Présentation du livre Black Island : Two years of activism in Taiwan

02/26/2016 ~ 11/30/-0001
14h30-16h
Taipei, Academia Sinica, Centre de recherches en humanités et sciences sociales, Salle de conférence 2B

51Mu1-OvyiL._SX331_BO1,204,203,200_a1df0801-472d-4c73-ae27-a8a7578d6e49  Présentation du livre Black Island :

Two years of activism Taiwan, par l'auteur, suivi d'un débat

(séminaire en français)

Black Island, le dernier livre de J Michael Cole, paru en mai 2015, sortira la semaine prochaine dans sa version chinoise, à Taiwan. Associé au CEFC Taipei depuis 2013, Cole y brosse en 413 pages bien serrées le portrait tout en tensions (tensions sociales, tensions dans le récit) des mouvements multiples qui agitent Taiwan depuis 2012 (date qu'il considère comme plus importante encore que le mouvement des “Fraises sauvages” de 2008) et qui ont mené à l'occupation du Parlement taiwanais pendant trois semaines en 2014. Ajoutant peu à peu à son expertise des affaires militaires dans le détroit de Taiwan un intérêt marqué pour les mouvements sociaux, Cole observe et interroge en journaliste engagé, au regard sûr, aux sources multiples et souvent uniques, les mouvements sociaux qui secouent de plus en plus, durant le second mandat de Ma Ying-jeou, une société civile taiwanaise que le Kuomintang au pouvoir aurait aimé plus docile.
Car c'est plutôt cette dernière - la société civile - qui a changé avec les mouvements sociaux, plus que le gouvernement et le parti nationaliste, restés fidèles à leur ligne depuis le début : politique de rapprochement avec la Chine, favoritisme envers les grandes fortunes économiques, manque de contrôle étatique sur les investissements de lobbys prochinois dans les médias, resinisation partielle de l'éducation nationale ; et tant pis si, pour passer, tantôt en force, tantôt par la ruse, c'est le temps nécessaire au débat public sur des questions pourtant sensibles qui en souffre, avec les risques afférents pour la démocratie. De l'analyse de l'insatisfaction des Taiwanais sur la politique chinoise du gouvernement ou sur leur niveau de revenu aux relocalisations urbaines forcées en passant par les abus policiers ; de l'influence des gangsters aux valeurs portées par les ONG ; des tentatives de dépassements du clivage verts-bleus aux espoirs de réformes institutionnelles proposées (toujours en vain à ce jour) par la société civile, Cole détaille les points de vue et fait répondre à la voix gouvernementale celle des militants qu'il a sous les yeux. Peu importe qu'il partage ou non leurs points de vue (et sur l’inévitable question de l’objectivité qui sera soulevée, le parti d’opposition, le Parti démocrate progressiste, en prend à l’occasion pour son grade aussi durement que le Kuomintang), l'essentiel est ici qu'il rapporte leurs sentiments, ceux que la grande presse rapporte peu, et certainement pas les médias affairés de politiquement correct dans cette grande course à l'enrichissement par le rapprochement avec la Chine. Car ce document est un témoignage précieux, rare, et qui commande un grand respect. C'est un genre unique, incomparable aux autres. Ce n’est pas un ouvrage académique, mais il lance des pistes nombreuses de réflexion, par exemple sur ce qu’il faut comprendre de la politique gouvernementale face à la Chine : naïveté, calcul périlleux, cynisme, courage, lucidité, nationalisme aveugle ? Black Island est écrit sur le vif, mais fait une telle compilation qu’il apparaît d’emblée comme un travail d’histoire immédiate. C’est un travail de journalisme, mais qui pousse son métier sur son terrain le plus noble, celui de dire et révéler tout ce qui dérange, sans concession pour personne, avec cohérence et profondeur. Ce qui rend cet ouvrage à la fois inclassable et indispensable. L’ouvrage réalise ce que les contemporains n’ont en général pas eu le temps de faire (la synthèse à chaud et de grande ampleur du tourbillon des événements qu’ils vivent sur le terrain), et que les historiens du futur ne pourront plus faire, faute d’avoir vécu les événements d’hier qu’ils relateront demain.
Cole est ainsi cette figure, en général improbable dans son avènement, et pourtant si nécessaire aux sources écrites dont nous aurons besoin pour se repencher sur ce qui sera bientôt passé, qui réunit ce qui, dans le movimentum, est le moment et ce qui est le mouvement. Dans les époques de grands changements, il n’est pas aisé de saisir, mémoriser, trier, rétrocéder ce qui compte dans le flot des événements. Le fil conducteur : celui de la révolte des Taiwanais contre les façades démocratiques, le jeu de l’argent, les manipulations de médias trop peu objectifs, les libertés prises avec l’Etat de droit, l’auteur d’un rapprochement avec un pays qui continue de vouloir la fin de la souveraineté du régime qui l’a élu, pour des raisons qui mêlent pragmatisme économique et idéologie nationaliste revendiquée.
Cole rapporte et détaille les faits, les slogans, les acteurs, les rapports de force, les valeurs portées par chacun, les enjeux qui font se réveiller peu à peu une société civile jusque-là considérée comme politiquement apathique. Il se fond dans le mouvement pour nous faire saisir le sens du moment : il est donc cette charnière qui écrit les événements que nous avons vécu, sans avoir le temps de les synthétiser et de les écrire, tout à nos écrits faits de sources et de traitement académiques. Sur le terrain, il est partout. A n’importe quelle manifestation où l’on peut aller, il est toujours là, crayon, carnet, appareil photo en main, travaillant ensuite tard dans la nuit pour tout lire, tout commenter.
En cet exercice périlleux d’histoire immédiate, il est aidé et secondé par son épouse, Ketty W. Chen, pas moins engagée, pas moins révoltée, pas moins sur-active, et dont la rencontre avec J. Michael Cole en 2010 va jouer un rôle considérable. Ce livre lui rend hommage, et c’est mérité. On ne peut que louer la dédicace et les éloges qu’il lui fait, car il est bien rare que les auteurs disent la juste place jouée par celui ou celle qui les seconde, et sans lequel ou laquelle ils ne pourraient tout à fait accomplir ce qu’ils font. Car J. Michael Cole partage et pratique les valeurs qui font se soulever d’indignation les Taiwanais qu’il suit depuis 2012 dans leur odyssée pour changer les destinées de Taiwan : l’honnêteté, l’égalité, la liberté, le progrès social. Black Island est un magnifique témoignage d’élan collectif, placé à juste titre sous la bannière de L’homme révolté.
(Article de Stéphane Corcuff publié sur Facebook le 25 novembre 2015)

Inscription: Merci d'envoyer votre nom, prénom et nombre de participants à

cefc@gate.sinica.edu.tw

Vous trouverez plus de détails sur ce livre grâce au lien ci-dessous :
http://www.amazon.com/Black-Island-Years-Activism-Taiwan/dp/1511443413
http://www.books.com.tw/products/0010697924
Le livre sera, dans ses deux versions, en vente après la présentation-débat.