Perspectives chinoises 2020/1
DOSSIER
Images et sons de la guerre froide en Chine socialiste et au-delà
- Dossier spécial
- Article
- Critiques de livres
GAO, Hua. 2018. How the Red Sun Rose: The Origins and Development of the Yan’an Rectification Movement. Hong Kong : Chinese University Press.
VICKERS, Edward, et Xiaodong ZENG. 2017. Education and Society in Post-Mao China. Abingdon, Londres : Routledge.
DRIESSEN, Miriam. 2019. Tales of Hope, Tastes of Bitterness: Chinese Road Builders in Ethiopia. Hong Kong : Hong Kong University Press.
SOLINGER, Dorothy J. (éd.). 2018. Polarized Cities. Portraits of the Rich and Poor in Urban China. Lanham, Boulder, New York, Londres : Rowman and Littlefield.
Les Chinois à Paris : Le Détachement féminin rouge et le maoïsme français du milieu des années 1970
RÉSUMÉ : Les recherches sur le ballet révolutionnaire chinois Le Détachement féminin rouge (1964) adoptent généralement une perspective sino-centrée et négligent la signification de l’oeuvre au sein des politiques de la culture à l’échelle internationale durant la guerre froide, en la traitant comme un projet idéologique isolé de la Chine maoïste. Pour pallier ce manque, cet article montre en quoi la production historique du Détachement féminin entretenait une relation dialogique avec d’autres oeuvres étrangères en arts du spectacle produites dans des contextes politico-culturels différents, mais se recoupant à certains égards. Ainsi, la signification du ballet n’est pas uniquement inscrite dans le « texte » performatif lui-même ou son contexte immédiat, mais aussi dans l’espace dialogique entre les « textes ». Pour le démontrer, cet article examine l’« intertextualité » entre Le Détachement féminin et une comédie satirique française, Les Chinois à Paris (1974), en lien avec le maoïsme français du début et du milieu des années 1970.
MOTS-CLÉS : Le Détachement féminin rouge , guerre froide, Révolution culturelle, Les Chinois à Paris , maoïsme français, Tel Quel .
Quand la danse folklorique était radicale : le yangge de la guerre froide, les Festivals mondiaux de la jeunesse et la culture de gauche chinoise d’outremer dans les années 1950 et 1960
RÉSUMÉ : Cet article remet en question trois hypothèses courantes sur la culture de la danse de l’ère socialiste chinoise : premièrement, la danse de l’ère maoïste aurait rarement circulé à l’international et aurait été déconnectée des tendances internationales de la danse ; deuxièmement, le mouvement du yangge se serait essoufflé dans les premières années de la république populaire de Chine (RPC) ; et troisièmement, la signification politique de la danse socialiste résiderait dans le fond plutôt que dans la forme. Cet article examine la transformation du yangge des temps de guerre en une danse folklorique de la RPC pendant les années 1950 et 1960, et retrace la circulation internationale de ces nouveaux styles de danse dans deux contextes : les Festivals mondiaux de la jeunesse et des étudiants en Europe de l’Est, et les écoles, syndicats ouvriers et associations claniques des communautés chinoises d’outre-mer à Hong Kong, à Singapour, en Malaisie britannique et à San Francisco. En retraçant l’émergence et la diffusion du yangge et de la danse folklorique de la RPC, je démontre l’existence d’un « yangge de la guerre froide » : un phénomène transnational par lequel la danse folklorique chinoise est devenue un lieu d’activisme politique de gauche.
MOTS-CLÉS : danse folklorique chinoise, Festivals mondiaux de la jeunesse et des étudiants (Festivals mondiaux de la jeunesse), guerre froide mondiale, Chinois d’outre-mer, socialisme sinophone, Hong Kong, Asie du Sud-Est, anticommunisme, Europe de l’Est, histoire de la RPC.
Des étrangers familiers : images et voix des alliés soviétiques dans les films doublés de la Chine des années 1950
RÉSUMÉ : Après la fondation de la république populaire de Chine (RPC), les films soviétiques doublés sont devenus un outil important pour promouvoir l’alliance sino-soviétique auprès des Chinois. Cet essai explore la représentation des alliés soviétiques à travers le doublage de films soviétiques dans la Chine des années 1950, en mettant l’accent non seulement sur le contenu de ces voix, mais également sur les techniques et l’esthétique du doublage. Même si la RPC les utilisait pour produire une image familière et fiable des Soviétiques, ces films les ont également représentés comme des étrangers, ouvrant la possibilité de représentations alternatives des personnages soviétiques et de la relation sino-soviétique. Cet article montre l’ambiguïté de l’image des « grands frères soviétiques » dans les films doublés dans les années 1950, qui pouvait remettre en question l’image officielle des relations entre les Chinois et le monde.
MOTS-CLÉS : traduction de films, films soviétiques, doublage, interprétation vocale, domestication, dépaysement.
L’imaginaire bactérien : voir l’ennemi dans la république populaire de Chine du début des années 1950
RÉSUMÉ : Cet article étudie le rôle majeur joué par le microscope dans la formation du sujet au début des années 1950 en république populaire de Chine. En 1952, la campagne contre ladite guerre bactériologique (xijun zhan 細菌戰) a eu pour effet de politiser les manières de voir l’ennemi à travers un discours scientifique. Largement utilisé pour l’éducation scientifique et la mobilisation de masse dans le cadre de cette campagne, le microscope était à la fois une technologie visuelle et un dispositif de pouvoir, grossissant l’image des ennemis cachés et invisibles qui menaçaient le nouveau régime. Cet article soutient que cette manière de « voir l’ennemi » passait par une pratique de l’hygiène ou weisheng (衛生), qui a pris un sens nouveau, celui de l’abjection, au début des années 1950. En s’intéressant à des rapports de presse, des supports visuels et des écrits scientifiques de cette époque, cet article propose une méthodologie transdisciplinaire pour étudier l’histoire de la RPC associant la psychanalyse, les études de culture visuelle ainsi que l’histoire des sciences et des techniques.
MOTS-CLÉS : guerre bactériologique, weisheng , sciences, visualisation, abjection, formation du sujet.
Le parcours du cinémascope en Chine : modernisation technologique et logistique de la perception pendant la guerre froide
RÉSUMÉ : Cet article montre en quoi l’émergence du cinémascope en tant que système technique dans la Chine socialiste doit être comprise comme le produit historique de la configuration ainsi que des conditions matérielles, culturelles et politiques spécifiques de la guerre froide. D’un côté, la Chine a pu doter son infrastructure médiatique de cette nouvelle technologie grâce au réseau culturel du bloc communiste. Par ailleurs, le discours social du cinémascope traduit un récit manichéen de la guerre froide qui cherche à justifier la suprématie politico-idéologique du communisme en élaborant une modernisation technologique supérieure à celle du modèle capitaliste. De plus, le cinémascope donne également à voir une logistique de la perception qui parvient à faire de l’expérience perceptive du spectateur un champ de bataille politique de la guerre froide.
MOTS-CLÉS : cinémascope, Chine socialiste, technologie du cinéma, logistique de la perception, relations sino-soviétiques, modernisation technologique.
Éditorial - L’imaginaire culturel de la guerre froide : introduction