China Perspectives 140
DOSSIER
Mouvement, mobilité et médiation dans un monde bipolaire : Hong Kong dans les années 1950-1970
- Dossier spécial
- Article
- Critiques de livres
Editorial - Hong Kong comme hub global et espace liminal pendant la guerre froide
Projeter des images de la Chine : le Star House, un centre commercial entre Chine rouge et auto-orientalisme (années 1960-1970)
Henry Sze Hang Choi est chargé d’enseignement au sein du programme d’éducation générale chinoise, bureau de l’éducation générale universitaire à l’Université chinoise de Hong Kong, salle 802A, bâtiment Heung Yeung Shing, CUHK, Shatin, RAS de Hong Kong (henrychoi@cuhk.edu.hk).
RÉSUMÉ : La recherche récentes montre que les années 1960 et 1970, pendant la guerre froide, ont joué un rôle clé dans le développement de Hong Kong. Destination touristique prisée depuis les années 1960, le front de mer de Tsim Sha Tsui, au sud de la péninsule de Kowloon, a donné à voir une image séduisante de Hong Kong dans le but d’attirer les touristes du monde entier international. Dans le but d’analyser la manière dont Hong Kong englobait culturellement à la fois l’Est et l’Ouest pendant la guerre froide, cet article étudie un espace liminal unique à Tsim Sha Tsui : le Star House. L’article explore dans un premier temps les raisons et les méthodes qui ont conduit Hong Kong à adopter l’orientalisation comme stratégie publicitaire et touristique dans les années 1960. Il analyse ensuite comment le Star House, un centre commercial jouxtant Ocean Terminal, a donné à voir des représentations séduisantes de la Chine pour attirer l’attention des touristes. Construit par le magnat pro-RPC Henry Fok avant d’être vendu au groupe d’investissement Hongkong Land, le Star House, géographiquement placé dans le « bastion des Occidentaux », visait en premier lieu à promouvoir des images orientales de la Chine. Je soutiens donc que les promoteurs du Star House se sont consciemment livrés à l’auto-orientalisme pour se conformer au regard des Occidentaux voyant la Chine comme Autre.
MOTS CLÉS : authenticité, Orient, auto-orientalisme, Star House, tourisme, regard touristique.
Les enseignes au néon à Hong Kong pendant la guerre froide : entre politique linguistique et hybridation visuelle
Ge Song est maître de conférence au département de linguistique et d’études des langues modernes à l’Université d’éducation de Hong Kong, B4-1/F-19, 10 Lo Ping Road, Tai Po, Nouveaux Territoires, Hong Kong (gsong@eduhk.hk ; gsong1@LN.hk).
RÉSUMÉ : Aujourd’hui, les enseignes au néon ont presque disparu à Hong Kong. Pourtant, tout au long de la seconde moitié du XXe siècle, les néons ont profondément incarné l’histoire hybride et les rencontres linguistiques de la ville après la Seconde Guerre mondiale. À travers leurs couleurs éclatantes et leurs formes variées, les enseignes au néon ont fait dialoguer différentes influences culturelles, valorisé la diversité et nourri les identités locales. De 1949 à 1978, alors que l’Est et l’Ouest formaient deux blocs hermétiques, Hong Kong a servi de porte d’entrée vers la Chine et de lieu de convergence entre la Chine et l’Occident. En examinant à partir d’archives numériques l’hybridité et la fluidité des néons dans les années 1960 et 1970 à Hong Kong, cet article soutient que ces enseignes servent de plateformes pour combiner et réinventer diverses tendances culturelles. Je propose tout d’abord un récit chronologique des enseignes au néon et montre comment celles-ci reflètent les tensions socioculturelles de la guerre froide à Hong Kong. Puis, en les remettant dans leur contexte historique, j’explore l’interaction des langues, des couleurs et des designs de néons qui ont façonné Hong Kong en tant qu’espace liminal dans ce système bipolaire. Enfin je montre que sur le plan linguistique et esthétique, les enseignes au néon sont des symboles de Hong Kong en tant que ville de la guerre froide. Ces supports linguistiques, esthétiques et interculturels ont constitué des espaces traductionnels à Hong Kong, témoins de son évolution progressive d’une ville culturellement hybride à une ville cosmopolite.
MOTS-CLÉS : Hong Kong, enseignes au néon, guerre froide, paysage linguistique/sémiotique, traduction.
Les films sur Wong Fei-hung et le modernisme vernaculaire des années 1950 à Hong Kong
Yu Chang est membre à vie de la Hong Kong Collectors Society et ancien chargé d’enseignement au département d’études est-asiatiques de l’Université de Toronto, Canada (changyu1210@gmail.com).
RÉSUMÉ : Cet article explore l’essor de la franchise cinématographique consacrée à Wong Fei-hung, qui compte plus d’une centaine de films produits depuis 1949, et son rôle dans l’articulation et la médiation d’expériences modernes pour le public hongkongais des années 1950 et la diaspora chinoise en Asie du Sud-Est et au-delà. L’article situe la franchise dans le contexte de la guerre froide en utilisant des sources rares et le cadre théorique du modernisme vernaculaire. Il met en évidence la manière dont ces films en cantonais sur les exploits d’un maître d’arts martiaux de la fin de la dynastie Qing ont fourni des interprétations nuancées du modernisme, contrastant avec les récits modernistes des films à consonnance idéologique produits par les studios pro-PCC et KMT à Hong Kong. Se déroulant à Canton, la ville natale de nombreux Chinois d’outre-mer, les films sur Wong Fei-hung ont utilisé des éléments cinématographiques qui faisaient écho à la montée du consumérisme de masse et du modernisme dans les communautés de la diaspora chinoise des années 1950. Bien que les premiers films sur Wong Fei-hung aient été considérés comme datés dès les années 1970, ils exprimaient l’émergence d’une sensibilité moderne adoptant une perspective vernaculaire qui transcendaient les oppositions idéologiques binaires de la guerre froide.
MOTS-CLÉS : Wong Fei-hung, cinéma d’arts martiaux, films de kung-fu, films en cantonais, modernisme vernaculaire, guerre froide, marchés cinématographiques mondiaux, hybridation culturelle, Hong Kong des années 1950.
Savoir déjouer les pièges : escroqueries, méfiance et spéculation dans la vie sociale des investisseurs particuliers sur le marché boursier chinois
Hairuo Jin a obtenu son doctorat en anthropologie sociale à l’Université de Cambridge, Free School Lane, Cambridge, Royaume-Uni CB2 3RF (hj347@cam.ac.uk).
RÉSUMÉ : Cet article examine l’interaction entre méfiance, pièges et spéculation dans la vie sociale des investisseurs particuliers (sanhus) sur le marché boursier chinois. À travers des recherches ethnographiques, il explore comment les sanhus évoluent dans un paysage financier en proie aux escroqueries, à l’incertitude réglementaire et aux biais institutionnels favorisant les gros acteurs du marché. Loin d’être des victimes passives, ces investisseurs développent des stratégies pour atténuer les risques en utilisant la méfiance comme un outil de négociation et de survie. La bourse, souvent perçue comme un « piège », favorise une socialité précaire, peu propice à l’établissement de relations et où l’ombre de la tromperie plane sur tous les échanges. En s’appuyant sur les théories de la financiarisation et du piège, cette étude démontre que l’engagement des sanhus sur le marché va au-delà du simple calcul économique, en façonnant leurs interactions sociales et leurs perceptions de l’intervention étatique. L’article contribue aux débats anthropologiques sur la méfiance, en montrant le rôle structurant et productif qu’elle joue dans la participation financière et les dynamiques sociales du quotidien. En révélant comment les sanhus opèrent à la fois dans et contre un système conçu pour les exploiter, cette étude remet en question l’idée selon laquelle les investisseurs individuels seraient des acteurs irrationnels, et met en lumière la manière dont les contraintes systémiques leur permettent de construire une vie sociale fondée sur la méfiance, grâce à des tactiques vigilantes et résilientes.
MOTS CLÉS : anthropologie économique, méfiance, piège, marché boursier, Chine, investisseurs particuliers.
Éducation et désintégration des communautés rurales : effets de la migration scolaire rurale en Chine
Yuan Teng est professeur associé à la faculté d’éducation de l’Université normale de Chine centrale, salle 623, bâtiment Tianjiabing, n° 152 Luoyu Road, district de Hongshan, Wuhan, Hubei, Chine 430079 (yuanteng2009@126.com).
Kwok Kuen Tsang est maître de conférence au département de politique et de leadership éducatifs de l’Université d’éducation de Hong Kong, salle D2-1/F-41, 10 Lo Ping Road, Tai Po, Nouveaux Territoires, RAS de Hong Kong, Chine (tkwokkuen@eduhk.hk).
RÉSUMÉ : La migration scolaire est devenue une tendance largement répandue en Chine rural ces dix dernières années, des familles rurales déménageant pour que leurs enfants soient scolarisés dans des écoles urbaines. À partir d’entretiens et de questionnaires auprès de parents/tuteurs ruraux et de villageois, cette étude montre comment la migration scolaire contribue à la désintégration des communautés rurales en causant la perte de leurs membres et dirigeants, l’affaiblissement des liens sociaux, la désorganisation des activités collectives ainsi qu’un sentiment croissant de défamiliarisation et de détachement des habitants. Les résultats montrent que le déracinement du système éducatif chinois, qui motive la migration scolaire, est un catalyseur du déclin des communautés rurales.
MOTS CLÉS : peidu, migration rurale, communautés rurales, éducation rurale, déracinement, Chine.
Collaboration interservices et évitement du blâme : enquête sur le développement des services de prise en charge de la petite enfance en Chine
Weiyue Yang est chargé d’enseignement à l’École d’administration publique de l’Université de Canton, Waihuanxi Road n° 230, Higher Education Mega Centre, 510006 Canton, Chine (weiyue.yang@gzhu.edu.cn).
RÉSUMÉ : Dans un contexte de baisse de la natalité et de vieillissement rapide de la population, les services de prise en charge de la petite enfance sont devenus un enjeu de plus en plus important dans la société chinoise. En s’appuyant sur une étude de cas menée dans trois comtés de la province du Shaanxi, cette recherche identifie une réticence des responsables des bureaux de santé locaux à étendre les services de garde d’enfants. Cette hésitation s’explique par une volonté d’éviter les blâmes potentiels, mis en place par les dispositifs institutionnels existants. Même si le gouvernement central a introduit un mécanisme de réunion conjointe, celui-ci n’est pas parvenu à renforcer efficacement la collaboration interservices. L’étude des services de garde d’enfants fournit également des informations précieuses sur la mise en œuvre des politiques par les gouvernements locaux chinois, en particulier sur l’exécution des politiques qui nécessitent une collaboration interservices.
MOTS-CLÉS : politiques publiques chinoises, services de prise en charge de la petite enfance, collaboration interservices, évitement du blâme, autorités fragmentées.
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TRAN, Emilie, and Yahia H. ZOUBIR (eds.). 2024. China in the Mediterranean: An Arena of Strategic Competition? London: Routledge.
SALGUES, Camille. 2024. Une après-midi à Shanghai: L’enfance et la question anthropologique de l’âge. Geneva: Éditions ies.
MAO, Jingyu. 2024. Intimacy as a Lens on Work and Migration: Experiences of Ethnic Performers in Southwest China. Bristol: Bristol University Press.
FLORENCE, Éric, and Gilles GUIHEUX (eds.). 2023. “Labour Regimes in China: Identity, Institutions and Agency.” Le Mouvement Social 4(285): 3-200.
QIAN, Ying. 2024. Revolutionary Becomings: Documentary Media in Twentieth-Century China. New York: Columbia University Press.