’ Political Participation in their Origin Countries ». INTERACT Research Report 2015 (11) : 1-20. GONG, Youqian 龔尤倩. 2014. « 華僑與公民身份 : 以1990年代台灣菲律賓華僑爲例 » (Huaqiao yu gongmin shenfen : yi 1990 niandai Taiwan Feilübin huaqiao weili, Taïwanais d’outre-mer et citoyenneté : l’exemple de la génération des Taïwanais d’outre-mer aux Philippines dans les années 1990). Shehui fenxi (社會分析) 14 : 39-74. GREEN, Donald P., et Ron SHACHAR. 2000. « Habit Formation and Political Behaviour : Evidence of Consuetude in Voter Turnout ». British Journal of Political Science 30 (4) : 561-73. GUARNIZO, Luis E. 2000. « Notes on Transnationalism ». Communication présentée au séminaire Transnational Migration : Comparative Conceptual and Research Perspectives, Transnational Communities Programme and Social Science Research Council. Université d’Oxford, juillet 2000. HAN, Enze. 2019. « Bifurcated Homeland and Diaspora Politics in China and Taiwan Towards the Overseas Chinese in Southeast Asia ». Journal of Ethnic and Migration Studies 45 (4) : 577-94. HO, Karl, Cal CLARK, et Alexander C. TAN. 2017. « Politicised to Mobilise ? A Longitudinal Study of First-time Voters’ Voting Intentions in Taiwan, 2004-2016 ». Xuanju yanjiu (選舉研究) 24 (2) : 97-115. JANOSCHKA, Michael. 2008. « Identity Politics as an Expression of European Citizenship Practice : Participation of Transnational Migrants in Local Political Conflicts ». In Remus G. ANGHEL, Eva GERHARZ, Gilberto RESCHER, et Monika SALZBRUNN (éds.), The Making of World Society. Bielefeld : Transcript. 133-52. KARP, Jeffrey A. 2012. « Electoral Systems, Party Mobilisation, and Political Engagement ». Australian Journal of Political Science 47 (1) : 71-89. KENG, Shu, et Gunter SCHUBERT. 2010. « Agents of Taiwan-China Unification ? The Political Roles of Taiwanese Business People in the Process of Cross-Strait Integration ». Asian Survey 50 (2) : 287-310. KOSTELKA, Filip. 2017. « Distant Souls : Post-Communist Emigration and Voter Turnout ». Journal of Ethnic and Migration Studies 43 (7) : 1061-83. LAZARSFELD, Paul F., Bernhard R. BERELSON, et Hazel GAUDET. 1948. The People’s Choice : How the Voter Makes Up His Mind in a Presidential Campaign. New York : Columbia University Press. LIN, Catherine K.P. 2006. « Taiwan’s Overseas Opposition Movement and Grassroots Diplomacy in the United States : The Case of the Formosan Association for Public Affairs ». Journal of Contemporary China 15 (46) : 133-59. LOW, Choo C. 2013. « Taiwanese and German Citizenship Reforms : Integration of Immigrants without Challenging the Status Quo, 1990-2000 ». European Journal of East Asian Studies 12 (2) : 269-94. MILBRATH, Lester W., et Lal G. MADAM. 1977. Political Participation. How and Why People Get Involved in Politics. Chicago : RandMcNally. MÜGGE, Liza, Maria KRANENDONG, Floris VERMEULEN, et Nermin AYDEMIR. 2019. « Migrant Votes “Here” and “There” : Transnational Electoral Behavior of Turks in the Netherlands ». Migration Studies 9 (3) : 1-23. ØSTERGAAR-NIELSEN, Eva. 2003. « The Politics of Migrants’ Transnational Political Practices ». The International Migration Review 37 (3) : 760-86. PAARLBERG, Michael Ahn. 2019. « Competing for the Diaspora’s Influence at Home : Party Structure and Transnational Campaign Activity in El Salvador ». Journal of Ethnic and Migration Studies 45 (4) : 539-60. PELTONIEMI, Johanna. 2018. « Transnational Political Engagement and Emigrant Voting ». Journal of Contemporary European Studies 26 (4) : 392-410. PORTES, Alejandro. 1999. « Towards a New World : The Origins and Effects of Transnational Activities ». Ethnic and Racial Studies 22 (2) : 463-77. SHENG, Shing-yuan, et Hsiao-chuan LIAO. 2017. « Issues, Political Cleavages and Party Competition in Taiwan ». In Christopher H. ACHEN, et T.Y. WANG (éds.), The Taiwan Voter. Ann Arbor : University of Michigan Press. 98-138. TANG, Shi-Yeoung 湯熙勇. 2007. « 烽火後的同鄕情   :戰後東亞臺灣同鄕會的成立, 轉變與角色 (1945-48) » (Fenghuohou de tongxiangqing : zhanhou Dongya Taiwan tongxiang hui de chengli, zhuanbian yu juese (1945-48), Fondations d'associations des lieux d’origine de Formosans d'outre-mer et leurs fonctions, (1945-48)). Renwen ji shehui kexue jikan (人文及社會科學集刊) 19 (1) : 1-49. TO, James J.H. 2014. Qiaowu : Extra-territorial Policies for the Overseas Chinese. Leyde : Brill. TSAI, Chi-lin. 2015 « Too Far to Vote ? A Preliminary Analysis of Residential Absentees’ Electoral Behaviour in Taiwan ». Xuanju yanjiu (選舉研究) 22 (1) : 35-69.   [1] Commission électorale centrale (CEC) 中央選舉委員會, 2020, « 中選會公布第15任總統副總統及第10屆立法委員選舉選舉人人數 » (Zhongxuanhui gongbu di 15 ren zongtong fuzongtong ji di 10 jie lifa weiyuan xuanju xuanju ren renshu, Nombre d’électeurs éligibles pour les 15e élections présidentielles et vice-présidentielles et les 10e élections du Yuan législatif publiées par la Commission électorale centrale), 7 janvier 2020, https://2020.cec.gov.tw/articleSingle.html?cate=C01&single=A0176#gsc.tab=0 (consulté le 6 mai 2021).   [2] Conseil des affaires communautaires d’outre-mer 中華民國僑務委員會, septembre 2019, « 中華民國107年僑務統計年報 » (Zhonghua minguo 107 nian qiaowu tongji nianbao, Annuaire statistique 2018 du Conseil des affaires communautaires d’outre-mer), p. 11. [3] L’électorat total des élections présidentielles de 2020 s’élevait à 19 312 105 personnes. Voir Commission électorale centrale, « 中選會公布 […] » (Zhongxuanhui gongbu […], Nombre d’électeurs éligibles […]), op. cit. [4] Conversations privées avec des diplomates du TWKÖ à Vienne (mai et octobre 2020). [5] Les statistiques ne reflètent pas la composition complexe des Taïwanais en termes de pays d’origine, de citoyenneté et d’identité. Sur la loyauté politique et l’identité, voir Christiansen (2005) ; sur l’impact des politiques de l’identité sur les communautés d’outre-mer, voir Damm (2012) et Han (2019) ; sur le renforcement des institutions démocratiques et les droits de citoyenneté, voir Low (2013). [6] Données tirées de l’enquête de l’auteure. [7] L’Autriche applique une politique de citoyenneté unique. En prenant la nationalité autrichienne, les migrants doivent donc renoncer à celle de leur pays d’origine. [8] Entretien avec l’actuel chef de la VTÖ (Vereinigung der Taiwanesen in Österreich, Association des Taïwanais en Autriche) (Vienne, 21 juillet 2020). [9] Entretien avec un étudiant anonyme (Vienne, 11 novembre 2020). [10] Les toutes premières associations d’émigrants nés sur « l’île de Formose » remontent au début de la période sous contrôle japonais et ont été établies au Japon, en Asie du Sud-Est et en Chine (Tang 2007). [11] Conversations privées avec certains membres de la communauté taïwanaise de Vienne (juillet et août 2020) ; entretien avec le chef actuel de la VTÖ (21 juillet 2020) ; entretien avec les propriétaires de l’École chinoise de Taïwan en Autriche (22 juillet 2020). [12] Entretien avec l’actuel directeur de la VTU (11 août 2021). [13] Entretien avec l’actuel chef de la VTÖ (21 juillet 2020) ; conversation privée avec un étudiant taïwanais (11 novembre 2020). [14] Li Hsin-fang 李欣芳, « “唯有堅定前行,台灣才會更好”海外青年發聲明挺蔡英文 » (« Weiyou jianding qianxing, Taiwan cai hui geng hao » haiwai qingnian fa shengming ting Cai Yingwen, « Ce n’est que si nous persistons à avancer que Taïwan pourra devenir un lieu meilleur », de jeunes Taïwanais d’outre-mer envoient une déclaration de soutien à Tsai Ing-wen), Liberty Times (自由時報), 4 janvier 2019, https://news.ltn.com.tw/news/politics/breakingnews/2661972 (consulté le 2 février 2021). [15] À Taïwan, les mouvements politiques nationaux se distinguent par deux approches historiquement distinctes concernant les relations entre Taïwan et la Chine, l’une plus « favorable à la Chine » et l’autre plus opposée. Ils sont dirigés par les deux partis politiques dominants, le KMT et le PDP, et regroupés dans des mouvements ou des partis pan-bleus et pan-verts. [16] Conversation privée avec Lin Fang-yu. [17] « 2020我回家投票,那你呢? » (2020 wo huijia toupiao, na ni ne ? , En 2020, je reviendrai à Taïwan pour voter, et vous ?), Groupe de soutien 2020 de Tsai Ing-wen, 22 décembre 2019, www.youtube.com/watch?v=gjoxavaAuBs (consulté le 2 février 2021). 18 Entretien avec l’actuel chef de la VTÖ (21 juillet 2020). 19 Ibid. 20 Ibid. 21 Ibid. 22 Entretien avec l’actuel responsable de la FMAT. 23 Entretien avec le chef actuel du FMAT. [24] Qian Meizhen 錢美臻 et Luo Shanji 洛杉磯, « 兩千僑民歡迎李佳芬展現韓國瑜的高人氣 » (Liang qian qiaomin huanying Li Jiafen zhanxian Han Guoyu de gaoren qi, 2 000 Taïwanais d’outre-mer accueillent Li Chia-fen, démontrant ainsi la grande popularité de Han Kuo-yu), US News Express (美國新聞速遞), 16 décembre 2019, https://www.usnewsexpress.com/archives/100189 (consulté le 2 février 2021) ; « 韓國瑜赴東南亞多國, 為夫拉票爭取僑民支持 » (Han Guoyu fu Dongnanya duo guo, wei fu lapiao zhengqu qiaomin zhichi, L’épouse de Han Kuo-yu fait une tournée en Asie du Sud-Est pour rallier le soutien des Taïwanais d’outre-mer), Dongwang (東網), 25 novembre 2019, https://hk.on.cc/hk/bkn/cnt/cnnews/20191125/bkn-20191125100519445-1125_00952_001.html (consulté le 2 février 2021). [25] Conversations privées avec des membres de la communauté ; entretien avec le responsable actuel de la VTU. [26] Cette réticence contrastait fortement avec celle des membres plus jeunes de la communauté, que je pouvais atteindre plus facilement (par exemple, grâce aux réseaux sociaux). En plus de répondre favorablement à mes demandes d’entretien, ils ont montré un véritable intérêt pour ma recherche. [27] « 數據看2020台灣大選系列之三 :總統選舉結果 » (Shuju kan 2020 Taiwan daxuan xilie zhi san : zongtong xuanju jieguo, Données sur la troisième série des élections générales de 2020 : résultats des élections présidentielles), The Initium (端傳媒), 11 janvier 2020, https://theinitium.com/article/20200112-taiwan-election-data-ntu (consulté le 6 juin 2021). [28] Commission électorale centrale (CEC) 中央選舉委員會, « 中華民國海外國民行使第15任總統副總統選舉權答客問 » (Zhonghua minguo haiwai guomin xingshi di 15 ren zongtong fuzongtong xuanjuquan dakewen, Questions et réponses des ressortissants d’outre-mer de la République de Chine sur l’exercice de leur droit de vote pour les 15e élections présidentielles et vice-présidentielles, 12 septembre 2019, https://2020.cec.gov.tw/articleList.html?cate=C07#gsc.tab=0 (consulté le 23 mars 2021). [29] CEC, « 中選會公布 […] » (Zhongxuanhui gongbu […], Nombre d’électeurs éligibles […]), op. cit. [30] « 返鄉投票熱!桃機連返鄉投票熱 ! » (Fanxiang toupiao re ! Taoji lian fanxiang toupiao re !, Rentrer à la maison pour voter ! Frénésie électorale à l’aéroport international de Taïwan-Taoyuan), United Daily News (聯合報), 11 janvier 2020, https://udn.com/news/story/7266/4280601 (consulté le 27 mai 2021). [31] Conversation privée avec un employé d’une compagnie aérienne taïwanaise basée à Vienne. [32] Andrew Jacobs, « Taiwan Vote Lures Back Expatriates in China », The New York Times, 11 janvier 2012, www.nytimes.com/2012/01/12/world/asia/taiwan-vote-lures-back-expatriates-in-china.html (consulté le 27 mai 2021). [Clockwise : 1 à 4 ans ; 5 à 10 ans ; 11 à 15 ans ; 16 à 20 ans ; Plus de 20 ans] REMPLACER PAR LE NOUVEAU !!! Penser à remplacer + supprimer le tableau de traduction