China Perspectives 138
DOSSIER
Entre gouvernance et gouvernés : régions frontalières chinoises à une époque complexe
- Dossier spécial
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La frontière comme « dispositif » : souveraineté, discipline et gouvernementalité à la frontière sino-kazakhe
Xuan Zhao est professeur associé à l’École de sociologie et d’anthropologie de l’Université Sun Yat-sen, n° 135 Xingang Xi Road, district de Haizhu, Canton, Chine (zhaoxuan5@mail.sysu.edu.cn).
RÉSUMÉ : À partir d’une étude de cas menée à Khorgas, cet article étudie les dynamiques des zones frontalières chinoises à travers un cadre analytique à trois niveaux inspiré de la notion foucaldienne de dispositif. Cet article dresse un triple constat. Au niveau de la souveraineté, le contrôle de l’État est inégalement réparti de part et d’autre de la frontière, la Chine assumant davantage de responsabilités en raison de ressources plus importantes. Deuxièmement, la discipline est appliquée par des mesures formelles et informelles, les fonctionnaires locaux et les acteurs privés tels que les « équipes chameaux » modérant le contrôle de l’État. Troisième constat, la gouvernementalité reflète la manière dont les acteurs locaux s’adaptent et opèrent au sein des structures imposées par l’État, et maintiennent par ce biais la résilience des économies locales. Ce cadre montre comment les espaces frontaliers sont façonnés à la fois par les réglementations imposées par le haut et les adaptations quotidiennes de ceux qui vivent et travaillent, créant ainsi un équilibre dynamique des pouvoirs.
MOTS CLÉS : gouvernance des frontières, dispositif, frontière Chine-Kazakhstan, commerce transfrontalier, Khorgas, équipes chameaux.
Editorial - Global China’s Borderlands: Contemporary Characteristics in a Historical Trajectory
Jouer avec le feu : comment l’implication des organisations armées ethniques dans les économies illicites façonne leur survie et leur résilience dans les régions frontalières sino-birmanes
Xu Peng est doctorante au département de politique et d’études internationales à l’École des études orientales et africaines de l’Université de Londres, 10 Thornhaugh St, Londres WC1H 0XG, Royaume-Uni (687318@soas.ac.uk).
RÉSUMÉ : Cet article étudie l’évolution au fil du temps de la relation entre la survie et la résilience des organisations ethniques armées (OEA) d’une part et leur rôle dans l’économie illicite d’autre part, au sein des zones frontalières entre la Chine et le Myanmar dans le nord de l’État Shan. S’appuyant sur des travaux de terrain menés entre 2018 et 2022 dans les zones frontalières sino-birmanes et sino-thaïlandaises, il recourt à une approche spatio-temporelle pour explorer les interactions entre les dynamiques d’ouverture et de fermeture des frontières, les flux transnationaux, les stratégies des OEA et les économies illicites –notamment le trafic de drogue à l’époque de la guerre froide, l’industrie du jeu au début du XXIe siècle et les escroqueries en ligne après le Covid-19. L’étude montre comment les OEA utilisent la frontière comme une ressource en adaptant leurs stratégies aux évolutions de l’environnement politique. Elle soutient que ces interactions ne sont pas linéaires, mais plutôt caractérisées par des influences réciproques à travers différentes périodes historiques. Cet aperçu historique des interactions entre des groupes armés non étatiques et les économies illicites met au jour la complexité de cette zone frontalière contestée.
MOTS-CLÉS : frontières sino-birmanes, organisations ethniques armées (OEA), économie illicite, trafic de drogue, jeux d’argent, escroqueries en ligne.
Trajectoires et mobilités transnationales : la migration transfrontalière et les moyens de subsistance des Hmongs entre la Chine, le Vietnam et le Laos
Tian Shi est chargée d’enseignement au Collège des Chinois d’outre-mer de l’Université de Wenzhou, Parc d’enseignement supérieur de Chashan, district d’Ouhai, Wenzhou, Chine (shitianchina@hotmail.com).
RÉSUMÉ : Cette étude examine les activités transfrontalières de l’ethnie hmong dans la région des trois États située entre la Chine, le Vietnam et le Laos, en mettant l’accent sur leurs stratégies d’adaptation face à l’évolution des contextes géopolitiques et économiques. Grâce à un travail de terrain ethnographique sur plusieurs sites et à un échantillonnage en boule de neige, l’article présente un large éventail de points de vue d’acteurs clés d’industries cruciales pour l’économie des régions frontalières telles que le tourisme, l’hôtellerie et le commerce. Il montre comment les Hmongs utilisent leur capital culturel et linguistique pour saisir des opportunités au sein de et à travers leurs réseaux transnationaux. La coopération Sud-Sud joue un rôle clé dans leurs stratégies d’adaptation, dans la mesure où elle encourage l’intégration régionale et offre de nouvelles opportunités économiques, tout en permettant aux populations ethniques locales de conserver une part importante de leurs moyens de subsistance. Cette étude montre comment la communauté hmong utilise à la fois les systèmes claniques traditionnels et les pratiques entrepreneuriales modernes pour améliorer sa situation économique et sa participation culturelle dans plusieurs pays, contribuant ainsi à une meilleure compréhension du rôle des groupes minoritaires dans le développement mondial et régional.
MOTS-CLÉS : Hmong, migration transfrontalière, coopération Sud-Sud, région des trois États, agentivité des minorités.
Le paradoxe de l’échange : asymétrie institutionnelle et limites du travail du Front uni religieux dans le détroit de Taïwan
Kuei-min Chang est maîtresse de conférence en sciences politiques à l’Université nationale de Taïwan, n° 1, Sec. 4, Roosevelt Rd., Taipei 106319, Taïwan (changkueimin@ntu.edu.tw).
RÉSUMÉ : Cet article s’intéresse à la manière dont les distinctions entre la Chine et Taïwan en matière de gouvernance religieuse affectent le travail du Front uni de Pékin au sein de la communauté religieuse populaire taïwanaise. Les temples taïwanais sont considérés comme particulièrement réceptifs à l’influence chinoise en raison de lignées spirituelles communes. En s’appuyant sur des travaux de terrain et des données d’entretiens approfondis menés entre 2013 et 2024, cet article montre en quoi l’asymétrie institutionnelle a miné l’efficacité du travail du Front uni religieux. Premièrement, l’ordre politico-religieux centralisé chinois a limité la capacité de l’establishment religieux chinois à donner la priorité à l’impératif politique du PCC sur la logique religieuse. Deuxièmement, la décentralisation des temples taïwanais a créé des problèmes de coordination pour les intermédiaires entre la Chine et Taïwan dont les agendas ne sont pas toujours alignés avec ceux de Pékin. Enfin, les dirigeants des temples taïwanais, fidèles aux traditions religieuses communautaires, ont déployé des stratégies d’adaptation pragmatiques pour contourner les intentions politiques de Pékin. Par conséquent, les efforts de Pékin pour initier et redéfinir les échanges religieux entre les deux rives du détroit comme des modèles d’unité ont paradoxalement généré des récits contradictoires au sein de la communauté religieuse populaire taïwanaise.
MOTS CLÉS : asymétrie institutionnelle, religions populaires, travail du Front uni religieux, échanges religieux sino-taïwanais, relations inter-détroit, temples, gestion des temples.
Explorer le parcours interculturel de la médecine tibétaine dans la Chine moderne : étude de cas à Rebgong
Nianggajia est chargé d’enseignement à l’Université Qinghai Minzu, n° 3 Bayizhong Road, district de Chengdong, Xining, province de Qinghai, 810007, Chine (qinghaigyalpo@yahoo.com).
RÉSUMÉ : La médecine tibétaine, également connue sous le nom de Sowa Rigpa (la science de la guérison), est la médecine traditionnelle pratiquée par les peuples tibétains à travers l’Himalaya et le plateau tibétain. Historiquement, son étiologie, sa nosologie, ses traitements et la formation de ses praticiens ont été étroitement liés au bouddhisme, à la langue et à l’environnement tibétain. Sa standardisation et de sa commercialisation en Chine durant les trois ou quatre dernières décennies ont permis à la médecine tibétaine, à ses idées, à ses experts et à ses institutions d’atteindre de nouveaux groupes de patients et de nouveaux marchés. Cette étude examine la manière dont la médecine tibétaine a quitté les communautés tibétaines pour transcender de nos jours les frontières culturelles et ethniques en République populaire de Chine (RPC). En se concentrant sur les adeptes de la médecine tibétaine à Rebgong, une zone frontalière multiethnique connue des Tibétains sous le nom d’Amdo et située dans la province du Qinghai en RPC, l’étude explore et analyse les perceptions et les usages de la médecine tibétaine par divers groupes. En s’appuyant sur un travail de terrain ethnographique combinant des entretiens formels et informels avec des médecins tibétains et des patients tibétains et non tibétains (y compris des musulmans Hui et des Chinois Han), l’article étudie les motivations et les expériences de ceux qui y recourent, leurs perceptions et leurs évaluations de l’efficacité de cette médecine, ainsi que la nature des rencontres cliniques.
MOTS-CLÉS : Rebgong, médecine tibétaine, rencontre clinique, pluralisme médical, frontière ethnique.
Réponses judiciaires aux affaires politiquement sensibles dans un contexte autoritaire : le cas de Hong Kong
Waikeung Tam est professeur associé et chercheur au département des affaires gouvernementales et internationales de l’Université Lingnan, bâtiment Dorothy Y. L. Wong, Tuen Mun, Nouveaux Territoires, Hong Kong (wktam@ln.edu.hk).
RÉSUMÉ : Les tribunaux du monde entier sont de plus en plus confrontés à des questions politiquement sensibles. Et les décisions judiciaires défavorables aux élites politiques peuvent être remises en question par ces dernières. Une littérature émergente s’est penchée sur la manière dont ces tribunaux élaborent des stratégies pour faire face aux questions délicates sur le plan politique. Cet article contribue à cette littérature en étudiant les stratégies des tribunaux de Hong Kong pour traiter de telles affaires. En s’appuyant sur une analyse approfondie de 58 affaires politiquement sensibles jugées entre 1999 et 2023, l’article identifie plusieurs stratégies adoptées par les tribunaux hongkongais : faire preuve de déférence envers le gouvernement, refuser aux requérants la qualité d’agir, statuer sur le non-respect des procédures par les requérants, décider qu’il n’existe pas de litige, retarder les effets politiques et juridiques des jugements défavorables au gouvernement et insister sur le caractère apolitique de la décision des juges.
MOTS CLÉS : affaires politiquement sensibles, politiques judiciaires, tribunaux dans un contexte autoritaire, droit et société, Hong Kong.
Réglementation des chiens de compagnie dans l’espace urbain en Chine pendant le Covid-19 : quand la pandémie vire à la panique
Kege Li est chargée de recherche associée à la faculté de droit économique de l’Université des sciences politiques et de droit de Chine orientale, n° 555 Longyuan Road, district de Songjiang, Shanghai, Chine (3129@ecupl.edu.cn).
RÉSUMÉ : Dans un contexte d’évolution des sociétés et de plus grande préoccupation de la protection animale, la perception et la valeur attribuée aux chiens est en train de changer en Chine. Ces dernières années, un nombre croissant de personnes ont pris un chien pour leur tenir compagnie et leur apporter un soutien émotionnel, ce qui les a amenés à se préoccuper de leur bien-être. Mais en dépit de sa nouvelle place dans la société chinoise, le statut juridique des chiens est resté inchangé. Sans protection juridique adéquate, les chiens courent de nombreux risques en Chine. Lorsque l’épidémie de Covid-19 s’est propagée à l’échelle mondiale avec des effets dévastateurs sur la santé humaine, d’innombrables animaux ont été victimes de la « panique pandémique ». La pandémie a redéfini l’éthique animale et bouleversé la relation homme-animal. En suivant l’évolution des politiques de gestion des animaux de compagnie, cette étude explore les conditions de vie des animaux de compagnie en Chine, notamment pendant la pandémie de Covid-19, ainsi que les attitudes sociales envers les animaux de compagnie urbains.
MOTS CLÉS : chiens de compagnie urbains, maladies zoonotiques, Covid-19, pandémie, politiques d’interdiction des chiens, contrôle des chiens, Chine.
SONG, Mingwei. 2023. Fear of Seeing: A Poetics of Chinese Science Fiction. New York: Columbia University Press.
HILLENBRAND, Margaret. 2023. On the Edge: Feeling Precarious in China. New York: Columbia University Press.
WANG, Canglong. 2023. The Rise of Confucian Citizens in China: Theoretical Reflections and Empirical Explorations. London: Routledge.
FINNANE, Antonia. 2023. How to Make a Mao Suit: Clothing the People of Communist China, 1949-1976. Cambridge: Cambridge University Press.
CHU, Yiu-Wai. 2023. Hong Kong Pop Culture in the 1980s: A Decade of Splendour. Amsterdam: Amsterdam University Press.
LIN, Jacqueline Zhenru. 2024. Making National Heroes: The Exemplarist Production of Masculinities in Contemporary China. Hong Kong: Hong Kong University Press.